Libre de rester lui-même et de s’exprimer sans filtre, avec beaucoup d’humour, Peter MacLeod a déridé ses fans vendredi soir, à l’occasion d’un spectacle présenté au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Le même Peter MacLeod

Vous êtes un fan de Peter MacLeod et vous vous demandez si, rendu à deux poils de la cinquantaine, il commence à s’embourgeoiser. S’il a mis une sourdine à son parler beauceron, pas bien loin du nôtre. Si ses blagues se font plus consensuelles, moins centrées sur les parties cachées du corps humain. Le cas échéant, soyez rassuré. L’homme tel qu’il se présente dans Libre, son cinquième one-man-show, est aussi drôle, aussi cru, aussi naturel que jamais.

Il l’a démontré dès l’amorce du spectacle livré vendredi soir, le premier d’une série de deux au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Le public, qui regroupait une large section de la pyramide des âges, des jeunes adultes aux retraités, a vite compris que l’humoriste se distingue toujours par son sens de l’absurde, autant que par cette faculté qu’il a de s’adresser aux gens sur un ton proche de la conversation, sans cris et sans filtre.

À peine venait-il de bondir sur la scène au son d’une guitare rock, un classique dans la confrérie, qu’on l’entendait railler ceux qu’on appelle des « lumber sexuels ». « Ils ont des barbes et des vestes à carreaux, mais il n’y en a pas un qui est capable de partir une chainsaw », a lancé Peter MacLeod. Sitôt les rires évaporés, le voici qui dénonçait les pulsions sécuritaires de certains groupes de pression, dont ceux qui souhaitent interdire la consommation d’alcool sur un ponton.

Cette fois, on a vu se manifester le juste courroux de l’homme honnête, celui qui ne voit pas comment on pourrait provoquer un accident sur de tels engins. « Qu’ils nous crissent la paix ! Les pontons, c’est ce que j’appelle des planches à bière. C’est fait pour ça et ils filent à 15 kilomètres à l’heure. On est saouls et on ne peut pas aller plus vite », a-t-il énoncé avec tellement de ferveur, en nourrissant son argumentaire de larges tranches de vécu, que son point de vue semblait quasiment raisonnable.

Ceux qui le connaissent n’apprendront rien ici, mais il faut rappeler que l’un des atouts de Peter MacLeod réside dans son authenticité. Ainsi, quand il se met sur le dos de Facebook, ce grand bouffeur de liberté, on croit entendre une voix familière, celle du beau-frère, du collègue de travail, de l’ami qui trouve qu’une fraction de l’humanité a perdu la boule. « Je suis sûr que des gens, ici, ont 200 amis Facebook, a-t-il signalé. Déménagez la semaine prochaine, pis appelez-les, pour voir s’ils vont vous aider. »

Son sens de l’ironie fait merveille, aussi, lorsque vient le temps de comparer les conditions de vie des Québécois et des citoyens du Zimbabwe, l’un des pays les plus pauvres de la planète. Preuve qu’un moraliste sommeille en lui, Peter MacLeod rappelle que là-bas, il faut marcher cinq kilomètres pour boire de l’eau brune « dans laquelle il y a de la vie », alors qu’ici, on fait la fine bouche. « On prend de l’eau du robinet, qui est propre, et on la passe dans le Brita avant de faire du café », raconte-t-il.

Dans une veine similaire, la consommation ne trouve pas grâce à ses yeux. Se prenant pour cible, l’humoriste s’est gaussé de l’achat de meubles de patio qui ont coûté plus cher que ceux qui se trouvent dans sa maison, ainsi que de la nuée de coussins qu’il faut surveiller, de peur qu’il se mette à pleuvoir ou venter. Le temps d’aller chercher une bière, cependant, et « les mouettes ont chié blanc sur les coussins noirs et chié noir sur les coussins blancs », une ligne qui a provoqué une brusque montée d’hilarité.

L’épisode le plus tordant, toutefois, ne peut pas être décrit dans un journal familial. Sachez seulement qu’il est survenu lors d’une fin de semaine pendant laquelle une amie récemment séparée lui est apparue pour la première fois dans son costume d’Ève. Il ne faut pas être humain pour entendre la suite sans pleurer de rire, un privilège qu’auront les personnes qui, ce soir et demain, verront Peter MacLeod à son retour au Théâtre Banque Nationale, puis à la Salle Michel-Côté d’Alma.