Le Quatorze-Loyers

Publié en 1994, un livre écrit par Thérèse Morin, Au Quatorze-Loyers, raconte comment les gens vivaient à l’intérieur du premier bloc à appartements de Saint-Joseph-d’Alma. Construit dans les années 1920, il se trouvait à l’angle des rues Sauvé et Taché, dans un quartier qui s’était développé à partir des rives de la Petite-Décharge. Sa silhouette massive détonnait, à une époque où les plus grandes maisons renfermaient quatre logements.

Les conditions d’hygiène étaient rudimentaires, comme en témoigne l’un des 44 tableaux proposés par l’auteure, lequel fait état de la présence de coquerelles dans l’appartement où elle résidait avec ses parents. Jeune adolescente, elle était gênée par cette intrusion que les locataires n’ont pas voulu rapporter au propriétaire, un certain Monsieur Kane, qui créchait au Saguenay dans une maison sans doute plus confortable.

Démunis face à ce problème, les Morin et leurs voisins ont eu l’idée d’ouvrir portes et fenêtres, histoire de profiter d’une fin de semaine où le climat polaire enveloppait la ville. À leur retour, les pièces étaient jonchées de coquerelles victimes du froid, mais ainsi que le mentionne Thérèse Morin, le triomphe des Almatois fut éphémère. Peu de temps après, la nature a repris ses droits.

Si j’ai sorti ce livre de ma bibliothèque où il dormait depuis longtemps, c’est la faute à Michel Jean, l’auteur et journaliste. Dans le recueil de nouvelles Treize à table, dont il est question dans la page voisine, on trouve l’un de ses textes, une histoire baptisée Mush qui, justement, se déroule en bonne partie au Quatorze-Loyers.

Une famille amérindienne y réside, et comme le livre réunit des nouvelles ayant pour trait commun d’évoquer la nourriture, on assiste à une cérémonie étrange à la toute fin: la vente de quartier d’orignaux par un proche de la narratrice. Les voisins, tous des Blancs, se demandent à quel trafic se livre cet homme dont le camion attire tant de voitures. Que renferment les paquets bien ficelés qui constituent l’objet de la transaction?

Leur méfiance a des relents tristement familiers, sauf que l’auteur ramène l’attention du lecteur vers une autre dimension, plus agréable à côtoyer. Il fait ressortir le caractère sacré de la viande d’orignal, le mush du titre, par le biais d’un repas préparé par la narratrice. Une autre tranche de vie au Quatorze-Loyers.