Une foule impressionnante, surtout pour un mercredi, avait assisté au spectacle de Rachid Taha à Chicoutimi.

Le jour où Taha a chanté sur la Racine

D’un côté, la tristesse. De l’autre, une joie nourrie par le souvenir d’une belle rencontre et d’un spectacle mémorable. C’est entre ces sentiments que balançait Robert Hakim, mercredi, après avoir appris le décès du chanteur Rachid Taha à l’âge de 59 ans, à la suite d’un infarctus. Directeur général du Festival international des Rythmes du Monde (FIRM), il l’avait accueilli le 31 juillet 2013 et l’homme, autant que l’artiste, s’était révélé à la fois fascinant et attachant.

« C’est l’un des invités que nous avons le plus aimé. Il avait été généreux, répondant à toutes les demandes d’entrevues exprimées pendant son séjour. C’était aussi un gars sympathique. Il parlait à tout le monde et avait pris la peine de nous envoyer un courriel personnel après son départ, ce qui n’est pas courant. Il disait que le spectacle de Chicoutimi avait été l’un des plus émouvants de sa carrière parce que notre région lui était inconnue », a confié le promoteur lors d’une entrevue accordée au Quotidien.

Ce spectacle, justement, occupera toujours une place de choix dans le panthéon du festival. Fruit de démarches étalées sur plusieurs années, il avait amené la programmation à un niveau supérieur du seul fait de la présence de Taha sous les réflecteurs. Or, non seulement est-il venu, mais ses fans ont pu entendre ses chansons les plus prisées, notamment ses versions de Ya Rayah et Rock The Casbah, où on n’a jamais vu quelqu’un rouler ses r avec autant de délectation.

« Des gens ont dit qu’il était saoul, mais ce n’était pas le cas. Son gérant l’accompagnait et s’est assuré de demeurer avec lui, même quand Rachid Taha allait à sa chambre d’hôtel. Ce soir-là, il était sous médication, mais pas en état d’ébriété et il avait livré. Après, par contre, le gars n’avait plus de retenue et il a veillé tard », souligne Robert Hakim, qui révèle qu’un ex du groupe The Clash, Mick Jones, devait entonner Rock The Casbah avec son ami. Un problème de logistique l’en avait toutefois empêché.

Il se souvient également de la foule impressionnante, surtout pour un mercredi, et de la réaction du chanteur lorsqu’il avait embrassé la rue Racine du regard. « Il avait dit : “Quelle belle ville”. Comme me l’avait raconté André Ménard du Festival de jazz de Montréal, avec cet artiste, le positif dépassait toujours le négatif. Je savais qu’il était dur à contrôler et pas vraiment ponctuel, mais qu’il se donnerait à 100 % », note le patron du FIRM.

Il l’avait tellement apprécié que des tractations avaient pour but de ramener Rachid Taha à Chicoutimi en 2019 ou 2020. Ça regardait bien, mais le destin en a décidé autrement, ce qui rend encore plus précieux les moments vécus il y a cinq ans. « C’est plate, son décès, mais on est super chanceux parce qu’on l’a vu chez nous. C’est ce que permet ce festival sans qui une telle chose aurait été impossible », philosophe Robert Hakim.