Le Quatuor Saguenay s’attaquera à une oeuvre majeure de l’Américain Steve Reich, mardi, à l’occasion de deux concerts présentés au Conservatoire de musique de Saguenay. Elle a pour titre Different Trains et l’amènera à jouer par-dessus une bande sonore comprenant des voix humaines, des sons émis par des trains et des enregistrements du Quatuor Kronos.

Le Quatuor Saguenay en terrain inconnu

Depuis 30 ans qu’il existe, le Quatuor Saguenay n’a jamais présenté un concert semblable à celui qui aura lieu ce soir (le mardi 15 octobre), au Conservatoire de musique de Saguenay. Pour lancer la série 2019-2020 consacrée à la musique de chambre, ses membres, qui se produiront à 17 h et 20 h, ont inséré dans ce programme baptisé Perspectives une composition de l’Américain Steve Reich dans laquelle leur musique sera jumelée à des films, des bandes magnétiques faisant entendre des sons et des mots prononcés par différents individus, ainsi que des pistes enregistrées par le Quatuor Kronos.

« Il s’agit d’un événement spécial, une expérience “live”, le genre de chose qui se voit. Ça pourrait aussi bouleverser les gens parce que cette aventure n’est pas uniquement musicale. Elle a un caractère historique », a raconté la violoniste Nathalie Camus, il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Quotidien. L’objet de ses pensées est une œuvre intitulée Different Trains. Elle sera livrée dans la seconde partie du concert, juste après le Quatuor opus 44 de Mendelssohn. Il l’a écrit pendant son voyage de noces, un contexte qui ne ressemble en rien à celui qui a inspiré Steve Reich.

Les trains auxquels réfère le titre sont ceux qu’il a dû emprunter pendant une partie de son enfance, soit de 1939 à 1942. Puisque ses parents avaient divorcé, il voyageait régulièrement de New York à Los Angeles aux côtés de sa gouvernante. Lui-même a raconté que ces sorties étaient excitantes, romantiques, contrairement à d’autres déplacements en train effectués à la même époque, en Europe. « C’était différent pour les personnes que les nazis envoyaient dans les camps, ce qu’illustrent les sirènes qui sifflent pendant le deuxième mouvement », fait observer Nathalie Camus.

Avant d’aborder cette triste période, Steve Reich évoque l’Amérique d’avant la Deuxième Guerre mondiale, celle de ses voyages à lui. Les enregistrements comprennent des annonces faites dans une gare américaine, le témoignage d’un ancien employé des cars Pullman et celui de la gouvernante qui accompagnait le compositeur dans ses pérégrinations d’est en ouest. Et comme ce sera le cas jusqu’à la fin de la pièce d’une durée de 27 minutes, le Quatuor Kronos impose un rythme que devront suivre les membres du Quatuor Saguenay.

« On embarque dans un train, avec des rythmes qui varient toujours un peu, suivant la technique du “phasing” développée par Reich », note une autre membre du Quatuor Saguenay, la violoniste Marie Bégin. C’est elle qui a suggéré à ses camarades d’aborder cette composition créée en 1988. À ses yeux, il s’agit d’une musique cool, à la fois spéciale et accessible, ponctuée de sonorités familières. Elle a également le mérite de poser une question articulée par son auteur, de confession juive. Que serait-il advenu si ses parents n’avaient pas quitté l’Europe pour s’établir aux États-Unis ? On connaît la réponse, puisqu’elle a été répétée six millions de fois.

Dans le troisième et dernier mouvement, on entre dans l’après-guerre, mais pour les membres du Quatuor Saguenay, le défi demeurera le même, toutes époques confondues. « C’est très techno parce que nous devons porter des écouteurs afin de jouer au même rythme que le Quatuor Kronos. Nous n’avons jamais travaillé à partir d’une bande sonore et c’est pour cette raison que Pascal Beaulieu collaborera avec nous dans le cadre de ce concert. Son rôle consistera à assurer un bon équilibre entre les enregistrements et la partie “live” », explique Nathalie Camus.

+

DEUX SEMAINES DANS L'OUEST

À peine aura-t-il complété les deux concerts donnés mardi, au Conservatoire de musique de Saguenay, que le Quatuor Saguenay fera ses valises en vue d’une tournée qui s’étirera sur deux semaines. Elle le mènera en Colombie-Britannique où l’attendent ses partenaires du Quatuor Lafayette. Ensemble, ils poursuivront une drôle de tournée amorcée il y a trois ans.

« Nous avions le goût de jouer partout au Canada, mais personne n’est capable de se libérer pendant six mois pour réaliser ce genre de projet. C’est pour cette raison que nous nous réunissons chaque année, pendant quelques jours, dans le but de former un octuor. Le prochain segment, notre quatrième, commencera le 18 octobre à Salt Spring Island (près de Victoria, en Colombie-Britannique », mentionne la violoniste Nathalie Camus.

Deux jours plus tard, les interprètes se produiront au Kay Meek Centre de Vancouver. Suivra une résidence à l’Université de Victoria, pendant laquelle le Quatuor Saguenay donnera des classes de maîtres en musique de chambre. Puis, les deux quatuors se retrouveront à Vernon, lieu de leur ultime rendez-vous. Après ce concert prévu pour le 26 octobre, le Quatuor Saguenay retournera à la maison.

« Depuis le début de la tournée, nous jouons l’Octuor de Mendelssohn, que je considère comme un chef-d’œuvre. Nous présentons également des œuvres de Niels Wilhelm Gade et Airat Ichmouratov. C’est stimulant de collaborer avec des musiciens comme nous, un quatuor au complet, formé il y a 35 ans. Ça apporte beaucoup. C’est l’fun », rapporte Nathalie Camus.

Quant au trajet emprunté par les deux formations, au fil des trois dernières années, il obéit moins à des considérations géographiques qu’aux hasards de la programmation de concerts. « Il n’y a aucun ordre. Puisque nous fonctionnons à partir de la demande, c’est comme une balle de ping-pong. Nous constatons cependant qu’il y a beaucoup d’intérêt pour ce projet. Jusqu’à présent, nous avons fait l’Ontario, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique et le Québec », indique la violoniste.