Bruno Marcil affirme que la version théâtrale du film Le déclin de l’empire américain respecte l’architecture imaginée par Denys Arcand, tout en suggérant que les événements du 11 septembre ont déclenché un effritement des valeurs qui se manifeste au Québec, en même temps qu’aux États-Unis.

«Le déclin» à Alma et Chicoutimi

Depuis le temps qu’on en parle, le moment est venu de découvrir la pièce créée par le Théâtre PÀP, Le déclin de l’empire américain. Elle sera jouée vendredi à 20 h, à la Salle Michel-Côté d’Alma, puis samedi à la même heure, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Dans ce dernier cas, la diffusion est assurée par le Théâtre La Rubrique et Diffusion Saguenay, tandis que la première soirée est proposée par Ville d’Alma Spectacles.

Ceux qui ont vu et revu le long métrage réalisé par Denys Arcand reconnaîtront l’architecture de cette œuvre. Une fois de plus, on convie des universitaires, des gens branchés, en prise avec leur époque, en plus d’un type à l’esprit rugueux. Ils parlent beaucoup des relations avec les membres de l’autre sexe, une obsession qui transcende les époques puisque cette fois, la rencontre au chalet a lieu au printemps 2017 et non dans les années 1980.

« C’est à la fois formidable et vertigineux de jouer ça. Avant même de tenir la première représentation, par exemple, ce spectacle avait fait le “cover” de La Presse, ce qui n’est pas nécessairement ce que nous aurions souhaité », a raconté le comédien Bruno Marcil mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Il incarne la version moderne de l’universitaire rendu célèbre par Pierre Curzi, un homme qui a pour nom Bruno Chalhoub. C’est le fils d’une mère québécoise et d’un immigrant originaire de l’Égypte, un intellectuel qui voit les choses de la même manière que son modèle, « mais avec des “twists” montrant ce qui a changé depuis 2001 », indique l’interprète.

L’événement auquel il fait allusion est l’attentat du World Trade Center, dont l’un des personnages a photographié les décombres et monté une exposition — Le déclin — qui a fait de lui la coqueluche des grands musées. Dans la pièce, le 11 septembre est considéré comme un point de rupture entre deux mondes tout aussi désenchantés, mais qui n’ont pas généré les mêmes conséquences.

« Depuis ce jour, on assiste à un effritement des valeurs. On sent l’usure de l’empire américain à laquelle correspond, au Québec, celle qui a découlé du deuxième référendum. Le déclin présente des gens qui font la fête, mais derrière, il y a de l’amertume et beaucoup d’illusions perdues », fait remarquer Bruno Marcil.

La nouvelle mouture concoctée par Alain Farah, mise en scène par Patrice Dubois, réunit une impressionnante distribution. Elle comprend Sandrine Bisson, Marylin Castonguay, Patrice Dubois lui-même, ainsi que Rose-Marie Erkoreka, Jean-Sébastien Lavoie, Simon Lacroix, Bruno Marcil, Jean-Philippe Perras et Marie-Hélène Thibault.

« Il s’agit d’un gros bateau, mais si léger, lance Bruno Marcil avec humour. Même si la distribution est imposante, la mise en scène est sobre, centrée sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes, entre amis et entre les générations. Comme le décor est modeste, tout repose sur nous, les comédiens. Nous portons le message à travers notre voix et notre corps. »

Il rapporte que certains des comédiens ayant tourné avec Denys Arcand ont aimé la nouvelle version, alors que d’autres ont ressenti un malaise. « Il y en a qui ont été déstabilisés parce que le film a été si important pour eux. Ce fut le cas de Pierre Curzi. Il a trouvé le constat un peu sombre, mais a quand même apprécié la pièce », indique l’interprète.