L’artiste Francois Quévillon a remporté de nombreux prix et bourses.

Le regard poétique de François Quévillon sur les voitures autonomes

Le centre Bang a profité cette semaine du passage des artistes chercheurs François Quévillon et François-Joseph Lapointe, au 86e congrès de l’ACFAS à l’UQAC, pour les recevoir en micro-résidence afin d’explorer de nouveaux partenariats. Coup d’oeil sur deux démarches qui font appel au domaine des sciences et technologies (dernier de deux portraits).

Un peu comme les ingénieurs des constructeurs automobiles, l’artiste numérique François Quévillon amasse depuis près de deux ans d’innombrables données sur les voitures autonomes. Son but n’est pas de perfectionner la technologie, mais de la critiquer et d’y insuffler une certaine poésie.

« J’observe à la manière scientifique en travaillant de façon artistique », résume celui qui a complété une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal, et dont les œuvres ont voyagé à travers le monde. 

Quand l’idée des automobiles sans conducteur humain s’est popularisée, François Quévillon était plus réservé. « On présentait ça comme la fin des accidents de la route... »

La complexité du projet frappe, alors que l’artiste juxtapose des vidéos produits par les constructeurs et des images « dash cam », tournées par des caméras toujours en fonction sur le devant des voitures, comme un témoin oculaire infaillible. Feux de forêt, météores, personnes installées dans des paniers d’épicerie... Comment un programme informatique réagirait-il devant toutes ces imprévisibles situations accidentelles ? Comment ces ordinateurs roulants, tous interconnectés, respecteront-ils la vie privée des citoyens ?

C’est ce genre de questionnements qui inspire François Quévillon. Il a installé une caméra sur son véhicule, et utilise un logiciel qui enregistre plusieurs paramètres durant ses déplacements : vitesse, température, positionnement... Le passionné de géomatique serait capable de concevoir une carte des nids-de-poule à Montréal, par exemple. 

« Sans faire de mauvais jeu de mots, je fais de l’autosurveillance. Le fait de savoir que tout est enregistré modifie un peu ma conduite. J’utilise mon propre système, mais ça pourrait être mon téléphone qui me suit déjà partout, affirme François Quévillon. Je conduis parfois aussi comme un directeur photo. Je vois un beau point de vue et j’aimerais que la caméra le capte de façon fluide, mais non, il y a un stop à faire ! »

Le projet Conduite algorithmique sera présenté avec une interface interactive. Comme si le public « syntonisait la route » avec une radio modernisée, il pourra influencer les séquences du vidéo perpétuel.

François Quévillon peut passer des heures à prendre des photos de façon très calculée pour créer un univers numérique inédit, à l’aide de la photogrammétrie notamment, ou à traduire des données en sons pour composer un paysage musical. « Je suis tellement habitué de passer beaucoup de temps devant mon ordinateur que j’ai besoin d’aller sur le terrain dans le processus de création et de voyager, avoue-t-il. J’aime beaucoup venir en région, je trouve qu’il y a une dynamique et une ouverture qu’on ne trouve pas à Montréal. »