Luc Picard voit dans Les rois mongols une métaphore de l'histoire récente du Québec, telle qu'incarnée dans le destin des quatre jeunes que montre cette photographie, en compagnie de leur otage.

Le film Les rois mongols vu par Luc Picard

Quatre jeunes, deux enfants et deux adolescents. Pendant que le Québec est plongé dans la tourmente des événements d'octobre 1970, ils entretiennent le projet fou de kidnapper une vieille dame afin d'empêcher le cadet du groupe d'être confié à une famille d'accueil. Sa grande soeur, qui l'aime tellement, a convaincu ses cousins de monter cette opération qui se trouve au coeur du nouveau film de Luc Picard, Les rois mongols.
Sa famille va éclater parce que son père a perdu sa bataille contre le cancer, tandis que sa mère est dépassée par les événements. Au bord de la dépression, voyant s'accumuler les factures générées par les soins apportés à son conjoint - c'était juste avant la création du régime de l'assurance-maladie -, elle confie le petit Momo à une fonctionnaire qui lui a trouvé un nouveau foyer à Laval.
«L'histoire des quatre enfants constitue une métaphore de celle du Québec, a expliqué Luc Picard mercredi, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Au début du film, quand le père est malade, on se trouve dans la Grande Noirceur. Puis, il se réfugient à la campagne et ça évoque la Révolution tranquille, tandis que le dernier acte, dont on ne peut pas parler, nous amène au référendum de 1980.»
Pour que ce projet fonctionne, il devait miser sur de jeunes comédiens capables de livrer une performance impeccable, autant dans le drame que dans les manifestations d'humour qui ponctuent le récit. Leur sélection, qui s'est étalée sur deux mois, a donc représenté une étape importante et potentiellement piégeuse.
«Après, je les ai invités chez moi. Je leur ai fait écouter des films remontant à cette époque et la chimie a pris rapidement. Ils ont développé une complicité qui me fait penser aux Beatles et ma grande joie fut de porter ça à l'écran», confie le réalisateur, dont l'oeuvre sera projetée en salle à compter du 22 septembre. Il s'empresse toutefois d'ajouter que son «cast d'adultes» lui a aussi donné satisfaction, notamment Jean-François Boudreau dans le rôle de l'oncle qui héberge Momo et Manon, la grande soeur évoquée tantôt.
Cet homme, qui tire le diable par la queue, même s'il a toujours travaillé à temps plein, représente le Québécois déboussolé face aux changements que vit la société. Son fils aux idées de gauche lui retrousse le poil, tout comme les Felquistes, qui menacent l'ordre des choses. «C'est le conflit classique entre un ouvrier qui l'a eue à la dure et qui se fait dire par son fils qu'il a été exploité toute sa vie», décrit Luc Picard.
Plusieurs chansons québécoises balisent le film et si certaines ont été créées après 1970, toutes collent si étroitement à l'action qu'elles semblent avoir été écrites avec Les rois mongols en tête.  «Il n'y a pas de logique précise derrière mes choix. Je les ai faits par instinct après avoir écouté pleins de choses», mentionne le réalisateur.
La première qu'on entend, Tu es impossible des Sultans, a joué un rôle plus important qu'on pourrait l'imaginer. «À travers elle, j'ai tout de suite vu le début du film», révèle Luc Picard. Quant au succès de Marc Hamilton, Comme j'ai toujours envie d'aimer, il a constitué un deuxième ancrage, cette fois pour accompagner l'arrivée des militaires canadiens dans les rues de Montréal.
Il a aussi intégré un air d'Harmonium, Un musicien parmi d'autres, à la fin du long métrage. «On a mis quelqu'un au monde. On devrait peut-être l'écouter», chante Fiori, des mots qui prennent une résonnance particulière quand on a vu Manon se démener pour rester proche de Momo. «On redécouvre le sens du texte», note le cinéaste, pour qui le thème des Rois mongols se résume à cette question: Comment peut-on rester fidèle aux promesses de l'enfance?