André Gagnon, au Théâtre Palace Arvida, le 9 mars 2012. Le lendemain, il donnait le dernier spectacle de sa carrière à Dolbeau-Mistassini.

Le dernier spectacle

CHRONIQUE / « Il y a un an, j’ai regretté de ne pas avoir de concert dans votre région. Ce n’est pas un dernier tour de piste, mais des retrouvailles », m’avait confié André Gagnon à l’occasion d’une entrevue téléphonique réalisée en février 2012. Heureux d’avoir retrouvé le chemin des salles après 15 ans d’absence, il donnait l’impression d’ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière. Le destin, toutefois, en a décidé autrement.

Des disques ont été mis en marché depuis cette conversation, mais à ma connaissance, le pianiste est définitivement rentré dans ses terres à la fin de cette tournée. Et justement, c’est chez nous, d’abord au Théâtre Palace Arvida, puis le 10 mars, à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini, que cet homme au talent rare, partenaire de Claude Léveillée dans ses jeunes années, vedette internationale dans la foulée du disque Neiges, a donné ses derniers spectacles.

Il semblait si enjoué, pourtant, quand je l’ai vu au Théâtre Palace. Les anecdotes fusaient, souvent très drôles, tandis que ses interventions au piano laissaient voir un homme en pleine possession de ses facultés. « J’ai eu une opération à la main droite et là, tout va bien », m’avait-il signalé. C’est l’un des facteurs qui l’avaient poussé à renoncer à la scène, l’autre étant d’ordre psychologique.

« Après 40 ans dans un tourbillon, j’avais besoin de silence. J’ai appris un peu tard que la musique est un plaisir, pas juste un art ou une business », avait énoncé André Gagnon. Les soirs de première le rendaient malade et le trac était devenu un compagnon envahissant. Il lui polluait l’existence, ce qui donne la mesure du privilège dont ont joui quelques centaines de Saguenéens et de Jeannois, il y a huit ans. Le même artiste, guéri, en paix avec son métier, leur avait offert ses compositions en solo.

Il avait été très bon, ce qui tranche par rapport à ces vétérans qui, parfois, étirent leur séjour au-delà du seuil raisonnable. C’est pour cette raison que ceux qui l’ont vu en 2012 en gardent un bon souvenir. Puisqu’il s’agissait de son dernier tour de piste, contrairement à ce qu’il avait annoncé, il reste ses enregistrements, ainsi que le spectacle Les 4 saisons d’André Gagnon, pour entretenir une flamme qui brille depuis l’époque des radios transistors.