Rose-Line Brasset croit que les contretemps peuvent cacher des opportunités, particulièrement en voyage. C’est ce que démontre son nouveau roman, Juliette à Mexico, et ce qu’elle-même a pu constater à l’âge de 18 ans, lors d’un voyage en Équateur.
Rose-Line Brasset croit que les contretemps peuvent cacher des opportunités, particulièrement en voyage. C’est ce que démontre son nouveau roman, Juliette à Mexico, et ce qu’elle-même a pu constater à l’âge de 18 ans, lors d’un voyage en Équateur.

Le Mexique au-delà des plages dans le dernier roman de Rose-Line Brasset

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Si puissant soit-il, le coronavirus n’a pas tué le goût de l’ailleurs. Il suffit de lire le dernier roman de Rose-Line Brasset, Juliette à Mexico, pour retrouver le plaisir que procure la découverte de nouveaux lieux, de cultures différentes de la nôtre. Même à travers le regard de l’héroïne, une adolescente âgée de 13 ans, adultes comme enfants peuvent ressentir ce mélange de fascination et de douce appréhension que portent en eux les voyages les plus gratifiants.

Cette fois, il ne s’agissait pas de la destination originale de Juliette et de sa mère. Accompagnées par un autre duo intergénérationnel, celui formé de Gina et Ginette, elles comptaient paresser sur les plages de Puerto Vallarta quand un ennui mécanique a obligé leur avion à se poser dans la capitale du Mexique. Ne pouvant repartir le jour même, le quatuor a abouti dans un luxueux hôtel du centre-ville.

Rongera-t-il son frein ? Tirera-t-il parti de cette infortune ? Dans les deux cas, la réponse est oui. Ginette, la mère de Gina, est manifestement frustrée, tandis que la mère de Juliette, qui connaît la ville et parle l’espagnol couramment, brûle d’envie de jouer au guide touristique. Or, pour corser l’affaire, un conflit éclate entre les filles, fondé sur un malentendu. Juliette a beau prôner l’amitié entre les peuples, elle n’est pas à l’abri d’une mesquinerie.

Aux yeux de Rose-Line Brasset, cependant, le thème central de ce roman, 14e de la série parue chez Hurtubise, réside ailleurs. «Il s’agit des relations hommes-femmes, de l’égalité des sexes et du féminisme. J’explore également le sort des Autochtones, comme je le ferai bientôt dans Juliette en Australie. On apprend plein de faits les concernant et il y a des rencontres, des contacts avec d’autres façons de vivre», a raconté l’écrivaine à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le livre <em>Juliette à Mexico</em> permet à l’écrivaine Rose-Line Brasset d’aborder des thèmes comme le féminisme, le sort des peuples autochtones et le rôle de l’art dans la société, tout en rappelant à quel point il est agréable d’aller à la rencontre d’autres cultures.

Elle-même peut être considérée comme l’alter ego de la mère de Juliette. Juste avec sa fille, la dame originaire d’Alma, qui vit aujourd’hui à Québec, a effectué une dizaine de séjours dans la patrie de Pancho Villa. «C’est un pays dont les couleurs changent selon l’endroit où on se trouve. Dans les montagnes, sur la côte du Pacifique ou de l’Atlantique, par exemple. J’ai voulu amener les gens ailleurs que dans les stations balnéaires comme Cancún ou Puerto Vallarta», fait-elle observer.


« Je souhaite que le livre provoque des discussions dans les familles, au sujet du féminisme. C’est bien possible, puisque cette série est appréciée des mères, pas juste des filles. »
Rose-Line Brasset

Les inégalités sociales sont évoquées à petites touches, le machisme aussi, auquel sont exposées les adolescentes. Et s’il y a une héroïne dans ce roman, c’est la figure tutélaire de Frida Kahlo et, par extension, son Diego Rivera de mari. Leur art, si personnel qu’il atteint à l’universel, embrassant toutes les femmes à travers une femme, le Mexique d’hier comme celui d’aujourd’hui, était – et demeure – populaire dans le meilleur sens du terme.

«À Mexico, on est éblouis par l’art. C’est une ville de grande culture, ce qu’expriment les murales de Rivera. Je trouvais ça intéressant de le mentionner, parce que tout le monde aime l’art urbain. En même temps, Je souhaite que le livre provoque des discussions dans les familles, au sujet du féminisme. C’est bien possible, puisque cette série est appréciée des mères, pas juste des filles», affirme Rose-Line Brasset.

Ce qui lui tenait à coeur, également, c’était de montrer qu’un contretemps peut constituer une fabuleuse opportunité. Bien avant le problème mécanique avec lequel a dû composer le quatuor, en effet, l’écrivaine l’a constaté en Équateur, à l’âge de 18 ans. C’était son premier voyage et l’adolescente explorait un marché public, dans un village, lorsqu’une main alerte a subtilisé son argent et son billet de retour, de même que son passeport.

«Je pense que c’est ce jour-là que Juliette est née, confie Rose-Line Brasset, qui mentionne cet incident pour la première fois en entrevue. Avant mon retour au Québec, munie d’un passeport britannique, une année s’est écoulée. Entre-temps, j’ai appris à parler l’espagnol, j’ai trouvé du travail et il y a des gens très pauvres qui m’ont aidée. Quand on me dit que les aventures de Juliette sont rocambolesques, ça part de là. Comme elle, je suis naïve. Et comme elle, je suis indulgente.»

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PLUS DE 650 000 ROMANS VENDUS

«J’ai la conviction que Juliette pourrait provenir de n’importe quel pays. C’est pour cette raison que les jeunes du monde entier sont en mesure de s’identifier à elle», énonce Rose-Line Brasset.

Ce qui aurait pu n’être qu’une intuition est validé par le succès que connaît la série publiée chez Hurtubise. Le nombre de livres vendus dépasse en effet les 650 000, dont plusieurs ont trouvé preneurs à l’extérieur de la province. Et on ne parle pas de la bande dessinée, dont le quatrième épisode, Juliette à Hollywood, se matérialisera dans un mois.

«Celui-là, j’en suis particulièrement fière. On s’intéresse au cinéma, mais aussi aux grands feux qui ravagent la Californie, annonce l’écrivaine. Au plan visuel, par contre, je suis sûre que la BD suivante, Juliette à Québec, fera un malheur en Europe. Les images d’Émilie Decrock sont magnifiques! Ce sera magique parce qu’on voit la ville la plus belle du monde en hiver. »

En attendant, elle assiste à la progression constante des ventes à l’échelle internationale. Bien engagé au sein de la francophonie, ce phénomène est d’autant plus intéressant qu’il comporte son lot de surprises. Ce sont les Pays-Bas, par exemple, qui montrent le plus d’empressement à traduire les ouvrages, un désir qui embrasse également la BD.

Ce qui est tout aussi intrigant, c’est l’intérêt qui se manifeste en Europe centrale. « Des titres sont en cours de traduction en Hongrie et on négocie avec d’autres pays. Quant à moi, j’ai été pas mal énervée en voyant la version tchèque de la BD Juliette à New York », reconnaît Rose-Line Brasset. 

On sent que la voyageuse n’est jamais bien loin de l’écrivaine.

Enfin, l’Asie tend les bras à Juliette. Même si les principales foires du livre doivent se rabattre sur Internet en raison de la crise sanitaire, ralentissant d’autant les négociations, il se passe de belles choses sur ce continent. «Les quatre premiers romans ont été traduits en chinois simplifié», révèle ainsi Rose-Line Brasset.

Quant au phénomène d’identification mentionné plus haut, il trouverait sa source dans le fait que Juliette ne constitue pas le centre d’attraction de la série, en dépit du fait qu’elle soit attachante. « L’important, c’est ce qu’elle voit, le regard que cette fille porte sur la vie dans les autres pays, fait observer l’écrivaine. Ce regard englobe les familles. Il va au-delà des personnes de son âge.»