Les comédiens Patrick Simard, Florence Boudreault et Mélanie Potvin entourent le metteur en scène du spectacle Une autre histoire de Noël, Dario Larouche. Cette production du Théâtre 100 Masques sera présentée du 6 au 8 décembre, au Côté-Cour de Jonquière.

Le Noël décapant du Théâtre 100 Masques

Deux semaines avant de redonner vie au personnage de Martha, cette femme étrange, très drôle, qu’on pourrait décrire comme une Martha Stewart sur l’acide, Mélanie Potvin commence à stresser. Chaque année, il en est ainsi. Le spectacle de Noël du Théâtre 100 Masques a beau connaître du succès, attirer un public fidèle auquel se mêlent de nouveaux venus jusqu’à ce qu’on affiche complet, elle ressent la pression découlant de l’interprétation d’un premier rôle.

«Le texte se compare à une musique et comme Martha s’exprime en faisant plein de liaisons, en mettant des z entre les mots, par exemple, il est difficile à assimiler. C’est long avant que ça coule», a souligné la comédienne au cours d’une entrevue réalisée au Côté-Cour de Jonquière. C’est à cet endroit que le Théâtre 100 Masques tiendra la 12e édition de cette production, Une autre histoire de Noël. Les 6 et 7 décembre, elle sera présentée à 19h, tandis que le 8 décembre, le public est convié à 14h.

Depuis ses débuts à la Salle Marguerite-Tellier, située à l’intérieur de la bibliothèque municipale de Chicoutimi, ce spectacle poursuit la même mission. Souvent jumelée à Patrick Simard, de retour cette année pour une neuvième ou dixième fois (il a perdu le compte), Mélanie Potvin offre une vision de Noël taillée sur mesure pour les personnes qui détestent cette fête.

Son personnage assume la fonction d’hôtesse, tout en se prenant pour l’arbitre du bon goût, une ambition que démentent ses propos et ses costumes empruntant à l’esthétique trash. C’est ainsi que cette année, elle et ses partenaires de scène, un groupe complété par Florence Boudreault, se sont mis en tête de monter le ballet Casse-Noisette. Martha dans la peau de la jeune Clara, avec des petits rats qui ne sont peut-être pas des enfants qui dansent. Tchaikovsky va se retourner dans sa tombe.

«On s’en permet beaucoup et on profite de l’occasion pour faire des clins d’oeil à l’actualité», laisse entrevoir le metteur en scène Dario Larouche. «C’est à la fois dur à jouer et pas mal le fun. On a hâte de montrer ce qu’on a préparé», ajoute Patrick Simard, qui ne fait pas nécessairement allusion à la perruque blanche dont il était affublé pendant la répétition.

Lui aussi constitue l’un des ressorts comiques du spectacle, notamment avec ses costumes ou, parfois, l’absence de... Plus discrète, la pianiste France Duchaîne sera audible, mais peu visible. Sa participation constitue cependant un atout précieux pour les interprètes, jadis appuyés par une bande sonore. «Elle s’adapte à notre ton», fait valoir Mélanie Potvin.

C’est d’autant plus important que l’édition 2019 comprend 14 chansons, dont trois nouvelles. Les textes sont plaqués sur des airs traditionnels du temps des Fêtes et plusieurs pièces sont devenues des incontournables. «Le fait de reprendre les musiques des cantiques ajoute à l’effet comique. Ceux qui viennent pour la première fois sont parfois surpris par le ton», raconte Dario Larouche.

Parmi les titres inamovibles, il mentionne Varadero, celui qui couronne le spectacle. Il s’agit de l’ultime pirouette de la Martha, le moment où on découvre quelles sont ses véritables intentions, et comme bien d’autres compositions, c’est devenu un classique, tellement qu’une partie de la salle collabore à l’interprétation. «Les gens participent davantage depuis que nous sommes rendus au Côté-Cour. C’est plus convivial», constate Mélanie Potvin.

Depuis sa migration à Jonquière, au milieu de la décennie, la production de Noël a renouvelé son public, tout en conservant l’adhésion des anciens. Puisqu’elle affiche complet ou presque, le nombre de spectateurs oscillant entre 100 et 130 par représentation, les assistances ont plus que doublé. Or, il n’est pas question de tenir plus que trois séances, d’où la nécessité de réserver tôt, sous peine de sécher sous le gui.

«C’est rendu que les gens achètent des billets dès le mois de juin, à un moment où nous n’avons rien d’écrit. En 2018, nous avons rempli trois fois et cette année aussi, le rythme est bon. La moitié des sièges sont déjà retenus», se réjouit Dario Larouche. Pour réserver, on téléphone soit au Côté-Cour, au numéro 418 542-1376, soit au 100 Masques, au numéro 418 698-3895.

Entre deux chansons, les comédiens du spectacle Une autre histoire de Noël, Florence Boudreault, Patrick Simard et Mélanie Potvin racontent de quelle manière leurs personnages abordent le ballet Casse-Noisette.

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UNE CRÉATION ET UNE COMÉDIE À VENIR

«Nous avons une grosse année», affirme Dario Larouche, directeur général et artistique du Théâtre 100 Masques. En incluant le spectacle Une autre histoire de Noël, présenté au début de décembre, trois productions seront à l’affiche d’ici à l’été. La liste comprend une création originale, la pièce EMPIRE, ainsi que la comédie absurde de Ionesco, La cantatrice chauve.

S’agissant d’EMPIRE, dont il a écrit le texte il y a deux ans, Dario Larouche parle d’un monologue qui sera porté par trois femmes: Florence Boudreault, Érika Brisson et Marilyne Renaud. C’est lui qui en assurera la mise en scène et le produit fini sera livré en mars, au Petit Théâtre de l’UQAC. Ainsi sera complétée la résidence de la compagnie à l’université.

«Il s’agit de notre première création depuis 2016 et ça fait du bien de produire du théâtre plus dramatique. La pièce aborde les angoisses existentielles qu’on peut ressentir face au monde tel qu’il se présente aujourd’hui. Les trois interprètes décrivent une forme de déchéance, une vision négative du monde. Elle a été inspirée par des phénomènes comme la crise des migrants et les enfants mis dans des cages aux États-Unis, mais le propos reste intemporel», estime son auteur.

L’atmosphère sera plus légère pendant l’été, grâce à la Cantatrice chauve. Fait à signaler, le 100 Masques déplacera son spectacle estival à Jonquière, après avoir oeuvré pendant plusieurs années à La Pulperie de Chicoutimi, ainsi qu’à la Salle Murdock. C’est au Côté-Cour, dont Dario Larouche assume la direction, que prendra vie le texte de Ionesco.

«Après avoir présenté Le père Noël est une ordure, nous voulions revenir avec un classique universel. C’est une pièce sur l’absurdité, écrite à un moment de sa vie où l’auteur faisait l’apprentissage de l’anglais. Il a utilisé la méthode ASSIMIL pour formuler des phrases d’un vide abyssal et justement, c’est ce qui complique le travail des comédiens. Il n’y a pas d’histoire à laquelle ils peuvent se raccrocher», rapporte le metteur en scène.

Il dirigera le même trio que dans Une autre histoire de Noël, soit Mélanie Potvin, Patrick Simard et Florence Boudreault. C’est en leur compagnie que le public pénétrera dans l’intimité d’un salon anglais, ce qui représentera le dernier rendez-vous théâtral destiné au grand public. En parallèle, la compagnie profitera de la belle saison pour tenir des ateliers de théâtre destinés aux jeunes, une formule qui se déploie sur deux semaines.

L’an dernier, chacune des deux sessions a affiché complet, ce qui représente un total de 120 inscriptions. Le premier volet est consacré aux grandes oeuvres théâtrales, tandis que la semaine suivante, on abordera les formes théâtrales les plus importantes. «En ajoutant les ateliers, nous sommes actifs 11 mois par année, ce qui montre que le 100 Masques se porte bien. Depuis 2015, nous sommes sur un erre d’aller», fait observer Dario Larouche.