Près de 200 000 personnes sont attendues à Montebello dans le cadre du Rockfest, ce qui correspond à l’achalandage enregistré depuis l’édition 2014.

Le Rockfest, version recentrée

Le fondateur du Rockfest, Alex Martel, aime rappeler qu’il y a plus de vaches que de citoyens à Montebello. Quelque chose comme 1000, comparativement à 900. C’est donc un petit miracle qui se produira du 14 au 16 juin, alors que 200 000 amateurs de rock sont attendus dans le cadre de la 13e édition. Une fois de plus, ils trouveront le moyen de cohabiter à la québécoise, avec beaucoup de bonne volonté, ainsi qu’une dose d’ingéniosité.

«Ce festival représente une expérience, en même temps qu’un “road trip”. La musique n’est pas pareille, mais l’atmosphère fait penser à ce qu’on remarque à Saint-Tite. C’est un village envahi par les gens, qui reçoit de grosses têtes d’affiche. Et maintenant que notre nom est fait, ce sont les agents qui nous appellent plutôt que l’inverse», a raconté le promoteur il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

À ce propos, il affirme que la grille a été ramenée à des proportions plus raisonnables, soit 70 artistes au lieu de 130. Les fans eux-mêmes souhaitaient ce changement, eux qui voulaient entendre les groupes plus longtemps. Ils seront aussi moins déchirés par des conflits d’horaires, tout en économisant sur le coût du passeport, qui s’élève désormais à 149 $.

Plus que jamais, le punk constitue le coeur et l’âme du Rockfest, ce qu’illustrera la présence de formations comme Weezer, Five Finger Death Punch et Rancid. Quand on lui demande quelles ont été ses plus grandes sources de satisfaction cette année, Alex Martel mentionne spontanément Prophets Of Rage, un groupe qui évolue dans les mêmes eaux. On y trouve des gens associés à Rage Against The Machine, Cypress Hill et Public Enemy, de même qu’Audioslave.

«C’est le plus proche d’une réunion de Rage Against The Machine et leur spectacle est l’un des meilleurs qu’il m’ait été donné de voir. Puisque l’énergie dégagée dans le contexte du festival est multipliée par mille, par rapport à ce qui se passe en salle, j’ai hâte de les voir chez nous», confie Alex Martel. Sa deuxième source de satisfaction tient à la présence de sa formation à lui, Deadly Apples, à qui il arrive plein de belles choses à la suite d’une pause prolongée.

«Après avoir travaillé un an pour offrir quelque chose de solide, nous avons effectué un retour en 2017, juste avant le passage de Rammstein au Rockfest. On a trippé, puis des agents se sont manifestés. On a joué au Japon avec Korn et l’été prochain, on fera une tournée américaine avec Marilyn Manson et Rob Zombie, ce qui représente une consécration. Nous ferons une vingtaine de dates avant de sortir un album à l’automne», souligne le promoteur, dont l’agenda est de plus en plus touffu.

Fondateur du Rockfest, Alex Martel se réjouit de la présence de Prophets Of Rage à Montebello, cette année. On y trouve des gens associés à Rage Against The Machine, Cypress Hill et Public Enemy, de même qu’Audioslave. C’est l’une des 70 formations invitées dans le cadre de la 13e édition, tenue du 14 au 16 juin.

Un rêve: Green Day

Pour revenir au Rockfest, Alex Martel raconte que son ancrage dans une petite communauté, couplé à la qualité des groupes invités, lui procure un avantage indéniable. «Les gens aiment l’ambiance et comme ils nous font confiance, plusieurs réservent leur passeport avant même de connaître la programmation», énonce-t-il.

Les clients viennent de partout au Québec, y compris du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ils côtoient des visiteurs issus de tous les continents, sauf l’Antarctique, ce qui donne lieu à des maillages improbables. «J’ai vu des personnes du Saguenay faire le party avec des Ontariens et des Mexicains. Ici, tout le monde s’amuse avec tout le monde. Personne ne juge personne», décrit le promoteur.

Il se fait également un point d’honneur d’offrir des scènes aux groupes québécois, ceux-là mêmes qui ont mis le festival sur la carte à l’époque où ses moyens étaient plus limités. C’est ainsi qu’Orloge Simard effectuera une première présence cette année, plus précisément le jeudi soir. «Je leur ai réservé un beau “spot” sur l’une des scènes principales. Ils feront un set de 45 minutes avant Deadly Apples et Five Finger Death Punch», mentionne Alex Martel.

On pourrait croire qu’après 13 ans, il a réalisé toutes ses ambitions en tant que promoteur, mais tel n’est pas le cas. Il manque un groupe à son tableau de chasse, toujours le même en dépit de ses tentatives de séduction, renouvelées chaque année. «Green Day est le seul gros band qu’on n’a pas encore eu. Le “timing” n’a pas marché et ce n’est pas une question d’argent, puisqu’ils font ce qu’ils veulent, quand ils le veulent. Ils sont imprévisibles», fait observer le père du Rockfest.

Tout en veillant aux destinées du Rockfest, Alex Martel fait partie du groupe Deadly Apples, dont la carrière a été relancée lors de l’édition 2017. Il se prépare à donner 20 spectacles aux États-Unis l’été prochain, en première partie de Marilyn Manson et Rob Zombie.

Des agents plus gourmands

C’est bien connu. Le monde du spectacle représente l’illustration parfaite du capitalisme, en particulier de ses travers. C’est l’expression la plus pure de la loi de l’offre et de la demande, dans laquelle entre un élément de tricherie lorsqu’il est question de la billetterie. Ce dernier aspect ne constitue pas un problème dans le contexte du Rockfest, puisqu’il y a de la place pour tout le monde sur le site. En ce qui touche les cachets, en revanche, c’est une autre histoire.

«Ils sont de plus en plus fous. Depuis un an ou deux, c’est un non-sens, un avis que partagent les autres promoteurs. Des agents demandent le double de la fois d’avant, alors qu’on sait que leurs protégés n’attireront pas deux fois plus de monde. Le problème, c’est qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui va leur donner ce qu’ils réclament», rapporte le fondateur du festival, Alex Martel.

Malgré ce contexte défavorable, l’organisation basée à Montebello parvient à attirer de gros noms, mais pas à n’importe quel prix. «Des agents nous disent d’augmenter le coût des billets, une voie que nous refusons d’emprunter parce que nous savons que les fans n’ont pas plus d’argent à dépenser», fait observer Alex Martel.

Il doit se montrer d’autant plus prudent que le Rockfest n’a pas accès au même bassin de subventions que les événements tenus dans des villes comme Montréal et Québec. «Nous recevons de l’argent des gouvernements fédéral et provincial, mais rien du palier municipal. Compte tenu du fait que 900 personnes vivent à Montebello, on part à zéro de ce côté.»

Un autre facteur qui lui complique la vie se rapporte à la période de l’année où se déroule la grande messe du rock. «Ce n’est pas idéal pour le “booking” parce que juin, c’est la saison des festivals européens. Depuis le début, toutefois, notre objectif reste le même. Nous voulons tenir le premier gros party de l’été», énonce Alex Martel.