Sur cette photographie captée à la fin d’une représentation du <em>Petit cercle de craie</em> donnée au Mouffetard, on voit les comédiens Christian Ouellet et Sara Moisan (au centre et à droite), alors qu’ils participent à un échange avec les spectateurs. Chaque fois qu’elle a tenu l’affiche dans la salle parisienne, cette création du Théâtre de la Tortue Noire a fait salle comble.

Le marathon théâtral de Sara Moisan

« Je vois ça comme un marathon. Il faut garder de l’énergie pour la suite des choses », a énoncé Sara Moisan, vendredi, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. Elle se trouve à Paris, où viennent de prendre fin les représentations de la pièce Le petit cercle de craie, qui s’appuie sur un texte de Berthold Brecht. C’est la première des trois productions du Théâtre de la Tortue Noire qui tiendront l’affiche jusqu’au 15 mars, au Mouffetard.

Ce spectacle, qui a vu le jour en 2015 au Petit théâtre de l’UQAC, connaît une belle carrière. En ajoutant les huit représentations livrées par Sara Moisan et Christian Ouellet dans le seul établissement parisien spécialisé dans le théâtre de marionnettes, il a été vu 92 fois. Or, ce n’est que le début de l’aventure, puisque Kiwi et Ogre se succéderont dans la salle du 5e arrondissement.

C’est pour cette raison que la comédienne emprunte l’image du marathon, d’autant qu’elle-même fait partie de la distribution des trois pièces. Les premiers jours ont été plus difficiles, notamment en raison du décalage horaire, souvent ratoureux en soirée. Jouer devant un public adulte avant de remettre ça le lendemain avant-midi, à la faveur d’une représentation scolaire, n’a rien d’évident au plan physique. La réponse des spectateurs a toutefois le don de recharger les batteries.

Les représentants du Théâtre de la Tortue Noire sont accompagnés par des membres de l’équipe du Mouffetard, la salle qui accueille trois de leurs productions en février et en mars. Derrière eux, on remarque l’un des montages graphiques réalisés par le photographe Patrick Simard. Il fait partie d’une exposition consacrée aux dix oeuvres produites par la compagnie saguenéenne.

« Le petit cercle de craie a joui d’une très bonne réception. Le public adulte du Mouffetard est fait de connaisseurs et plusieurs ont émis des commentaires chaleureux. Ils nous disent que cette pièce les incitera à voir les deux autres. Comme elles ont été créées à des moments différents, les gens auront une bonne idée de notre cheminement artistique », se réjouit Sara Moisan.

Elle ajoute que le volet scolaire a permis de ratisser large, l’âge des spectateurs jouant entre 11 et 19 ans. Il est vrai que cette histoire, qui se déroule en temps de guerre et qui met en scène deux femmes se disputant la garde d’un enfant, a une portée universelle. Elle est relatée par le truchement du théâtre d’objets, qui fait partie de l’ADN de la Tortue Noire. C’est aussi le cas de Kiwi, un texte du Saguenéen Daniel Danis que Sara Moisan fait vivre depuis 2007, en compagnie de Dany Lefrançois.

« Lundi, c’est congé, mais mardi, nous procéderons au montage, avant de présenter Kiwi en soirée. Le public ciblé est plus âgé que celui du Petit cercle de craie parce que ce spectacle est plus dur. Il est destiné aux adolescents et aux adultes », fait observer la comédienne.

Les comédiens Christian Ouellet et Sara Moisan, qui viennent de compléter les représentations de la pièce Le petit cercle de craie, à Paris, sont photographiés aux côtés d’Isabeau Côté, directrice technique de la Tortue Noire dans le cadre de son équipée parisienne.

Les représentations se dérouleront du 3 au 8 mars et, si la tendance se maintient, Kiwi fera salle comble en attendant de céder la place à Ogre.

En prime, les Parisiens peuvent visiter une exposition réalisée par le photographe Patrick Simard. Elle se déploie à l’entrée du Mouffetard et prend la forme de dix montages graphiques évoquant les dix productions conçues par la Tortue Noire. « Patrick a interprété nos archives à sa manière, en plus d’ajouter des croquis de Mylène Leboeuf-Gagné, celle qui a imaginé la marionnette géante qu’on voit dans Ogre. Le résultat est magnifique », affirme Sara Moisan.

+

L'OGRE EST ARRIVÉ, SAIN ET SAUF

Après quelques jours de retard, le coffre dans lequel était rangée la marionnette géante faisant partie de la pièce Ogre est arrivé à bon port. Cet élément essentiel du spectacle, puisqu’il s’agit du personnage central, pourra donc capter le regard du public parisien au cours de la première européenne tenue le 10 mars, à la salle Mouffetard.

« Le transport constitue toujours une source de stress, mais l’ogre est en bon état, confirme la comédienne Sara Moisan, qui est aussi directrice générale de la compagnie saguenéenne. Nous l’avons sorti du coffre pour qu’il reprenne sa forme et, dans quelques jours, nous procéderons à son assemblage. Le reste de la gang va arriver le 6 mars. Nous pourrons alors répéter sur le plateau. »

À l’opposé des pièces Le petit cercle de craie et Kiwi, où l’utilisation de petits accessoires oblige les diffuseurs à réduire le nombre de places disponibles – autrement, on perdrait trop de détails –, Ogre mobilisera l’ensemble du Mouffetard. La salle sera en mesure d’accueillir 230 personnes pour chaque représentation, ce qui pourrait arriver fréquemment du 10 au 15 mars.

« Ça se passe très bien en ce qui touche les réservations. On sent qu’il y a un effet d’entraînement lancé par Le petit cercle de craie. Les dimensions de l’ogre produisent également un effet de curiosité », explique Sara Moisan. 

Ajoutons que cette production n’a jamais été à l’affiche en Europe et que l’auteur du texte, le Chicoutimien Larry Tremblay, jouit d’une réelle notoriété dans l’Hexagone.

En attendant, ce n’est pas le chiffre des assistances, mais les dimensions de la scène, qui retiendront l’attention. Elle est plus exiguë qu’à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, où fut créée la pièce produite de concert avec le Théâtre La Rubrique. Faire bouger le personnage nécessitera donc des ajustements. « Dès la conception de la marionnette, cependant, nous avons tenu compte des spécificités du Mouffetard, note Sara Moisan. Nous savions que la pièce serait présentée à cet endroit. »

Personnage central de la pièce du même nom, l’ogre conçu et fabriqué par la Chicoutimienne Mylène Leboeuf-Gagné foulera la scène du Mouffetard à compter du 10 mars.