Le rêve fou de Jean-Marie Couët

CHRONIQUE / La fin de l’exposition de crèches de Noël de Rivière-Éternité, couplée à la dispersion de la collection patiemment constituée par son fondateur, le regretté Jean-Marie Couët, représente un événement aussi prévisible que regrettable. Dès les premières éditions, en effet, l’un des défis que cet homme a dû relever fut celui de la relève.

Il a travaillé fort pour assurer la pérennité de cette manifestation annuelle. Très tôt, les oeuvres regroupées à l’intérieur de l’église, ainsi que les nativités créées par les citoyens devant leurs résidences et leurs commerces, avaient établi la réputation du village. On en parlait comme de la Bethléem des neiges, un titre flatteur, justifié par l’ampleur de la mobilisation populaire, mais encore fallait-il assurer l’avenir.

Le problème est que Jean-Marie Couët avait placé la barre très haut en raison de ses qualités personnelles. Longtemps associé au monde agricole, dont il a défendu les intérêts avec vigueur et intelligence, cet homme qui avait une formation d’économiste savait comment générer du développement, y compris dans une petite communauté aux prises avec une crise démographique.

C’était également un esprit universel, en ce sens que l’art lui souriait autant - sinon davantage - que l’examen de colonnes de chiffres. Ainsi avait-il constitué une jolie collection de crèches, pour son plaisir, avant de convaincre les Éternitois de le suivre dans sa douce folie. Et quand l’exposition a pris son erre d’aller, ici comme en Europe, où elle a même fait escale au Vatican, le retraité a financé la confection d’oeuvres à même ses ressources personnelles.

Il était impossible de remplacer ce géant, même à plusieurs, mais ses collaborateurs ont vaillamment repris le flambeau après son décès. Ils ont perpétué l’événement avec succès jusqu’au moment où différents facteurs, dont l’érosion du marché des autobus, scandaleusement détourné vers le Casino de Charlevoix par Loto-Québec, ont entraîné son déclin.

On pourrait y voir un échec, mais pensons plutôt à l’exemple que représente l’exposition. Attirer des milliers de visiteurs en plein hiver, souvent le soir pour jouir pleinement de la vue des crèches extérieures, constituait en soi un exploit. C’est bien la preuve qu’avec de l’imagination et beaucoup de travail, un village peut incarner ce qu’il y a de plus beau dans l’âme québécoise: son sens du merveilleux.