Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau ont été sélectionnés pour la résidence de scénarisation de la bande Sonimage.

Le duo de LAPS soutenu par la bande Sonimage

Les cinéastes Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau se donnent un beau défi avec leur projet La minute de lucidité. En 60 secondes, ils veulent remettre en question des idées préconçues dans une websérie de 10 épisodes, qui sera écrite durant la résidence de scénarisation 2017 de la bande Sonimage.

Grâce à un cachet, le duo basé à Chicoutimi pourra se consacrer aux recherches de contenu et à l’écriture de la série d’animation. Les créatifs veulent la proposer au Fonds TV5 pour la produire, et ils seront aussi accompagnés dans leurs dépôts de subventions par la bande Sonimage. Celle-ci a annoncé leur sélection la semaine dernière.

Les amateurs de courts-métrages connaissent peut-être déjà le travail de Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau via la websérie L’usine et ma vilaine mémoire de 9 ans du Saguenéen Philippe Belley. Ils ont illustré les souvenirs du personnage principal. « Il n’y a pas de limites avec l’animation. C’est sa force de faire tout ce qui peut être imaginé. On peut montrer n’importe quelle image sans contrainte de tournage. C’est plus facile et rapide de passer un message », croit le couple.

Les deux cinéastes ont longtemps travaillé ensemble avant de s’unir dans la vie de tous les jours il y a quelques années, et leur complicité est frappante en entrevue. La Chicoutimienne et l’Almatois d’origine se sont rencontrés lors de leurs études en Arts et technologies des médias en 2004. En travaillant à Montréal, ils se sont aperçus que leurs habiletés se complétaient. Ils ont fondé en 2010 leur studio d’animation et de production vidéo, LAPS, et accumulent de plus en plus de contrats, en provenance de la région et de l’extérieur. À la longue, ils ont même développé un style commun en illustration, si bien qu’une image peut être travaillée par l’un ou l’autre sans qu’on y voit une différence.

Leur projet actuel découle du mini-métrage La dernière minute, qui a remporté la première place au Pixel Challenge à Québec en 2015. Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau abordaient alors la relativité du temps et la liberté de ceux qui ne se préoccupent pas de ce concept, dans une animation en noir et blanc. La minute de lucidité s’en inspirera, cette fois pour s’interroger sur des idées reçues comme le phénomène du bouc émissaire ou la théorie de la main invisible en économie.

« On veut apporter un regard critique aux gens, qu’ils puissent réorienter leur manière de voir les choses, réfléchir plus par eux-mêmes. En même temps, on ne veut pas être moralisateur. On désire rester positif, léger, avec une touche d’humour. Il faut que ce soit universel et facile à comprendre en une minute. Durant la résidence, on va lire beaucoup et faire des entrevues avec des spécialistes, et ensuite rebâtir tout ça dans un langage familier. Nous serons comme des vulgarisateurs de la pensée », expliquent-ils.

Les cinéastes espèrent donc semer une graine dans l’esprit du public. En s’inspirant d’une citation de l’artiste Robert Lepage, ils souhaitent « rendre l’intelligence sexy à nouveau ». Il y a un certain côté éducatif à leur démarche artistique.

« On se base sur nos conversations quotidiennes. Souvent le soir, après que les enfants soient couchés, on prend une coupe de vin et on discute de plein de trucs », confient Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau, qui tentent de concilier travail, famille et voyages. Ils ont d’ailleurs réalisé un contrat en Asie dernièrement en famille. « Ce n’était pas reposant, mais c’était le fun ! »

Dans leur mini-métrage La dernière minute qui a inspiré leur actuel projet, Louis-Philippe Cossette et Anaë Bilodeau font parler Albert Einstein. L’animation a cette force justement, à leur avis, de pouvoir faire revivre des personnes maintenant disparues.

Une aide précieuse

Une résidence en scénarisation comme celle offerte par la bande Sonimage est précieuse pour les cinéastes Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau, qui persévèrent pour oeuvrer en région.

«Écrire pour nous, c’est long. On ne sait jamais si le temps passé là-dessus va être payant. Là, c’est une belle chance, et en plus, on va pouvoir apprendre avec l’aide de Sophie Beauparlant», s’enthousiasment les deux créateurs autodidactes.

Ceux-ci avouent que les affaires avec leur studio LAPS seraient certainement plus faciles à Montréal, mais ils se sont attachés à leur vie à Chicoutimi. «En restant ici, il y a plus de chances que les choses évoluent dans le sens qu’on veut dans la ville, plutôt que si on partait. On veut lancer le message aussi que c’est possible de faire ce qu’on fait en région. Notre projet, il a fallu y croire au début, parce qu’on ne nous a pas beaucoup aidés. Il n’y avait pas de programme pour des entrepreneurs comme nous», fait valoir le couple.

Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau ont l’habitude de résumer leurs capacités ainsi: «Si vous n’avez pas d’idées, venez nous voir! » Le duo a dû écrire tout ce qu’ils avaient en tête, car ils avaient peur d’en oublier. «Même si on n’avait plus d’idées à partir de maintenant, on aurait encore du travail pour 10 ans», rigolent-ils.

Leur résidence de scénarisation est possible avec le soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada.