La spectacle Corps Amour Anarchie/Ferré a permis de retrouver Bïa, mercredi soir, ce qu’illustre cette photographie captée au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Le géant Ferré

Que représente Léo Ferré en 2019 ? Une curiosité ? Un fou qui hurle à la lune ? Un prophète ? Un poète ? Tout ceci et bien d’autres choses que les spectateurs rassemblés mercredi soir, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, ont pu connaître ou redécouvrir grâce au spectacle Corps Amour Anarchie/Ferré proposé par PPS Danse et Coup de cœur francophone.

L’idée consistait à offrir de nouvelles interprétations, celles de Betty Bonifassi, Bïa et Alexandre Désilets, appuyées par le jeu d’un pianiste remarquable, Alexis Dumais. Ils ont revisité le répertoire du grand homme pendant que des chorégraphies imaginées par différents artistes, dont la Chicoutimienne Hélène Blackburn, jetaient sur les œuvres un éclairage tantôt contrasté, tantôt en harmonie avec ce que suggéraient les voix, les mots.

Le premier moment d’émotion est venu tôt, avant même le début du spectacle, quand le directeur artistique Pierre-Paul Savoie s’est présenté sur la scène. Après avoir rappelé le passage, cinq ans plus tôt, d’une autre de ses productions, l’émouvant Danse Lhasa Danse, il a dédié le spectacle à l’ancienne directrice du Théâtre du Saguenay, Louise Beaulieu. « C’est une grande bâtisseuse. Elle a contribué à faire de Chicoutimi une ville de danse », a-t-il mentionné.

Madame Beaulieu aurait été touchée, d’autant que la première chorégraphie de la soirée était signée Hélène Blackburn. Portée par la chanson Il n’aurait fallu, reprise avec une infinie douceur par Bïa, elle a mobilisé un homme et une femme dont la gestuelle très vive, d’une précision d’orfèvre, laissait émerger en pointillé des plages de tendresse. Il y avait tout Ferré là-dedans, ce qui était de bon augure pour la suite des choses.

Sur Des armes, c’est la voix d’Alexandre Désilets qui a fait une grande partie du travail, une voix blanche, parfois réduite à un souffle. Debout, à genoux, il a bien exprimé le désarroi que provoque la guerre, tandis qu’un couple de danseurs tissait une trame serrée faite d’étreintes et de tiraillements.

Ce fut également l’occasion d’apprécier le jeu d’Alexis Dumais, qui a montré à quel point la musique de Ferré mérite d’exister par elle-même.

Quant au Ferré grande gueule, péremptoire, celui qui a tellement plu au tournant des années 1960 et 1970, moins par la suite, il a eu droit de cité grâce à Betty Bonifassi. Elle possède le même wattage, l’élégance en plus, comme on a pu le constater sur Je te donne et Est-ce ainsi que les hommes vivent ? . De nos jours, peu de gens chantent avec autant d’autorité.

Ferré lui-même se manifeste à l’occasion, comme sur la pièce Tu ne dis jamais rien. Cette histoire d’un couple qui n’arrive plus à se rejoindre possède un caractère universel qu’ont bien suggéré l’homme et la femme qui ont exécuté la chorégraphie élaborée par Emmanuel Jouthe.

Après s’être éloignés, rapprochés, pendant le plus clair de la chanson, ils ont tourné leur regard vers un grand arbre projeté au fond de la scène.

Un arbre qui avait des airs d’éternité, comme l’œuvre de Ferré.