Directeur de la programmation pour le Festival d’été de Québec, Louis Bellavance note la présence dominante du hip-hop sur le marché local, autant qu’à l’échelle de la planète. Ce phénomène colore les choix effectués cette année, sans toutefois empêcher le comité organisateur de proposer un menu diversifié.

Le joyeux casse-tête de Louis Bellavance

Au cours de l’entrevue réalisée mercredi, au journal, Louis Bellavance, directeur de la programmation au Festival d’été de Québec, a reçu un courriel. Même si le comité organisateur venait d’ajouter une vingtaine de noms à la liste des invités présents du 5 au 15 juillet, il restait des fils à attacher, dont un plus gros que les autres.

« Je viens d’avoir la confirmation que le groupe America viendra cette année. Il va donner un spectacle complet le 11 juillet, au parc de la Francophonie. Juste avant Air Supply », a révélé Louis Bellavance, en affichant un large sourire. 

Si on assimile la programmation à un casse-tête, un morceau de ciel venait de trouver sa place à l’intérieur de l’image. Un pas de plus vers la 51e édition.

La liste des têtes d’affiche témoigne de l’esprit du temps. Le hip-hop demeure une valeur en hausse, ce qu’illustrera la présence de Brockhampton sur la grande scène des plaines d’Abraham, le 5 juillet. 

Toujours à cet endroit, deux jours plus tard, les amateurs du genre auront droit à un minifestival balisé par Killy, Loud, Lil Yachty et Future. Ajoutez Tory Lanez le 11 juillet, et ça commence à ressembler à une tendance dominante.

« La réponse est là quand on propose du hip-hop. Ça défonce à l’Impérial, par exemple, où nous tiendrons une soirée franco le 14 juillet avec Alaclair Ensemble. On a toutefois un problème avec les artistes américains. La moitié du temps, ils sont bloqués aux douanes, et plusieurs, parmi ceux qui viennent à Québec, ont un discours violent. Des fois, on espère que personne ne comprendra les paroles », raconte Louis Bellavance d’un ton amusé.

Le défi de la diversité

Une autre ligne de force, cette année, tient à la musique électro. Ses représentants les plus en vue seront les Chainsmokers, attendus le 11 juillet, tout comme Gordon City (Live). « Tous genres confondus, ce sera la production la plus imposante. La progression a été lente à l’intérieur de ce créneau, mais il ne s’agit pas d’un feu de paille. C’est pour cette raison que maintenant, ça prend de grosses pointures », explique le directeur de la programmation.

La grande famille du rock a aussi droit de cité, qu’il s’agisse de la frange métal avec Silverstein, Bullet Fot My Valentine et Avenged Sevenfold, qui se succéderont sur les Plaines le 14 juillet, ou les Foo Fighters, présents cinq jours plus tôt. « Il faut finir ce spectacle-là », lance Louis Bellavance en référant à la sortie précédente du groupe, écourtée par un violent orage. Le même soir, il conseille aux amateurs de jeter un oeil à Greta Van Fleet. Les nostalgiques de Led Zeppelin vont verser une larme, paraît-il.

Au parc de la Francophonie, par ailleurs, Jane Birkin se joindra à l’Orchestre symphonique de Québec pour reprendre des classiques de Gainsbourg. C’est la principale tête d’affiche en provenance de l’Hexagone, ce qui s’explique de plusieurs façons. Il est plus payant de tourner en France pendant l’été, vu l’abondance – et la générosité – des festivals. À l’inverse, la notoriété des jeunes pousses demeure modeste de ce côté-ci de l’Atlantique. N’est pas Bruel qui veut.

Un phénomène similaire touche la planète country. Les vedettes du genre commandent de lourds cachets, un investissement que ne justifie pas toujours leur pouvoir d’attraction au Québec. Néanmoins, les fréquentations amorcées avec Keith Urban et Brad Paisley se poursuivront, ce qui permettra de découvrir Sturgill Simpson sur les Plaines, le 15 juillet.

« Il ne fait pas partie du new country. Ce serait plutôt un Johnny Cash, version turbo, avec sa section de cuivres et ses claviers. Ça sonne. C’est une tornade, ce qui explique qu’on l’ait jumelé au Dave Matthews Band, qui clôturera le festival. Un autre gars de live capable d’étirer à l’infini une chanson de trois minutes », mentionne Louis Bellavance.

Il rappelle que le laissez-passer donnant accès à l’ensemble de la programmation est toujours en vente au coût de 100 $ l’unité. « Notre offre est exceptionnelle, tandis que l’expérience vécue par notre clientèle se situe au sommet de l’échelle. Et nous demeurons le festival le plus accessible au monde », fait valoir le directeur de la programmation.

Neil Young, Kurt Vile et la bataille des Plaines

Chaque année, le Festival d’été de Québec (FEQ) reçoit un monument de la chanson, un vétéran qui confère à l’affiche un surcroît de prestige. Celui qui tiendra ce rôle pendant la 51e édition est Neil Young, présent le 6 juillet sur les plaines d’Abraham. Il s’agira de sa première apparition au Québec dans une autre ville que Montréal. Une occasion qui, à n’en pas douter, ne se reproduira plus.

Quand la silhouette massive de l’Ontarien se déploiera sur la grande scène, le directeur de la programmation, Louis Bellavance, verra se matérialiser des efforts dont l’origine remonte à 2012. 

Comptant lui-même parmi ses fans, il a multiplié les démarches auprès de l’artiste qui, contrairement à certains de ses camarades, garde la main haute sur ses choix stratégiques.

« Québec accueillera le seul spectacle que Neil Young donnera au Canada en 2018, mais avant d’obtenir son accord, il a fallu lui parler de ce que représente le FEQ, de son modèle d’affaires et du site où il se produira. Il a même demandé des informations à propos de la bataille des plaines d’Abraham », rapporte Louis Bellavance.

L’auteur de Ramada Inn sera flanqué des fils de son ami Willie Nelson, et tout naturellement, ce sont eux qui ouvriront la soirée. Il restait cependant à déterminer qui jouerait dans la foulée de Lukas Nelson & Promise Of The Real, une question d’autant plus épineuse que le chanteur n’avait suggéré aucun nom, tout en se négociant l’équivalent d’un droit de refus.

« Il est rare que nous accordions un tel privilège, précise Louis Bellavance. Or, nous avions reçu une tonne de propositions de la part d’artistes souhaitant ouvrir pour Neil Young. Quand j’ai assisté à un spectacle en solo de Kurt Vile au festival South by Southwest, je l’ai tellement apprécié que j’ai aussitôt contacté son gérant. Je voulais savoir si, à son avis, Young accepterait que ce soit lui qui le précède sur la scène. Il m’a alors montré une photo où on les voit ensemble. »

Kurt Vile était ravi, bien sûr, d’autant que Neil Young représente l’une de ses idoles. 

Et justement, celui-ci a donné son consentement, si bien que pour une rare fois dans le cadre du Festival d’été de Québec, des airs folk rock fleurant bon l’americana envelopperont les Plaines. 

« C’est l’une des plus belles soirées qu’il m’ait été donné de programmer », confie Louis Bellavance.