Hélène Granet et Louise Bouchard illustrent de quelle manière est né le livre De Jauldes à Tadoussac, sur les traces de Jean-Baptiste de Labrosse. La France et le Québec se sont associés afin de perpétuer la mémoire du dernier jésuite à servir en terre québécoise, notamment aux postes de traite de Chicoutimi et Tadoussac.

Le père de Labrosse raconté dans un livre

Il y a le livre, mais aussi l’histoire derrière le livre. Les deux sont dignes de mention, puisqu’ils nous ramènent à l’époque lointaine où la France et le Québec ne faisaient qu’un. Intitulé De Jauldes à Tadoussac, sur les traces de Jean-Baptiste de Labrosse, l’ouvrage en question est le fruit des efforts menés conjointement, sur une période de 15 ans, par des passionnés d’histoire provenant de la région Hautes Vallées Charente et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’homme qui les a réunis est né dans la petite communauté de Jauldes, en 1724. Issu d’une famille prospère, il a vite exprimé le désir de devenir missionnaire chez les jésuites. C’est ainsi que dès l’âge de 12 ans, on le voit amorcer des études qui le conduiront à Pau, Angoulême, Limoges, Poitiers et Bordeaux, prélude à son ordination en 1753. Dès lors, son destin se confond avec celui des francophones d’Amérique, où il vivra de 1754 jusqu’à son décès survenu en 1782, à Tadoussac.

Pendant le Régime français, dont les jours étaient comptés, le père de Labrosse a servi en terre acadienne. Il a eu le temps pour mesurer l’impact du Grand dérangement, ce nettoyage ethnique avant la lettre, avant d’enseigner la philosophie à Québec, au Collège des jésuites, puis d’assumer la fonction de curé à Mascouche. Quant au rôle qui a assuré sa postérité, celui de missionnaire dans les Postes du Roy, il a commencé en 1766, dans le sillon de la Conquête.

À ce propos, l’une des parties prenantes au projet de livre, l’historienne Louise Bouchard, évoque un fait qui montre de quel bois était constitué l’homme d’Église. « Comme tous ceux qui étaient nés en France, les Anglais lui ont donné la possibilité de retourner dans ce pays. Il a décidé de rester ici », a-t-elle mentionné il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

À ses côtés dans la salle d’entrevue, il y avait Hélène Granet, présidente du chapitre Hautes Vallées Charente de la Fédération France-Québec/Francophonie. Fière de son compatriote, elle confirme qu’il a toujours voulu être missionnaire et que ses capacités physiques lui permettaient de subir les rigueurs du service dans un pays plus grand, plus froid, que celui de ses ancêtres. « On dit que c’était une force de la nature », fait-elle observer.

Des légendes et des écrits

D’autres jésuites ont fréquenté les postes de traite, mais trois facteurs distinguent Jean-Baptiste de Labrosse de ses collègues, rapporte Louise Bouchard. « Il a été le dernier à servir ici et plusieurs légendes se rattachent à sa personne, indique-t-elle. En plus, cet homme a laissé des écrits importants : un dictionnaire français-montagnais, un livre de prières en montagnais et des calendriers destinés aux Montagnais, afin qu’ils sachent quand prier et à quel moment avaient lieu les fêtes religieuses. »

Ses déplacements l’ont mené au poste de traite de Chicoutimi et ailleurs sur le territoire, notamment à Tadoussac où une légende tenace, dont il existe bien des variantes, donne à penser qu’il a prédit son décès. « Le père de Labrosse a annoncé aux personnes qui l’accompagnaient au poste de traite qu’à minuit, les cloches allaient sonner et qu’il serait mort », affirme l’historienne.

Sa légende préférée est celle de l’incendie de forêt que Jean-Baptiste de Labrosse aurait arrêté. Elle serait survenue à la suite d’une intervention des Montagnais qui lui auraient demandé de faire un miracle pour impressionner les Naskapis, moins croyants qu’eux.

Face à un feu qui se montrait menaçant, le jésuite aurait tracé une ligne sur le sol et c’est à ce point précis que l’élément destructeur aurait arrêté sa course. « Une sculpture d’Alfred Laliberté décrit cet événement », conclut Louise Bouchard.

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UN PROJET COLLECTIF

«Elle est la maman du livre et moi, la grand-mère», lance Hélène Granet en parlant de Louise Bouchard. La formule fait sourire cette dernière, qui se définit plutôt comme la coordonnatrice de l’ouvrage consacré au père de Labrosse. À partir du jour où elle a répondu aux Français Marie-Thérèse et Alain Lavaury, qui s’étaient pointés à la Société historique du Saguenay pour obtenir des informations à propos du jésuite, il y a 15 ans, ce projet est devenu le sien.

«Mon conjoint, l’historien Éric Tremblay, a répondu à leurs demandes et nous avons développé une relation d’amitié avec eux. Des échanges ont suivi et plusieurs fois, Éric a donné des conférences là-bas. Puis, le livre est arrivé», décrit Louise Bouchard. Lancé en juin à Jauldes, où est né le père de Labrosse, cet ouvrage de belle facture, intitulé De Jauldes à Tadoussac, sur les traces de Jean-Baptiste de Labrosse, sera bientôt disponible à la libraire Les Bouquinistes de Chicoutimi.

Plusieurs signatures sont réunies à l’intérieur de ce document. Pour évoquer les premières années du jésuite, celles qui ont été vécues en France, on a brossé un portrait des villages nichés dans la commune de Vauldes. Il est aussi question des origines du futur missionnaire, ainsi que de son cheminement académique. L’une des sources importantes fut un livre de l’abbé Alexandre Chambre publié en 1904, R. P. J.-B. de Labrosse.

Pour le volet nord-américain, c’est un ouvrage plus récent, Histoire ou légende? Jean-Baptiste de Labrosse, qui a servi d’ancrage. Écrit par Léo-Paul Hébert en 1984, il a nourri les réflexions de l’historien Éric Tremblay, qui a abordé les légendes entourant le père de Labrosse. De son côté, l’archéologue Érik Langevin s’est intéressé au rôle des missionnaires dans les postes de traite, tandis que Pierre Rouxel a analysé l’oeuvre écrite du jésuite.

Le livre a été publié à 300 exemplaires et pour la petite histoire, mentionnons que lors du lancement tenu récemment à Tadoussac, une cérémonie a été organisée à la chapelle du village. Les ossements du père de Labrosse, qui avaient été retirés du bâtiment pour cause de rénovations, ont retrouvé leur place à la faveur d’une cérémonie à laquelle assistait une délégation venue de la Charente, dont faisait partie Hélène Granet.