Daniel Côté
Donne-moi le temps, de Mario Girard
Donne-moi le temps, de Mario Girard

Le fabuleux parcours de Renée Claude

BILLET/ Parler de Renée Claude comme le fait Mario Girard dans le livre Donne-moi le temps (Éditions La Presse) chatouille la fibre nostalgique, surtout dans la foulée de son décès survenu plus tôt cette semaine. Ceux qui sont assez âgés pour avoir entendu ses succès à la radio, au moment où ils trônaient au sommet du palmarès, retrouvent une époque où tout semblait possible. C’était le Québec de la Révolution tranquille où de nouvelles voix, solidement arrimées à la modernité, montraient que l’avenir pouvait se dessiner autrement qu’en noir et blanc.

Si ses premiers disques semblent un peu datés, la séquence amorcée à la fin des années 1960, avec le concours du parolier Stéphane Venne, a inscrit la chanteuse dans le même sillon que Robert Charlebois, Jacques Michel et Jean-Pierre Ferland. Elle aussi aura cerné des thèmes en phase avec l’époque, maillés à des arrangements plus déliés qu’au temps des boîtes à chansons.

Il suffit de nommer des titres comme Le tour de la terre, C’est notre fête aujourd’hui, Le début d’un temps nouveau, La rue de la Montagne et Ce soir je fais l’amour avec toi pour illustrer l’impact qu’a eu Renée Claude. Pour une fois, le succès populaire et le succès d’estime ont été conjugués au même temps. Or, plusieurs de ces compositions renvoyaient l’image d’une femme affranchie, une brèche dans laquelle allait brillamment s’insérer Diane Dufresne après avoir complété sa propre mutation.

Donne-moi le temps retrace ce parcours au moyen de nombreux témoignages recueillis par Mario Girard. Faute de s’entretenir avec son sujet, atteinte de la maladie d’Alzheimer pendant de longues années, il a joint des membres de sa famille, son conjoint, des anciens collaborateurs, des collègues et des amis.

Une recherche fouillée dans les archives de nombreux médias, y compris ce qu’on appelait « les journaux de vedettes », une source documentaire d’une richesse insoupçonnée, compte aussi parmi les points forts de cette biographie. Le passé retrouve ainsi ses vraies couleurs, celui de l’artiste comme celui du Québec, dont le désir d’émancipation débordait du champ politique.

Même si on aurait aimé que la facture du texte soit moins journalistique, portée par un souffle correspondant à celui des grandes chansons de Renée Claude, la lecture de cette biographie se révèle agréable. On s’attache au sujet, en particulier dans la dernière partie, marquée par ses tours de chant consacrés à Clémence DesRochers, Léo Ferré et Georges Brassens.

Sentant que le succès populaire s’étiolait, l’interprète a alors réagi avec lucidité en rapetissant ses voiles, mais pas ses exigences envers elle-même. Ce fut une longue et belle cérémonie des adieux, prélude à la parenthèse de silence dans laquelle la maladie l’a enfermée.

Il reste toutefois les chansons et sitôt le livre refermé, on éprouve le besoin de les réentendre, un besoin qui devient source de plaisir, surtout dans cette saison en demi-teinte. Ne serait-ce que pour cette raison, il vaut la peine de lire Donne-moi le temps.