La Caravane en panne de Jimmy Doucet ne pourra pas prendre la route cet été. 
La Caravane en panne de Jimmy Doucet ne pourra pas prendre la route cet été. 

Le pire ennemi de Jimmy Doucet

« Ma job, c’est de provoquer des rassemblements. Et là, il ne faut pas qu’on se rencontre. Le coronavirus, c’est mon pire ennemi. »

Jimmy Doucet avait un été plus que chargé devant lui. En plus de prendre les rênes de La Fabuleuse Histoire d’un Royaume, ses productions devaient animer plusieurs municipalités du Saguenay–Lac-Saint-Jean. En quelques jours, tout a changé pour l’auteur et metteur en scène.

Jimmy Doucet travaille toujours, mais beaucoup moins qu’anticipé, évidemment. Toutefois, même si La Fabuleuse Histoire d’un Royaume ne sera pas présentée cet été, la fresque historique continue d’évoluer.

« Cette année, on faisait la refonte de la mise en scène. Tout était enclenché. Après la déception, je me concentre sur le fait qu’on me dit de prendre l’année de plus pour arriver avec un show encore plus trippant que ce que j’avais prévu. On ajoutera les deux tableaux comme prévu l’an prochain. J’ai compris beaucoup de choses pour arriver l’an prochain avec de grosses nouveautés en me sentant à l’aise et j’ai toute une équipe avec moi », affirme-t-il.

Mis à part La Fabuleuse et La Parade des jouets à Québec, prévues en novembre et dont il assume la direction artistique, ses engagements ont été annulés.

« J’ai pratiquement tout perdu ce que j’avais d’autre », confirme-t-il.

La Route des Légendes, c’est quatre spectacles qui devaient être présentés à Saint-Eugène d’Argentenay, Dolbeau-Mistassini, Sainte-Monique-de-Honfleur et Saint-Fulgence. Une caravane devait quant à elle tomber en panne dans plus d’une quinzaine de municipalités de la région. Au total, c’est plus de 65 représentations de cinq pièces de théâtre différentes qui n’auront pas lieu.

« On venait de confirmer l’horaire, l’agenda des répétitions était prêt, puis on s’est mis à retarder, et à retarder encore. Jusqu’à l’annulation. »

Pour Jimmy Doucet, ce circuit théâtral qui s’étend à travers la région représente beaucoup. Il est convaincu que les conséquences de son absence se feront sentir.

« Ce ne sont pas seulement des spectacles; ce sont des projets avec des municipalités. On y intègre des personnes à chaque endroit. À Sainte-Monique, c’est 35 personnes qui s’impliquent. Ce que les municipalités achètent, ce n’est pas juste un show. C’est un projet. C’est l’intégration des gens. On leur dit de venir avec nous pour faire le spectacle. Ça crée des aventures que je n’aurais jamais pensé possibles dans ma vie. C’est de la médiation culturelle. Le coût de l’annulation est encore plus grand. C’est bon pour la santé mentale des collectivités. »

Inquiet pour les jeunes

Jimmy Doucet est aussi l’auteur de plusieurs textes joués dans des classes de partout. Il s’inquiète pour les jeunes qui, cette année, n’auront pas eu accès au théâtre en classe.

« Mes textes sont joués environ 200 fois chaque année. Ils sont hyper accessibles. On me donne souvent des exemples très concrets de jeunes dans les écoles qui sont timides et qui réussissent à s’ouvrir grâce à un rôle. Ça change des vies. Quand j’entends que mes textes ne seront pas joués 150 fois, je pense à ces 150 classes de 30 élèves. C’est un paquet de monde qui n’aura pas cette source de bonne humeur. »

Optimiste

Malgré tout, l’auteur et metteur en scène demeure optimiste et saisit cette occasion de réfléchir.

« Il fallait qu’on sache qu’on était bien, qu’on avait des vies heureuses. Là, ça permet de relativiser. Ce sera une année de pause. C’est comme ça que je le vis, mais ça me rend quand même triste. On me force pour la première fois de ma vie à me calmer. J’en profite pour passer plus de temps avec mes deux filles de 3 et 6 ans. Il y a beaucoup de positif quand même. Ça nous laisse aussi le temps de réfléchir à des choses auxquelles on savait qu’on devait réfléchir. »

Une maison coupée en deux accueille les pièces de Jimmy Doucet depuis quelques années à Saint-Fulgence. Courtoisie