Luc Boulianne renonce à la scène, malgré le succès que connaissent ses spectacles. Le Jeannois n’arrive plus à concilier la gestion de ces sorties avec son travail régulier.

Le dernier tour de piste de Luc Boulianne

Luc Boulianne aurait toutes les raisons d’étirer la sauce. Peu de chanteurs vivant au Saguenay-Lac-Saint-Jean peuvent se vanter d’attirer autant de gens, en effet. Deux fois 500 personnes à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini, 700 à l’église de Normandin, et on ne compte pas les festivals. Bientôt, pourtant, l’artiste établi à La Doré cessera de donner des spectacles.

En plus de ses apparitions du 27 et du 28 avril à l’église de Normandin, que l’homme a rebaptisée L’Amphithéâtre du Rocher, deux festivals confirmeront sa présence au cours de l’été. Ensuite, ce sera la fin. Il retournera dans ses terres afin de se concentrer sur la création de chansons. «Donner des spectacles bloque mon processus d’écriture. Ça me fait de la peine parce que depuis l’âge de 18 ans, j’ai travaillé fort pour arriver là où je suis rendu», a confié le Jeannois au Progrès.

Derrière cette explication réside une autre cause, laquelle tient au stress généré par la gestion de sa carrière. Ce n’est pas la dimension artistique qui fait problème, mais tout le reste. Imprimer les billets. Poser les affiches. Planifier les répétitions. Veiller à la sonorisation et aux éclairages, ainsi qu’à l’alimentation électrique. S’occuper de la paperasse.

«Toute bonne chose a une fin. La vie m’amène là parce que j’ai une job qui me demande beaucoup d’énergie, parallèlement à la musique, et que je n’arrive plus à concilier les deux. C’est rendu que les spectacles génèrent autant de stress que de plaisir, alors que je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié. En même temps, c’est rendu gros, mon affaire, mais je suis trop petit pour embaucher un directeur technique», fait observer Luc Boulianne.

Libéré de ces contraintes, il pourra pousser plus loin sa démarche d’écriture en s’appuyant sur l’intérêt suscité par ses premières compositions. «Je peux en faire pour moi ou pour les autres et peut-être que les gens auront le goût d’écouter ce que j’ai à dire, mentionne le Jeannnois. De toute manière, j’ai été aussi loin que possible avec les «covers».»

Retour aux sources

Les spectacles tenus à l’église de Normandin seront les derniers que Luc Boulianne produira lui-même. Puisque c’est la communauté où il a vu le jour, le lieu de tous les commencements, ces rendez-vous auront une portée symbolique qui déteindra sur le programme. La première partie épousera ainsi la forme d’un solo, l’artiste s’accompagnant à la guitare acoustique.

Il y aura des pièces à lui, jumelées à du Francis Cabrel et du Patrick Norman, ainsi qu’une apparition du Normandinois Alain Gilbert, un vieux complice. «Ce sera différent d’un spectacle bâti pour les festivals, où il faut que ça brasse. Dans une salle, on peut se le permettre», estime le Jeannois. C’est d’autant plus vrai que les propriétés acoustiques de l’église, une construction moderne de forme octogonale, sont remarquables.

«Les gens sont placés autour de la scène et il y a une pente comme dans une salle conventionnelle, ce qui fait que toutes les places sont bonnes», s’émerveille Luc Boulianne. Au retour de la pause, par ailleurs, lui et ses musiciens offriront le meilleur du country américain d’hier et d’aujourd’hui. Le public entendra aussi un jeune chanteur de Saint-Edmond, Marc Lavoie, de même qu’Isabelle Coulombe. Elle posera sa voix sur Jolene, de Dolly Parton, en plus de chanter en duo.

«Pour moi, il s’agira d’un retour aux sources, puisque ça va se passer dans mon patelin. Et comme ce seront mes derniers spectacles autoproduits, je veux que tout soit parfait», affirme le Jeannois. 

Dans la deuxième partie des spectacles qui seront présentés à l’église de Normandin, Luc Boulianne et ses musiciens proposeront des succès country tirés du répertoire américain. C’est à ce moment que l’atmosphère virera au party, tandis qu’en lever de rideau, le chanteur se produira en solo, maillant à ses compositions des titres de Francis Cabrel et Patrick Norman.
Dans la deuxième partie des spectacles qui seront présentés à l’église de Normandin, Luc Boulianne et ses musiciens proposeront des succès country tirés du répertoire américain. C’est à ce moment que l’atmosphère virera au party, tandis qu’en lever de rideau, le chanteur se produira en solo, maillant à ses compositions des titres de Francis Cabrel et Patrick Norman.

Le jour où il a cessé de chanter dans les bars

Si tant de gens connaissent aujourd’hui Luc Boulianne, c’est en raison d’un geste qu’il a posé au milieu des années 1990. Alors âgé de 28 ans, l’artiste originaire du Lac-Saint-Jean se produisait dans des bars depuis qu’il avait atteint sa majorité. Il jouait suffisamment pour en vivre, jusqu’au moment où cet écosystème a été déstabilisé par l’introduction d’une nouvelle technologie.

«Le moment le plus déterminant dans ma carrière a été ma dernière soirée dans les bars. Les tarifs avaient été coupés de moitié par la faute du karaoké. Ces machines avaient tué le marché et j’ai décidé de donner des spectacles acoustiques pour me faire plaisir», a confié le chanteur au Progrès. La transition a été difficile, en même temps que libératrice. C’est dans le contexte, en effet, que le Jeannois s’est donné la permission de faire du country.

«J’avais fait rire de moi en interprétant You Are My Sunshine, alors que dans les salles, l’attitude des gens était différente. Ceux qui étaient là avaient choisi de m’entendre, contrairement à ce qui se passait dans les bars, raconte Luc Boulianne. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui encore, je trouve ça touchant que quelqu’un prenne son argent pour acheter un billet, en plus de payer la gardienne. Juste pour me voir sur une scène.»

Si audacieux soit-il, son geste s’est révélé judicieux, comme en témoignent les foules qui ont jalonné son parcours en tant que chanteur country. C’est ce qui le rassure au moment de renoncer au monde du spectacle. Si l’histoire se répète, les compositions que l’homme ambitionne de créer lui ouvriront de nouvelles perspectives. «Celles qui existent déjà ont produit près de 50 000 visionnements sur Internet et quand j’en fais une sur la scène, ça fonctionne bien. Peut-être que c’est moi qui vais enregistrer les prochaines pièces, mais si d’autres artistes en veulent, ce sera tout aussi bien», mentionne Luc Boulianne qui, tranquillement, négocie donc la transition de «performer» à compositeur.