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Yvon Paré a choisi de camper son histoire dans son village natal, La Doré.
Yvon Paré a choisi de camper son histoire dans son village natal, La Doré.

Le résultat de 30 ans de travail pour Yvon Paré

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
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Trente ans. Ça peut sembler une éternité, surtout lorsqu’il est question de l’écriture d’un livre. Mais c’est aussi beaucoup de temps pour définir des personnages, acquérir de l’expérience et de la maturité, comme personne et comme auteur. Aujourd’hui, Yvon Paré propose un tout nouveau roman, fruit d’un exercice qui s’étale sur des décennies et qui, à ses yeux, est son écrit le plus achevé.

En 1984, le référendum était encore tout frais en mémoire. Yvon Paré, lui, amorçait un roman inspiré par la quête d’identité découlant de la victoire du non.

Les revenants, 16e ouvrage de l’écrivain, aboutira sur les tablettes le 6 avril, étape ultime du processus qui s’est étalé sur des décennies.

« Selon moi, en toute humilité, c’est mon meilleur livre. Je l’ai tellement travaillé, soupesé, j’ai pris des notes, j’ai eu des réflexions sur les personnages, j’ai pu mieux les connaître dans leurs pulsions. Passer 30 ans sur un livre, il faut être un peu fou pour faire ça, mais en même temps, c’est extrêmement intéressant. Aujourd’hui, je suis content du résultat. »

Yvon Paré écrit entre quatre et cinq heures par jour. Il travaille actuellement sur la suite de son nouveau roman, <em>Les revenants</em>.

Évidemment, l’écrit a beaucoup évolué au fil des ans. Il a été travaillé et retravaillé un nombre incalculable de fois.

« J’ai publié neuf écrits depuis le premier jet de cette histoire. Parfois, on pense à des projets d’écriture, mais ça nous prend plus de vécu pour le faire. En 84-85, le projet était énorme. Le brouillon faisait 1600 pages. Je l’ai mis de côté, mais j’y allais souvent. J’y retournais pour voir si ça tenait le coup. Je me demandais si ça allait me fasciner encore. Mais plus j’y retournais, plus ça me parlait », raconte l’auteur.

Yvon Paré a 16 ouvrages à son actif, dont neuf ont vu le jour depuis le moment où il avait écrit le premier jet du roman <em>Les revenants</em>, au début des années 80.

Les revenants replonge au coeur des années 80. Il met en scène des personnes qui ont quitté leur village natal depuis des années et qui décident d’y revenir.

« J’ai été inspiré par le référendum. J’avais été touché par la défaite et la population est tombée dans une déprime collective. J’ai travaillé à partir de là, avec l’idée d’essayer de se refaire une identité. Le personnage principal, Presquil, un écrivain, est très nationaliste et impliqué dans l’indépendance du Québec. Au lendemain du référendum, il perd la mémoire puisqu’il a subi un choc post-traumatique. Il se réveille dans son village d’origine, La Doré, seul dans une maison. Il se demande qui il est. Il essaie de se reconstruire. C’est un peu comme un enfant qui arrive au monde et qui observe ce qui l’entoure. C’est un roman extrêmement visuel, qui se déroule en pleine nature. C’est une grande quête d’identité qui est aussi une allégorie de ce qui se passait au Québec. Après 300 ans de domination, le Québec avait une chance de se dire oui et on s’est dit non. Ensuite, on peut se demander qui on est. »

Yvon Paré a 16 ouvrages à son actif, dont neuf ont vu le jour depuis le moment où il avait écrit le premier jet du roman <em>Les revenants</em>, au début des années 80.

Certains éléments sont inspirés de la vie d’Yvon Paré. D’abord, La Doré est son lieu d’origine. Ensuite, pendant des années, il a offert à différentes personnes d’habiter une maison qu’il possédait dans un secteur isolé de la municipalité afin qu’elle soit occupée. Un musicien, un sculpteur et un collectionneur d’antiquités l’ont tour à tour habitée. « Je me suis aussi inspiré de ces proches qui sont devenus des amis. Au lieu de les regrouper dans une même maison, j’ai inventé un village. »

LA BONNE FORMULE

Tout un travail a été réalisé afin d’amener l’histoire là où son auteur le souhaitait. La forme de l’écrit a elle aussi évolué avant de trouver la formule qui convenait.

« Le roman a été écrit au passé, puis entièrement réécrit au présent. Une version sans dialogue est née, avant d’être mise au présent. Je l’ai finalement remis au passé avec des dialogues indirects. Là, c’est la bonne formule, ça marche. Je n’ai jamais travaillé un texte comme ça ! C’est beau d’avoir une histoire, mais il faut trouver la forme. Ça me prenait une forme d’écriture un peu particulière. »

Évidemment, après autant d’années de travail, mettre un point final à un écrit constitue tout un défi. « Un texte, si tu ne l’édites pas, tu vas toujours avoir quelque chose à y changer. L’édition permet d’y mettre un point final. Habituellement, je ne relis jamais mes livres. J’ai peur. Celui-là, je l’ai relu au complet. Je me suis encore laissé prendre par l’histoire. J’ai atteint le maximum de ce que je pouvais faire. Je suis satisfait, content, rassuré. C’est effarouchant de se relire. Là, je l’ai fait, et ça tient le coup ! »

L’écrivain confirme que Les revenants est le premier tome d’une trilogie dont le second titre est déjà en préparation.

L’auteur compte donc poursuivre le travail à raison de quatre à cinq heures d’écriture par jour.

« En plus de faire du sport chaque jour, il faut que j’écrive, que je lise et que je réfléchisse. C’est mon équilibre. »

Un lancement virtuel de Les revenants est prévu le 15 avril. Les détails seront disponibles via le site Internet des Éditions de la Pleine lune.