Marisol Drouin a voulu exprimer son ras-le-bol dans le livre <em>Lola et les filles à vendre.</em>
Marisol Drouin a voulu exprimer son ras-le-bol dans le livre <em>Lola et les filles à vendre.</em>

Le ras-le-bol de Marisol Drouin

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Elles ont le sexe triste, les femmes qui prennent la parole dans le livre Lola et les filles à vendre. Même quand leurs mots sont crus, ces personnages imaginés par Marisol Drouin expriment un désenchantement qui correspond à l’esprit du temps. Qu’elles exercent leur métier dans l’intimité d’une chambre ou devant une caméra, elles sont piégées par un système qui produit plus de richesse que de contentement.

«Le point de départ, c’est la profonde tristesse que j’ai ressentie en me disant : “Mon Dieu, est-ce qu’on a les mêmes scénarios pour tomber amoureux, les hommes et les femmes ? ” Aujourd’hui, c’est la carrière, le travail. Tout est marchandisé, ce qui crée une perte de sens. La révolution sexuelle ne nous a pas rendus plus heureux », a souligné l’écrivaine à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Publié à La Peuplade, son livre traduit un ras-le-bol suffisamment fort pour provoquer une prise de risque. «J’étais tannée de plein de choses et j’ai voulu aller au bout de ça, notamment des thèmes auxquels on n’est pas censés toucher en littérature. Moi, je souhaitais parler de ces femmes qui ne savent plus aimer, qui s’empêchent de le faire ou qui se sont résignées», indique-t-elle.

Néanmoins, le texte est né dans le plaisir et c’est après que les chapitres ont pris forme, chacun portant le nom d’une femme. « Puisqu’il y avait des tons différents, j’ai rassemblé les poèmes qui, ensemble, avaient du sens, note l’écrivaine. Ainsi, Rosie exprime la tristesse de celle qui ne voit plus de possibilités dans les rapports amoureux. Katherine, elle, c’est la femme de carrière, alors qu’Isabelle évoque la compétition entre femmes et que Sophie est avec Dieu. »

Le morceau de bravoure, c’est l’intervention de Lola, livrée à la toute fin. « C’est une actrice porno qui tombe amoureuse d’un autre acteur. Donc, ça ne peut pas marcher. À travers elle, je me moque de nous, les femmes, parce qu’on veut jouer la game de la performance, tout en étant amoureuses. Ce serait mieux si on valorisait la bienveillance », avance Marisol Drouin.

Née à Baie-Saint-Paul, vivant depuis plusieurs années à Montréal, elle dit avoir créé un livre urbain, ce qui ne l’empêche pas de jeter un regard nostalgique sur sa vie d’avant. « J’ai 44 ans et quand j’étais plus jeune, on se rencontrait pour vrai, fait observer l’écrivaine. Le rapport avec le corps était plus présent. Aujourd’hui, c’est désincarné et ça empire depuis le début de la pandémie. Au fond, la porno illustre ce que nous sommes devenus, avec le virtuel. »

Pour revenir au ton qu’empruntent les différents chapitres, il témoigne du soin apporté au rythme, en particulier dans l’intervention de Lola. Bien évidemment, ce n’est pas le moment de planifier des lectures publiques, mais plus tard, qui sait ? « J’ai cette envie de le faire, ce qui n’était pas le cas avant. Comme je me suis sentie libre au niveau de la forme, j’ai pu écrire ce que je voulais » , raconte Marisol Drouin.

Et les réactions du public, depuis que Lola et les filles à vendre est arrivé en librairie ? Elles sont aussi contrastées que le climat en montagne, laisse entendre l’écrivaine, qui est loin de s’en désoler. « Je vois les retours et c’est très différent, ce que je trouve le fun. Soit on aime beaucoup, soit on a de la répulsion », répond-elle.