L’abbé Gaston Blackburn présente le premier tome de son dernier projet littéraire, une trilogie qui recueille ses fables de 2015 à 2017.

Le prêtre poète

L’abbé Gaston Blackburn a publié une vingtaine de livres au cours de sa vie, souvent sous son nom d’auteur Hugues Auburn pour profiter d’une plus grande liberté de création. À 91 ans, il fait maintenant paraître ce qu’il considère comme son dernier projet littéraire, la trilogie Fables et récits de mon vignoble.

Le premier volume, un recueil de textes écrits en 2015, est sorti en toute discrétion il y a quelques mois. «Je ne fais plus de lancement, ça me fatigue trop», avoue le prêtre à la retraite.

Il a accueilli le Progrès dans son petit appartement de Jonquière un matin, en souhaitant la bienvenue dans son «salon du livre». Le bachelier en bibliothéconomie et bibliographie a tapissé tous les murs possible d’étagères garnies de livres. C’est d’ailleurs ce qu’il veut faire quand son projet d’édition sera terminé: se consacrer à la lecture et à la prière.

«J’ai la tête pleine de vers, des vers littéraires!», assure l’ancien vicaire, qui continuera sûrement à écrire quelques textes pour en faire profiter ses proches.

Fables et récits de mon vignoble 2016 et 2017 sont déjà composés. «Le travail de révision prend du temps. J’ai trois secrétaires qui s’occupent du travail à l’ordinateur pour mes tapuscrits», indique Gaston Blackburn.

L’abbé utilise cette jolie tournure à la place de manuscrits, pour ses écrits tapés à la machine électronique. Il les publie ensuite à son compte aux Éditions de la Boutique-aux-lettres, un nom qui lui fait penser au commerce de barbier de son père et à son amour de la littérature. L’éditeur Marc-André Harvey lui apporte son aide.

Le nouveau recueil contient 90 textes qui tirent leur origine dans les aléas de la vie quotidienne. «Je pars toujours d’un évènement, que ce soit religieux, politique... On comprend en lisant les titres. Je regarde beaucoup les nouvelles», explique l’homme de Dieu. 

Les commissions d’enquête stimulent particulièrement sa plume. Gaston Blackburn a en beaucoup à dire sur l’actulité. En pensant au mouvement de dénonciation #metoo, il se réjouit que les femmes n’acceptent plus certaines situations. «Ça existait depuis longtemps ces problèmes-là, tant de souffrances...»

De retour en 2015, on trouve par exemple Morts tragiques regrettables à Charlie Hebdo ou Commissions et corruptions politiques. Chaque fable est accompagnée d’une grappe culturelle, où l’auteur décrit ses sources d’inspiration et ses références. «Parfois, cette partie est plus longue que les vers. Elle est très importante pour moi», insiste celui qui a à coeur l’éducation et la culture.

«Prenez un objet très simple, comme un marteau. Il peut servir à tuer ou à construire une maison. C’est une mauvaise ou une bonne chose selon l’usage qu’on en fait. C’est pour ça qu’on a besoin de l’éducation.»

Gaston Blackburn a choisi le titre de sa trilogie de façon très symbolique. «Le vignoble, ce sont les raisins, le vin, dans la vie comme à la messe.»

Bien que le prêtre donne plus de livres qu’il n’en vend, on peut se procurer son ouvrage dans certaines librairies de la région.

C’est sur une machine à écrire électronique que le prêtre Gaston Blackburn rédige ses fables.

La passion de l’écriture

L’abbé Gaston Blackburn a toujours aimé écrire. Il replace ses premiers textes d’importance en 1942, alors qu’il étudiait au Petit Séminaire.

«C’est là que ça a commencé. C’était le temps de la Deuxième Guerre mondiale. Mon frère y avait pris part et avait été blessé. Mon recueil de l’époque parlait de la guerre. À une époque, je pouvais écrire jour et nuit. Maintenant j’ai stoppé!»

Sous le pseudonyme de Hugues Auburn, l’homme de Dieu se sent plus à l’aise pour laisser aller sa plume. «C’est le prénom de mon ancêtre. Auburn, c’est une couleur et un mot invariable. Ça rime avec mon nom de famille», précise-t-il.

Issu d’une famille de dix enfants, Gaston Blackburn a passé l’essentiel de sa carrière comme aumônier dans les hôpitaux. «J’aimais beaucoup ça. J’ai déjà remplacé des curés, mais ce n’était pas mon style. Être avec les malades, c’est une synthèse du monde.»

Un monde qu’il trouve bien en évolution, lance l’abbé. «Quand on vieillit, on a tendance à être plus pessimiste parce qu’on compare au passé et on se dit que c’est pire. Alors, on prie et on écrit! Le mal, il est dans les extrêmes», philosophe-t-il en regardant par la fenêtre, sa «téléréalité».

Gaston Blackburn, qui cumule quelques problèmes de santé, est notamment préoccupé par les problèmes de pauvreté et de justice sociale. Il souligne aussi l’importance du bénévolat dans une récente fable.

«Sans l’aide du bénévolat

En tous lieux sur notre planète,

Que feraient les dieux de l’État

Où tant d’argent passe en cachette...»