Pierre-Paul Fortin présente deux tableaux inspirés par le travail de Jean-Paul Riopelle et de Marc-Aurèle Fortin. Ils donnent une idée de ce que produira cet artiste le 3 octobre, à l’occasion d’une performance dont les profits iront à la Fondation Charles-Bruneau.

Le jour où le destin de Pierre-Paul Fortin a basculé

En octobre 2005, Pierre-Paul Fortin a vécu son moment de gloire, en même temps que son plus grand échec. Près de 150 personnes l’ont vu produire 61 tableaux en l’espace de 56 minutes, une performance réalisée au American Airlines Theater de New York. Le Chicoutimien avait accompli cet exploit en chantant, de surcroît, ce qui lui avait valu une invitation pour le lendemain, à Los Angeles. L’animatrice Ellen DeGeneres l’attendait sur son plateau de télévision, mais il n’est jamais venu.

Son corps l’a trahi, en effet, au moment où les efforts déployés pendant plusieurs années allaient porter leurs fruits. Celui qui exerçait la fonction de sacristain à la cathédrale avait travaillé si fort afin de mousser son talent singulier. D’autres performances avaient ponctué son parcours, jumelées à d’innombrables entrevues. La perspective de vivre de son art ne semblait plus aussi irréelle, surtout que le plus gros obstacle venait d’être franchi, au coeur de Manhattan.

« Tout de suite après ma performance, j’ai eu des palpitations. J’ai fait des crises de panique. C’est pour cette raison que je ne me suis pas présenté à l’émission d’Ellen DeGeneres, alors que ce que je venais d’accomplir avait généré un gros impact. Je savais que le fait de la rencontrer m’aurait procuré une renommée plus grande encore », a raconté le peintre, il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Sentant qu’il devait préserver sa santé, d’abord et avant tout, Pierre-Paul Fortin a mis une sourdine à ses activités publiques. On l’a moins vu jouer à l’homme-orchestre, ce qui a coïncidé avec l’ouverture d’une galerie d’art, La Muse, dans le secteur Rivière-du-Moulin. Une aventure trop ambitieuse, couronnée par une fermeture en 2009. De quoi donner des idées noires.

« J’ai été déçu de ne pouvoir faire une carrière internationale », reconnaît-il. Or, il n’est pas facile de remballer ses rêves, ce qui donne la mesure du travail de reconstruction qui a suivi la fin prématurée de La Muse. Le sacristain en lui s’est rappelé à son bon souvenir, menant à l’ouverture de Conciergerie PPF, l’entreprise qui, aujourd’hui encore, représente son pain et son beurre. Le peintre n’est jamais loin, cependant, comme il le démontrera le 3 octobre, à l’hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi.

Pour une dernière fois ?

Ce jour-là, pour une dernière fois peut-être, il réalisera une performance devant public. Cet événement, dont la présidence d’honneur sera assurée par Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, a pour but d’appuyer la Fondation Charles-Bruneau. Il conduira l’artiste à créer 20 toiles devant public, lesquelles rendront hommage à trois peintres chers à son coeur : Léo-Paul Tremblé, Marc-Aurèle Fortin et Jean-Paul Riopelle.

« J’avais le goût d’aider les enfants malades, une cause qui m’a toujours préoccupé. Ce sera ma dernière activité du genre, alors que je disposerai d’une heure pour produire les oeuvres. Je ne peux plus faire ça aussi souvent qu’avant parce que c’est trop stressant, mais ce jour-là, je serai accompagné par deux musiciens du Quatuor Saguenay, David Ellis et Nathalie Camus. Leur présence va m’enlever de la pression. Je ne me sentirai pas obligé de chanter », précise Pierre-Paul Fortin.

S’il n’a pas connu personnellement Riopelle et Fortin, Léo-Paul Tremblé lui était familier. « C’était un homme sympathique, un peu gêné, dont je visitais parfois l’atelier. Il m’avait raconté que dans les années 1960, Riopelle avait voulu l’emmener en Europe parce qu’il appréciait son travail. À ce moment-là, ses tableaux se situaient à la rencontre du figuratif et de l’abstraction », énonce le peintre.

L’événement devait se dérouler le 21 mars, sauf que le décès de sa mère, survenu récemment, a en a décidé autrement. C’est donc en octobre, 14 ans après son équipée new-yorkaise, que Pierre-Paul Fortin bouclera un chapitre de sa vie.

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OUVERTURE D'UNE GALERIE D'ART À ALMA

Pierre-Paul Fortin vivra deux événements majeurs au printemps. En plus de participer à un concours à Montréal, une manifestation organisée par le Cercle des artistes peintres et sculpteurs du Québec, l’artiste originaire de la région ouvrira une galerie à Alma, le 30 mai. Elle portera son nom et se situera au 660, rue Sacré-Coeur Ouest.

Tirant les leçons offertes par La Muse, la galerie qu’il avait tenue à bout de bras pendant trois ans, au Saguenay, le peintre affirme que ce projet épousera des contours modestes. «À l’origine, je cherchais un local pour aménager mon atelier. Tant qu’à y être, je me suis dit que je pourrais y vendre du matériel destiné aux artistes, ainsi que des tableaux. On y trouvera des oeuvres de Léo-Paul Tremblé, Albini Leblanc, Marc Siméon et Denise Lalancette, en plus des miennes», fait-il remarquer.

Un peu plus tôt, soit du 4 au 7 avril, trois de ses toiles seront soumises à l’examen des juges et du public, à la faveur d’une exposition tenue au Centre culturel Brancusi de Montréal. Il s’agira d’oeuvres originales créées dans des conditions normales, contrairement à celles que l’artiste produit sous l’oeil du public, dans un court laps de temps.

«Je participerai à un concours international à l’invitation du Cercle des artistes peintres et sculpteurs du Québec, dont je fais partie. Mes huiles n’ont pas été réalisées à haute vitesse. Elles sont éclatées, lumineuses», mentionne le peintre. L’identité des lauréats sera dévoilée au cours d’un gala, qui aura lieu le 20 avril, à Montréal.

Enfin, le 4 avril, le Saguenéen renouera avec la performance en direct. Cette activité se déroulera au Centre culturel Brancusi et consistera en la production d’un tableau à la manière de Jean-Paul Riopelle. Comme ce sera le cas l’automne prochain, à l’hôtel La Saguenéenne de Chicoutimi, les profits seront versés à la Fondation Charles-Bruneau.