René Gagnon demeure fidèle aux paysages du Bas-Saguenay, ainsi qu’en témoigne son exposition présentée jusqu’à samedi, à Chicoutimi.

Le regard neuf d'un homme de 90 ans

Les tableaux de René Gagnon exhalent un parfum d’éternité qui cadre bien avec les nuages qui enveloppaient Chicoutimi, mercredi avant-midi. Rencontré au 596 boulevard Saguenay, dans la salle d’exposition où sont regroupées des oeuvres réalisées au cours des cinq dernières années, l’artiste maintenant âgé de 90 ans affichait une sérénité et un aplomb que même une visite chez le médecin, plus tard dans la journée, n’aurait pu altérer.

Sur la notion de durée, par exemple, le voici qui examine l’un des paysages que les amateurs pourront découvrir ce soir et vendredi, de 17 h à 20 h, de même que samedi, entre 11 h et 15 h. « Le métier devient à maturité quand on exécute le même mouvement des centaines, des milliers de fois, a-t-il énoncé au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. Il devient parfait comme la ligne de Picasso, celle de Dali ou celle de Jean Dallaire, qui était un génie du dessin. »

Son expérience est telle que même les imperfections causées par l’âge ou la maladie, une ligne trahissant un subtil tremblement de la main, par exemple, constituent un atout plutôt qu’une tare qu’il convient d’éliminer. « C’est le métier qui forme l’artiste. On peut tirer profit des accidents », fait observer René Gagnon en montrant un tronc d’arbre sur lequel courent des lignes très fines. « Ça fait de l’écorce », mentionne-t-il.

L’exposition a pour titre Les paysages et les personnes qui fréquentent son oeuvre reconnaîtront ceux du Bas-Saguenay, où le peintre réside depuis si longtemps. Les montagnes arrondies qui surplombent la rivière Saguenay à la hauteur de Sacré-Coeur, le cours l’eau jamais pareil, empreint de mystère, qui défile au pied de sa résidence, se prêtent à tous les sortilèges.

« Une grande toile, ce sont des harmonies qui cohabitent. Un ton en amène un autre », énonce le peintre originaire de Chicoutimi-Nord. Il demeure obsédé par la notion de transparence, notamment celle de l’eau, et révèle en souriant que de nombreuses oeuvres ont été créées à l’envers, en ce sens qu’il a peint le ciel en premier, au bas du chevalet, avant de retourner l’oeuvre afin de travailler sur le paysage proprement dit.

Sur un autre tableau, on ne voit ni montagnes, ni cours d’eau. Une masse blanche qui tourbillonne renvoie l’écho de ce qui se passe à l’extérieur de la salle d’exposition. « C’est une tempête d’hiver », confirme René Gagnon, qui affectionne les paysages ne laissant voir aucune trace de la présence des humains. Ni constructions, ni pollution. Juste la nature dans ses habits les plus somptueux, avec une touche de spiritualité inscrite en filigrane.

Pas étonnant que les collectionneurs asiatiques se montrent si sensibles au travail du Saguenéen. « Ils aiment la simplicité, le fait qu’il y ait peu de détails sur mes tableaux. C’est pur », analyse le principal intéressé. La demande demeure vigoureuse, en effet, y compris aux États-Unis et dans des régions aussi improbables que l’Islande, où une sérigraphie a été vendue récemment.

L’homme n’a jamais oublié son coin de pays, cependant, d’où le plaisir que lui procure la nouvelle exposition. « Les enfants ont décidé de me faire une fête », lance-t-il sur le même ton que l’amateur de hockey qui aurait reçu un billet dans les rouges pour voir le Canadien. Rencontrer les amateurs d’art de la région, leur parler de son travail, partager ses idées sur l’art et la vie : autant de façons de perpétuer le lien étroit, viscéral, qui l’unit à sa terre natale.