Zoé Vincent montre l’une des bandes magnétiques que les visiteurs pourront poser sur la photographie qu’on voit en arrière-plan, celle d’une femme nue derrière laquelle aura été fixée une plaque de métal. Il s’agit d’une réflexion sur la censure qui a pris forme jeudi et vendredi, à l’occasion de La Relève Sympose, le symposium d’art multidisciplinaire organisé par le Centre national d’exposition de Jonquière.

Le corps humain vu par de jeunes artistes

Comment montrer le corps humain ? Cette question que les artistes se posent depuis des siècles a été abordée une nouvelle fois dans le cadre de La Relève Sympose, le symposium d’art multidisciplinaire tenu pour une 12e fois, jeudi et vendredi, au Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière. Inspirés par le thème Osez agir, certains ont profité de l’occasion pour explorer les notions de censure et d’acceptation sous les yeux de la présidente d’honneur Chantale Hudon.

Parmi eux, il était difficile de ne pas remarquer Jordann Gagnon, installé au rez-de-chaussée. Le visage maquillé avec soin, vêtu à la manière du chanteur Hubert Lenoir, ce jeune homme cultive l’ambiguïté sexuelle comme d’autres les fines herbes. Très vite, cependant, le regard du visiteur glissait vers la dame étendue sur sa table de travail, Claudia Tremblay. L’une de ses cuisses laissait voir un portrait réalisé grâce à la technique du tatouage.

Jordann Gagnon ne travaillait pas sur une toile, à l’occasion du symposium organisé par le Centre national d’exposition de Jonquière. C’est une cuisse, celle de sa consoeur Claudia Tremblay, qui lui a servi de canevas pendant que naissait le portrait d’un jeune homme au look androgyne.

Il montrait un visage androgyne d’une grande finesse, même s’il restait des détails à peaufiner lors du passage des représentants du journal, vendredi avant-midi. « Il s’agit d’un projet personnel que je souhaitais réaliser depuis un certain temps. En voyant que le thème était Osez agir, j’ai décidé de m’inscrire pour créer ce portrait d’un homme maquillé. C’est une façon de parler de l’acceptation, de la différence », a expliqué l’artiste originaire de Saint-Ambroise.

Associé au studio d’art corporel Addik et Jog, tout comme sa partenaire, l’artiste-tatoueur se donnait quelques heures pour compléter le haut du visage. Il devait finir plus tôt que ses camarades pour permettre à un photographe d’immortaliser son tableau. C’est sous cette forme, en effet, qu’on pourra le découvrir du 7 octobre au 11 novembre, à la faveur d’une exposition collective tenue au CNE.

Cachez ce corps...

Un étage plus haut, Zoé Vincent se préparait à tailler une plaque de tôle galvanisée de la même dimension qu’une photographie trouvée sur Internet. Cette image libre de droits, qui montre une femme nue, se déployait sur le mur voisin de sa table de travail. Bientôt, elle serait collée sur la plaque afin que les visiteurs puissent appliquer des bandes magnétiques portant les mots « Censurez-moi ».

« J’ai hâte de voir ce que feront les gens quand ils réaliseront que ça ne fonctionne pas sur les parties intimes », mentionne l’artiste d’un ton enjoué. Ratoureuse, elle a en effet pratiqué des ouvertures sur la plaque, à la hauteur de la poitrine et du sexe. Si magnétiques soient-elles, les bandes ne tiendront pas, ce qui reflète son opinion sur la censure.

Symposium au CNE, Osez Agir.

« On ne devrait pas être gêné de voir un corps nu », estime Zoé Vincent, qui a réalisé où se situaient les limites de la tolérance il y a un an, lorsqu’elle a tenté en vain de montrer une sculpture dans le centre social de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Intitulée Envie délectable, cette oeuvre produite dans le cadre de son baccalauréat en enseignement des arts épousait la forme d’un Popsicle au sommet duquel giclait de la peinture blanche. Elle a abouti devant la galerie L’Oeuvre de l’Autre, puis dans un espace de rangement.

« Comme je désire rendre l’art accessible, je l’avais conçue en pensant au centre social », précise Zoé Vincent, qui prévoit la ramener chez elle, à Saint-Basile-le-Grand, à la fin de ses études. Si quelqu’un veut s’en porter acquéreur, elle est ouverte aux propositions, mais à tout le moins, cette histoire qui avait fait le tour de la province a nourri sa réflexion sur l’art.

C’est l’expérience qu’elle a vécue l’an dernier, alors que sa sculpture épousant la forme d’un Popsicle n’avait pu être exposée au centre social de l’UQAC, qui a poussé Zoé Vincent à produire une oeuvre évoquant le thème de la censure.