Le mariage de la chanson et des arts visuels

CHRNOIQUE / À la blague, j’ai demandé à Laura Babin si les yeux rouges qu’elle affiche sur l’album Corps coquillage ont été causés par Dany Placard. Est-ce qu’il l’a fait travailler pendant de trop longues heures en studio, assis dans la chaise du réalisateur? La question a amusé la chanteuse, qui ne tarit pas d’éloges à propos du Laterrois. Elle a ensuite évoqué son intérêt pour les arts visuels, dont découle la photo mentionnée plus haut.

«Un projet musical, ça représente un tout. C’est pas juste mes tounes. Le visuel donne des indices sur l’écoute», a expliqué l’artiste. Dans ce cas-ci, par exemple, elle a voulu illustrer le propos véhiculé par ses textes. C’est ainsi que les photographies créées par Jean-Philippe Sansfaçon mettent en scène une femme écorchée, vulnérable, qui est aussi animée par une force intérieure.

«Je trouve ça agréable de travailler avec des photographes, des graphistes. C’est le fun à faire, surtout que je ne suis pas obligée d’aller là-dedans», raconte Laura Babin. À sa manière, elle exprime un sentiment dans lequel pourrait se reconnaître sa consoeur Lydia Képinski. Elle aussi, en effet, ne se contente pas de mailler des textes à de la musique. «J’ai suivi des cours en histoire de l’art et j’aime les arts visuels. Je suis heureuse de travailler avec des photographes qui pensent comme des peintres», fait observer la chanteuse. Sur scène aussi, quand on lui en offre l’opportunité, elle trouve des façons originales d’habiter l’espace. Ce fut le cas à l’occasion de deux spectacles tenus récemment à Montréal. Ils ont eu droit à une scénographie plus ambitieuse que ce que permet le cadre dans lequel se déroulent les tournées.

Songeant au rendez-vous du 23 août à L’Anse-Saint-Jean, plus précisément au Bistro de L’Anse, Lydia Képinski a tout de même évoqué la possibilité d’apporter trois néons jaunes. Peut-être feront-ils le voyage, mais peut-être pas, puisque cette couleur qu’on retrouvait sur ses vêtements, jusqu’à tout récemment, ne serait plus de saison. «Ma période jaune est finie, lance-t-elle avec humour. Maintenant, c’est le rouge et le noir comme dans le roman de Stendhal, qui est pourtant d’un ennui terrible.»

Ce n’est pas d’hier que les arts visuels imprègnent le monde de la musique, ainsi que l’ont rappelé les pochettes de disques d’Andy Warhol présentées il y a quelques mois, au Centre national d’exposition de Jonquière. Au Québec, Pierre Lapointe favorise cette pratique depuis longtemps et les cas de Laura Babin et Lydia Képinski, deux artistes en début de carrière, s’inscrivent dans la même logique. Plus que jamais, la chanson vit sous le règne de l’interdisciplinarité.