Bertrand Hébert et Pat Laprade ont investi beaucoup de temps afin d’écrire une biographie à la mesure de son sujet. Elle a pour titre Le Géant Ferré, la huitième merveille du monde.
Bertrand Hébert et Pat Laprade ont investi beaucoup de temps afin d’écrire une biographie à la mesure de son sujet. Elle a pour titre Le Géant Ferré, la huitième merveille du monde.

Le Géant Ferré: une biographie à la mesure de son sujet

Mort en 1993 à l’âge de 46 ans, André Roussimoff a réuni dans sa personne aux proportions atypiques un destin tragique auquel s’est superposée une renommée planétaire. Celui que les amateurs de lutte ont connu sous le nom de Géant Ferré, puis André the Giant, méritait donc une biographie comme celle que Bertrand Hébert et Pat Laprade viennent de publier chez Hurtubise.

Dans Le Géant Ferré, la huitième merveille du monde, aucun détail de sa courte vie n’est laissé dans l’ombre. On découvre un être complexe, attachant, qui a payé un lourd tribut pour s’extraire de la pauvreté et mener une existence de saltimbanque au sein d’une confrérie où, chose rare, on ne le percevait pas comme un freak. Pour faire le ménage dans le fatras de légendes entourant sa personne, cependant, il a fallu y mettre le temps. Beaucoup de temps.

« C’est un énorme travail de passion, a reconnu Bertrand Hébert au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Pendant la préparation du livre À la semaine prochaine, si Dieu le veut !, nous avions parlé à plusieurs lutteurs. Des gens comme Gino Brito et Paul Vachon nous ont donné plein d’informations, tandis qu’au lancement, nous avons rencontré le neveu du Géant, Boris, qui vit à Montréal. Lui aussi nous a aidés. »

Pacte avec le Diable

Le duo a consacré deux années au projet, ce qui ne fut pas de trop pour ramener les faits à l’avant-plan. Tant de mythes ont été colportés, souvent par le principal intéressé. Mesurait-il vraiment sept pieds, quatre pouces ? A-t-il exercé le métier de bûcheron ? Était-il Français, Polonais ou Bulgare ? Le livre répond à ces interrogations, qui, somme toute, sont secondaires, eu égard au mal qui le hantera toute sa vie : l’acromégalie.

« On confond cette maladie avec le gigantisme, qui n’en est qu’un symptôme. Si j’avais la chance de lui parler, c’est le premier sujet que j’aborderais. A-t-il reçu toutes les informations sur la façon de contrôler son acromégalie ? André a eu une conversation au Japon avec un spécialiste, mais on ne sait pas s’il a bien compris ses propos traduits en anglais. On aurait pu l’opérer, mais il a laissé la tumeur grossir pour profiter des avantages qui en découlaient », raconte Bertrand Hébert.

De fait, c’est l’acromégalie qui a fait de lui une personne aussi imposante. Comme elle s’est manifestée tôt dans sa vie, les conséquences furent d’abord bénéfiques. Elles lui ont permis de devenir une vedette de la lutte, ce que ses biographes appellent son pacte avec le Diable. Ça laisse entendre que c’est consciemment qu’André Roussimoff ne s’est pas fait traiter. Il craignait de perdre sa force, la capacité de poursuivre sa carrière.

Le corps et l’âme

Le problème est que, de toute manière, le corps du lutteur l’a trahi. Maux de dos incessants. Poussées de croissance tardives. Sa tête a grossi, tout comme ses mains et ses pieds. « À la fin, il s’accrochait aux câbles pour ne pas tomber. Il est aussi apparu en béquilles. On lui aurait donné 60 ans », rapporte Bertrand Hébert.

C’est l’une des raisons qui l’ont poussé à consommer des quantités d’alcool phénoménales. Ça rendait la douleur physique plus tolérable.

Or, André Roussimoff composait également avec une autre douleur, celle de l’âme. Gentil, généreux, cultivé, son monde intérieur était constamment ramené au second plan par le personnage public. Sa taille qui en a fait une célébrité le marginalisait. On se moquait de lui, parfois si ouvertement que lui-même s’en rendait compte et en était blessé. Or, quand il est devenu André the Giant, dans le giron de la WWF, le phénomène est devenu planétaire.

Même son excellente performance dans le long métrage La Princesse Bouton d’Or, où il tenait le rôle de Fezzik, n’a pas modifié le regard qu’on portait sur lui. En entrevue, on revenait constamment sur sa taille, sa consommation d’alcool et de nourriture, ses performances dans l’arène. « Dès qu’il sortait de chez lui, il devenait André the Giant. C’était un homme seul qui s’est oublié dans son personnage », analyse Bertrand Hébert.

Un point d’ancrage : Montréal

Sa vie de lutteur a aussi empêché André Roussimoff de connaître sa fille comme il l’aurait souhaité. Ils se sont vus, se sont écrit, sans toutefois établir une relation qui les satisfasse. Toujours parti aux quatre coins du monde, ce nomade dans l’âme l’aimait à distance, tout comme il appréciait les membres de sa famille. S’il a eu un point d’ancrage au fil de sa carrière, ce fut Montréal, où on l’a accueilli en 1971 pour en faire une vedette de la Lutte Grand Prix.

« Au Québec, nous avons toujours eu un attachement particulier pour les Français, qu’il s’agisse d’Édouard Carpentier ou d’artistes comme Raymond Devos et Léo Ferré. On a vite adopté le Géant Ferré, qui faisait partie de notre gang. C’est l’époque où deux millions de personnes regardaient la Lutte Grand Prix et il a été partie prenante de cette histoire », fait observer Bertrand Hébert, dont le livre est disponible depuis mercredi, en ligne et en librairie.