Le nouvel album de Marie-Josée Lord, Femmes, évoque en filigrane son parcours en tant que personne et aussi en tant qu’artiste, affirme la soprano.

Le portrait d’une chanteuse affranchie

« Je vis les plus beaux moments de ma vie. Le passé ne me hante plus », a écrit Marie-Josée Lord dans le livret qui accompagne son nouveau disque, intitulé Femmes. Deux petites phrases qui donnent à penser que cet enregistrement commercialisé par ATMA Classique, disponible à compter du 23 février, représente bien plus qu’une collection d’airs d’opéra.

« Souvent, dans le développement de l’être qu’on est, ce qui n’a pas été réglé dans le passé joue sur le présent. Or, il n’y a plus de trucs qui jouent sur mes capacités, mon caractère, mon tempérament, aujourd’hui, pas plus que sur ma voix. Son évolution reflète ce que je suis devenue, puisque pour régler un problème technique, il faut aller dans son vécu, ses peurs, ses doutes. C’est un instrument trempé dans ton âme », a énoncé la soprano au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Du même souffle, elle affirme que sa voix est « plus solide, plus affirmée », ce que reflète la présence de deux airs tirés de l’opéra Aïda, de Verdi, sur son nouvel opus. « Inclure ces pièces corsées, qui exigent de l’énergie et du raffinement, a constitué un geste significatif. Ça montre que ma voix s’est élargie en prenant de la maturité. L’expression dramatique est plus directe », énonce Marie-Josée Lord.

De Verdi, toujours, elle propose deux extraits de La Traviata, tandis que Puccini est représenté par l’entremise de La Bohème, Madama Butterfly et Suor Angelica. Appuyée par l’Orchestre symphonique de Laval, lors d’un concert donné en octobre, la chanteuse s’offre également quatre titres de Massenet, suivis d’un somptueux Somewhere en guise de rappel.

Le disque constitue l’aboutissement d’un projet amorcé en 2014, sous la forme d’un concert centré sur quatre thèmes : la mort, la vie, l’amour et la vieillesse. « Je parle aux gens de ces questions pour qu’ils écoutent les airs d’opéra dans un contexte moins formel. Eux qui sont âgés de plus de 45 ans, pour la plupart, s’identifient à ça. Pour eux, ce ne sont pas des émotions inventées », raconte la soprano.

Elle ajoute que le versant scénique de Femmes comprenait une composition de Mozart, ainsi que la chanson La vie en rose, lesquelles ont été sacrifiées afin que l’enregistrement forme un tout cohérent. Dans la même foulée, Marie-Josée Lord avoue que Violetta, l’héroïne de la Traviata, est particulièrement chère à son coeur. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’exprime par l’entremise de la pièce Sempre Libera. 

« C'est un personnage qui traverse le temps, affirme l’interprète. C’est la belle femme typique, qui adore fêter, qui a les hommes à ses pieds, mais pas l’amour. Elle est tiraillée lorsqu’il arrive enfin, et moi, je me reconnais là-dedans. Ça me rappelle un épisode de ma vie où j’ai fait face à l’amour, à la possibilité d’un engagement à long terme. »

On devine donc qu’elle est très attachée à Femmes, le concert autant que l’album, ce qui ne l’empêche pas de préparer la suite des choses à feu doux. Un autre concept est en train de mijoter, ainsi qu’un projet à la télévision et un livre évoquant sa relation avec sa voix. « Dans ce métier, il faut toujours penser deux ans à l’avance », résume Marie-Josée Lord.