Marjolaine Bouchard vient de compléter sa première saga pour adultes, Les portes du couvent. Après avoir pondu 1000 pages en l’espace de deux ans, la Saguenéenne planche sur une nouvelle histoire qui aura pour titre Les belles fermières.

Le Québec ancien, à travers Les portes du couvent

Marjolaine Bouchard n’avait jamais écrit une série pour adultes avant de s’attaquer aux trois tomes coiffés du titre Les portes du couvent. Totalisant près de 1000 pages, cette histoire campée dans un couvent qui ressemble un peu, beaucoup, à celui du Bon-Conseil à Chicoutimi, s’est révélée gratifiante pour la Saguenéenne. Elle a aimé y travailler et constate que le public s’est attaché aux personnages, autant qu’au contexte dans lequel ils ont évolué.

« Les gens apprécient la dynamique entre les personnages, les émotions qu’ils ressentent, a-t-elle mentionné il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès. Ils aiment aussi le côté réaliste, les détails qui correspondent à ce que plusieurs ont vécu. C’est le cas de ma description d’une épreuve de chant choral, entre autres. »

Dans le troisième chapitre de la série, baptisé Fleur de cendres, les deux héroïnes poursuivent leur quête personnelle. La petite Flora cherche toujours son grand frère, tout en poursuivant ses études au couvent. Quant à Irène, qui vient de quitter la communauté, elle négocie tant bien que mal son retour à la vie en société. C’est l’occasion de se souvenir que dans le Québec des années 1950, le destin d’une femme seule, même instruite, même vaillante, ne pesait pas lourd.

Un homme s’intéresse à elle, se montre tantôt baveux, tantôt serviable. On se dit qu’il a ses chances, mais l’ancienne religieuse caresse un autre rêve qui sera peut-être un miroir aux alouettes. Peut-être aussi l’un des jalons qui la rapprocheront du bonheur. 

Au sein de la communauté, par ailleurs, les médisances qui avaient amené Irène à abandonner le voile – on a laissé entendre qu’elle aimait une autre soeur – se sont effacées dans la honte. La mère supérieure, qui fut si cassante dans les premiers mois de son administration, s’est retrouvée isolée, contrainte de s’amender sous peine de subir d’autres départs. C’est bien la preuve que même en 1950, on voyait poindre les bourgeons de la Révolution tranquille.

« J’ai situé l’histoire pendant la grande époque des communautés religieuses, au moment où elles s’occupaient des hôpitaux, des écoles et des orphelinats. Mon but ne consistait ni à les vanter ni à les dénigrer. Ce que montre la série, c’est un système avec ses forces et ses faiblesses, et je remarque que ça touche aussi des lecteurs dans la vingtaine. Ils sont plusieurs à s’y intéresser », fait observer Marjolaine Bouchard.

Suivre le plan... et son instinct

C’est lors du lancement d’un autre de ses romans, Madame de Lorimier, que le patron des Éditeurs Réunis, Daniel Bertrand, a proposé à la Saguenéenne d’écrire Les portes du couvent. Il avait déjà ce titre en tête, ainsi que le nombre de tomes, lorsqu’ils ont échangé à ce sujet pour la première fois à Chicoutimi, en septembre 2015.

Tout naturellement, l’auteure a tourné son attention vers le Bon-Conseil, enraciné dans la communauté saguenéenne depuis plus d’un siècle. Elle a visité son musée et réalisé plusieurs entrevues avec des religieuses, tout en élaborant un plan auquel l’éditeur a accordé sa bénédiction. « J’avais déjà fait une trilogie en roman jeunesse, mais là, c’était différent », souligne Marjolaine Bouchard.

Rédiger les trois tomes en l’espace de deux ans a demandé du souffle. Tout en suivant le plan, il était essentiel de l’abandonner en quelques occasions, souvent pour suivre une piste imposée par les personnages. 

C’est ainsi que l’un d’eux, une religieuse âgée, régnant sur un petit musée truffé d’animaux naturalisés, s’est retrouvée au coeur du drame qui couronne la série. « On découvre son passé douloureux et des liens de parenté étonnants », note la romancière.

Son dernier titre a accédé aux premières places du palmarès québécois, mais elle n’a guère le temps de surfer sur cette jolie vague. Au lieu de s’accorder une pause d’écriture, en effet, Marjolaine Bouchard a accepté un nouveau défi lancé par Daniel Bertrand. « Ce sera un autre roman d’époque, qui se déroulera pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il a pour titre Les belles fermières et sortira en septembre », annonce-t-elle.