Le comédien Bruno Paradis, qui est revenu s’installer dans la région il y a 10 ans, a connu une année 2017 des plus occupées.

Le courage de changer son drame en positif

La vie nous mène parfois à des endroits où on n’aurait jamais cru aller. Il y a dix ans, le comédien Bruno Paradis obtenait son diplôme de l’École nationale de Théâtre du Canada à Montréal. Les contrats commençaient à s’accumuler. Il était sur une belle lancée. Puis, un diagnostic l’a plongé dans une profonde dépression qui l’a ramené dans son Normandin natal, pour quelques semaines. Jamais il n’aurait pensé qu’une décennie plus tard, c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu’il serait établi, qu’il y vivrait de son art et que l’amour lui aurait souri à nouveau. Malgré le VIH.

Bruno Paradis a su se relever. Dix ans après avoir reçu un diagnostic accablant, il choisit de faire de son drame quelque chose de plus positif. En parlant ouvertement de sa réalité, il contribue à démystifier le VIH et à faire de la prévention. 

À sa sortie de l’école, en 2007, les choses allaient plutôt bien pour le jeune comédien. 

« J’étais sur une belle lancée. En un an, j’ai joué trois fois à la Place des Arts. J’ai dansé pour l’Opéra de Montréal, j’ai accompagné Pierre Lapointe sur scène, j’ai fait une publicité pour Vidéotron. Ça commençait bien, affirme-t-il. En même temps, je passais deux ou trois auditions pour des publicités chaque semaine et j’en décrochais deux ou trois par an. Je devais travailler dans les bars pour arriver », ajoute-t-il. 

Le rythme de vie associé au travail dans les bars l’a mené à poser certains gestes sans penser au lendemain. En 2008, il a appris qu’il devrait vivre avec le VIH. Un diagnostic qui a eu des effets encore plus dévastateurs sur sa santé psychologique que physique. 

« J’ai fait une dépression. Je m’enfonçais. Au départ, ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’était de faire le deuil de l’amour. Je suis un romantique. Ma plus grande peine était de me dire que plus jamais personne n’allait pouvoir m’aimer », explique-t-il.

Le comédien a eu tout un travail à faire sur lui-même. « Il faut se pardonner ce qui a fait en sorte qu’on a contracté le VIH. Ça change une vie, mais ça change surtout une vie entre les deux oreilles. J’avais d’abord quelque chose d’intérieur à régler », confie-t-il.

Bruno Paradis est revenu à Normandin avec l’idée de repartir à la fin de l’été. « Je n’avais jamais envisagé de revenir, mais j’avais besoin de la nature. L’horizon me manquait. »

Il a rencontré Jimmy Doucet, qui produit des pièces dans différentes municipalités de la région. Il a ainsi pu camper des personnages tout l’été. Le jeu a eu l’effet d’un remède.

« Je suis reparti à Montréal en septembre. Rapidement, le cafard est réapparu », raconte-t-il. 

Il est revenu au Lac-Saint-Jean avec la ferme intention de décrocher un emploi quotidien et de jouer dans les productions de Jimmy Doucet en été. 

Sa collaboration avec l’homme de théâtre l’a mené à Saint-Fulgence, où il a fait partie de la distribution de la première édition de la pièce La maison coupée en deux. C’est là qu’il a fait la connaissance de comédiens de Saguenay. 

En 2014, il est revenu à Saguenay pour passer des auditions qui lui ont permis de se faire connaître des producteurs de la région. 

Il a ainsi décroché un premier contrat avec le Théâtre CRI, qui présentait la pièce Napoléon, une œuvre en alexandrin signée Martin Giguère. 

Il s’est installé à Saguenay en 2015. Depuis, les choses se sont enchaînées pour le comédien. 

Au-delà du travail, des projets personnels lui permettent de croire que la vie lui sourit à nouveau. 

Amoureux depuis un an et demi, il envisage un mariage et l’achat d’une maison. « Pour moi, m’engager pour 25 ans, c’est tout un pas. Il y a peu de temps, je ne voyais que quelques mois à l’avance. Longtemps, j’ai eu l’impression que je ne méritais pas de faire des projets. »

Aujourd’hui, Bruno Paradis se porte très bien. Il suit les indications de son médecin. 

Son cheminement personnel lui permet aussi de montrer qui il est. Il travaille d’ailleurs à l’écriture d’un projet sur le VIH, une pièce informative qu’il aimerait présenter en 2019. 

« C’est du théâtre d’intervention qui réunirait le jeu et des professionnels de la santé. Il y aurait un monologue, puis une discussion. Je souhaite démystifier le VIH, décrit celui qui coécrit la pièce avec son conjoint. Je voudrais aussi donner la parole aux gens qui entourent ceux qui vivent avec le VIH, souligne-t-il. J’ai besoin de créer avec ce que je vis. Il y a encore de la sensibilisation à faire. »

Bruno Paradis évolue dans le monde du jeu depuis une décennie.

D’une salle communautaire à la Place des Arts

Bruno Paradis avait environ 10 ans lorsque son désir d’évoluer dans le monde du théâtre est né, dans une salle communautaire de Normandin au Lac-Saint-Jean. 

À l’époque, sa mère créait des spectacles d’humour qui reprenaient l’actualité municipale et provinciale. 

« C’était un genre de Bye Bye. Mon frère et moi, on était les techniciens dans la salle communautaire où le spectacle était présenté. J’adorais l’énergie, la fébrilité qui se dégageait quand les 200 personnes y prenaient place. » 

Après avoir étudié un an en travail social, puis une autre année en Arts et lettres, profil théâtre, au Cégep de Jonquière, Bruno Paradis a quitté la région en 2000. Il savait qu’il voulait évoluer dans le monde de la scène, mais ignorait encore à quel titre. 

Il a passé des auditions en jeu et en production. « À ce moment-là, je ne croyais pas en mes compétences en jeu », explique-t-il. 

Il a étudié un an en production au Collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse, puis le décès de sa mère a changé ses plans. « J’ai lâché. J’ai décidé de m’installer à Montréal. J’ai pris une année sabbatique, qui est devenue deux années sabbatiques », raconte-t-il. 

Il a ensuite décidé de faire le saut et de se présenter aux auditions en scénographie et en jeu de l’École nationale de théâtre. « Je me suis rendu jusqu’à la dernière étape, mais je n’ai pas été choisi. »

Une rencontre avec les juges une fois la décision rendue lui a permis de savoir qu’il était à un cheveu d’obtenir sa place. « Ils avaient beaucoup aimé ce qu’ils avaient vu pendant le stage de cinq jours. Par contre, le jour de la livraison, ils ont senti une insécurité. Je n’avais presque pas d’expérience de jeu devant public. Je ne croyais pas en mes capacités », explique-t-il. 

Il s’est impliqué dans cinq productions dans la métropole. Un an plus tard, il se présentait à nouveau à l’École nationale de théâtre où il a obtenu une des rares places disponibles. Il a été diplômé en 2007. 

Depuis sa sortie de l’école, il a obtenu différents contrats. Celui qui a appris à danser et chanter au cours de sa formation a notamment été choriste et danseur pour le spectacle Mutantès et choriste sur l’album Sentiments humains de Pierre Lapointe. 

Il a tourné plusieurs publicités, a obtenu des troisièmes rôles dans Vrak la vie, Une grenade avec ça ? et Il était une fois dans le trouble. Il a campé Rénald dans Saint-André-de-l’Épouvante de Samuel Archibald. Il a participé à plusieurs courts métrages, devant et derrière la caméra. Tadoussac de Martin Laroche, le premier long métrage dans lequel il joue un rôle secondaire sorti à la fin 2017, a remporté plusieurs prix au Canada et à l’international. 

Il est possible de suivre Bruno Paradis via sa page Facebook, Bruno Paradis Artiste. 

Une collaboration avec l’homme de théâtre Jimmy Doucet a permis à Bruno Paradis de jouer dès son retour dans sa région natale.
Bruno Paradis a campé le personnage principal de la pièce Moule Robert ou l’Éducation comique, la dernière création du Théâtre La Rubrique présentée en octobre.

Une année qui promet

L’année 2017 a été particulièrement bonne pour le comédien Bruno Paradis, et celle qui s’amorce s’annonce tout aussi intéressante. 

Dix ans après sa sortie de l’École nationale de théâtre, Bruno Paradis a vu les contrats se succéder à une grande vitesse en 2017. Tellement, qu’il a dû apprendre à gérer son horaire afin que tout s’emboîte parfaitement. 

« Ç’a été une grosse année, avec une portion spectaculaire en automne, convient le comédien. Ç’a été mon année de théâtre. Je suis passé de pas grand-chose à l’abondance. »

Il a d’abord pris part à une mise en lecture du Théâtre 100 Masques. Puis, en mars, c’est lui-même qui a pris les choses en mains en réunissant une vingtaine de comédiens des quatre coins de la région sur la scène de la Salle Pierrette-Gaudreault pour une lecture publique dans le cadre de la Journée mondiale du théâtre. 

Il a ensuite décroché le premier rôle de Moule Robert ou l’Éducation comique, dernière création du Théâtre La Rubrique présentée en octobre dernier. 

La semaine suivante, il amorçait les représentations de Haïkus de prison, dans une mise en scène de Vicky Côté. 

Deux semaines plus tard, c’était au tour des représentations de Britannicus de Jean Racine présentée par le théâtre les Têtes heureuses de prendre l’affiche. 

« J’ai fait 32 représentations en 52 jours. Je suis très fier d’avoir accompli tout ça, avec ces gens-là, dans ce temps-là. J’en ai profité. Mais ça prend une hygiène de vie particulière pour y arriver », témoigne le comédien. 

Si 2017 a été une année occupée, Bruno Paradis sait déjà que 2018 sera belle. 

Le comédien sera de la distribution d’une pièce « assez éclatée » du Théâtre 100 Masques, une tragédie qui l’amènera à partager la scène avec la comédienne Érika Brisson. Il jouera aussi dans la production estivale présentée à La Pulperie. Deux tournées sont aussi envisagées. 

« Je suis prêt », assure celui qui coache aussi des jeunes pour des auditions, donne des ateliers de théâtre et fait partie des clowns thérapeutiques.

Bruno Paradis a joué plusieurs personnages dans le cadre de sa formation à l’École nationale de théâtre à Montréal.