Catherine Voyer-Léger a produit plus de 300 textes qui sont désormais regroupés dans un livre intitulé Prendre corps. Comme le suggère le titre, ils présentent des réflexions inspirées par le corps de l’auteure au cours d’une période de 16 mois.

Le livre qui fait corps avec son auteure

Pendant 16 mois, Catherine Voyer-Léger a écrit sur un seul et unique sujet : son corps. L’auteure a rédigé des textes au gré de ce qui l’interpellait, lesquels étaient diffusés par l’entremise d’un site web créé avec la complicité d’une amie. Elle qui rêvait que ce projet épouse la forme d’un livre a vu son voeu exaucé lorsque l’éditrice Mylène Bouchard, de La Peuplade, l’a entendue lire des extraits lors d’une visite au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Intitulé Prendre corps, l’ouvrage est disponible depuis la fin de mars.

« On n’a pas un corps. On est un corps », a énoncé Catherine Voyer-Léger au cours d’une entrevue téléphonique réalisée plus tôt cette semaine. C’est une manière de dire que notre enveloppe charnelle nous détermine, nous définit, que nous le voulions ou non. L’expérience menée quand elle était âgée de 35 ans a été colorée par ce corps qui lui plaît, qui lui procure du plaisir, qui lui fait mal, qui lui rappelle ceux de sa mère et sa grand-mère. Si bien qu’à petites touches, à la manière d’un tableau pointilliste, ses observations brossent un portrait dans lequel se reconnaît la principale intéressée.

« J’ai dû m’approprier mon corps dans sa complexité, l’idée de base consistant à écrire d’une manière qui ne serait pas linéaire. J’ai parfois traité de mes petits bobos et aussi d’autres choses, des facteurs extérieurs comme le verglas et les grandes chaleurs, par exemple, pour mentionner ce qu’ils me faisaient ressentir. Il est aussi question du deuil de la maternité biologique que j’ai fait à ce moment-là, puisque je venais de décider que je ne porterais pas un enfant », fait remarquer l’auteure.

Sa façon de gérer son corps, tant par le biais de l’alimentation que de l’activité physique et des traitements offerts par des spécialistes, nourrit également sa réflexion. Bientôt émerge une évidence, soit qu’il est impossible de trouver le point d’équilibre absolu en ces matières. Si on s’entraîne, c’est bon pour le cardio, mais des douleurs émergent. Si on ne fait rien, on ne souffre pas à brève échéance, mais à quel prix ? « Ce projet m’a aidée à comprendre que je devrais laisser plus de place à de légers inconforts », confie Catherine Voyer-Léger.

Un autre genre d’inconfort a été généré par la diffusion de ses textes sur le web. Certains d’entre eux ont indisposé sa mère, en effet. « Je n’ai pas ses yeux bleus, mais il y a du diabète dans la famille, si bien qu’elle a trouvé ça difficile de me voir écrire sur mon corps qui ressemble au sien. En même temps, ma mère se sentait coupable lorsque je mentionnais que mon corps me faisait souffrir », rapporte l’auteure, dont on comprend qu’elle se trouve un peu trop ronde pour son propre bien.

Il n’y a aucune équivoque, en revanche, dans le regard qu’elle porte sur le livre. L’objet lui plaît, tant le rose de la couverture imaginée par Mariery Young que les pages - roses elles aussi - qui regroupent les titres des textes qui suivent. Et bien sûr, il n’y a pas de table des matières, puisque les pages ne sont pas numérotées. Ainsi peut-on explorer le livre en se laissant porter par le hasard et s’il n’en tient qu’à elle, le présent recueil ne sera pas le dernier. Dans quelques années, son corps lui fera vivre d’autres expériences qu’il vaudrait la peine d’évoquer.

« Aujourd’hui, déjà, ma vie est différente parce que j’ai adopté une enfant. Je m’occupe d’un autre corps que le mien et je fais l’expérience de ce qu’on appelle la charge mentale des parents. J’ai moins de mémoire qu’avant. Je dois tout noter dans mon agenda. Je ne l’avais pas cru lorsqu’on m’avait parlé de ce phénomène, mais il est bien réel », a confié Catherine Voyer-Léger pendant qu’une petite voix se faisait entendre, à quelques pieds du téléphone. La propriétaire du deuxième corps réclamait un peu d’attention.