Céline Fortin affirme que les concerts d'orgue tenus pendant l'été, à la cathédrale de Chicoutimi, mettent en relief les capacités de son Casavant, un instrument qui permet d'aborder sans coup férir tous les répertoires.

Le charme méconnu de l'orgue

Ceux qui n'ont jamais assisté à un concert d'orgue à la cathédrale de Chicoutimi se privent d'un plaisir rare, celui d'entendre un instrument exceptionnel dans un contexte différent de celui des célébrations religieuses. En prime, une caméra permet de voir travailler les interprètes installés au jubé et il n'y a pas de prix d'entrée. Depuis la création de cette série estivale, il y a 27 ans, on passe le chapeau - ou plutôt le panier de la quête - afin de recueillir des dons.
Chacun des cinq rendez-vous de la saison attire des centaines de mélomanes, parmi lesquels on remarque un élégant mélange de touristes et d'habitués. Même pour ceux-ci, toutefois, il y a eu une première fois. Et pour plusieurs, elle a donné lieu à une révélation qui ne tient pas juste à la beauté des vitraux lorsqu'à 20 h, ils baignent dans la lumière du soleil couchant.
« Il y a ce mythe voulant que l'orgue, ce soit sévère. On pense à l'église, à la mortalité, alors qu'il offre tant de possibilités que les gens peuvent découvrir. Après tout, un instrument comme le nôtre représente une oeuvre d'art. Il a été conçu en fonction du bâtiment où on l'a installé et permet d'aborder tous les répertoires », fait valoir Céline Fortin, elle-même organiste à la cathédrale et responsable de la programmation depuis des lunes.
Chaque saison, elle propose différents jumelages, histoire de montrer comment l'orgue fait bon ménage avec une large palette d'instruments. L'un d'eux est la voix et, comme le veut la tradition, c'est avec le Choeur de la cathédrale, dirigé par Céline Perreault, que débutera la série. Céline Fortin exécutera des oeuvres en solo, notamment des pièces de Gabriel Pierné et Alexandre Guilmant faisant ressortir le caractère romantique du Casavant acquis il y a presque 100 ans.
Le choeur, lui, offrira le Stabat Mater de Schubert, deux compositions de Mozart, l'Ave Maria de Tomas Luis de Victoria, un Bruckner et un titre d'Orlando de Lasso. « Il y aura 18 chanteurs et je les trouve généreux de prolonger leur saison pour participer à ce concert. Ils ont travaillé tous les dimanches, en effet, et on est avancés dans l'été », note la musicienne, qui les accueillera le 27 juin.
Un retour apprécié
Une semaine plus tard, soit le 4 juillet, la mezzo-soprano originaire de Chambord, Ariane Girard, se pointera en compagnie de l'organiste montréalais François Zeitouni. Au menu, entre autres, signalons la Prière pour la paix de Poulenc, ainsi qu'une oeuvre de Bach qui sera livrée en duo. Le musicien rendra aussi hommage à son professeur, Raymond Daveluy, décédé récemment, en interprétant le Largo de sa Sonate no. 2.
Une autre tradition estivale tient à la présentation d'un concert en solo, une responsabilité confiée à un vétéran de la série, Marc D'Anjou. « Je lui ai demandé de faire un "greatest hits" de l'orgue et il a accepté avec plaisir. Il y aura la Toccate en ré mineur de Bach, du Widor et la finale de la Symphonie no. 1 de Vierne, entre autres choses. L'instrument sera mis en évidence », assure Céline Fortin, qui attend son collègue le 11 juillet.
Un maillage toujours apprécié est celui de l'orgue et de la trompette, ainsi que le constateront ceux qui entendront Catherine Todorovski et Duncan Campbell le 18 juillet. Le programme ménage une place de choix au répertoire baroque, comme l'illustre la présence de compositions telles le Concerto opus 4 de Vivaldi, le Prélude du Te Deum de Charpentier et un extrait du Messie de Haendel.
Le 25 juillet, enfin, marquera le retour au Saguenay-Lac-Saint-Jean de la violoniste Manuela Milani, une ancienne étudiante du Conservatoire de musique de Chicoutimi. Elle fera équipe avec l'organiste Raymond Perrin, qui a déjà fréquenté le Casavant de la cathédrale. « Manuela fait partie de l'Orchestre du Centre national des arts d'Ottawa, tout en se signalant en tant que chambriste. C'est une belle et bonne musicienne. Je serai contente de la revoir », affirme Céline Fortin.
Un organisme bien vivant
Un orgue représente l'équivalent d'un organisme vivant. Chacun possède des caractéristiques qui lui sont propres et interagit avec le bâtiment qui l'abrite, une réalité à laquelle n'échappe pas le Casavant de la cathédrale de Chicoutimi. Céline Fortin, qui le fréquente assidûment, est bien placée pour en brosser le portrait.
« Cet orgue est romantique. Il possède un son bien rond et permet aux interprètes de réaliser de beaux crescendos, ainsi que des diminuendos. Les jeux ajoutés au fil des ans ont aussi étendu sa portée. On peut tout faire avec lui, du Bach autant que des oeuvres appartenant au répertoire français de la fin du 19e siècle », énonce la musicienne. L'éventail des possibilités est large, comme en témoignent les 15 jeux de anches produisant des sonorités semblables à celles de la trompette et du hautbois. Les organistes qui se produisent pour la première fois à la cathédrale doivent cependant tenir compte de ses particularités, qui ne sont pas nécessairement des défauts. Il y a de l'écho, par exemple, un retour de quatre ou cinq secondes qui peut se révéler embêtant si les notes défilent trop rapidement.
« Si on joue un peu vite, ça sonne mêlé et c'est essentiellement une question d'acoustique. On remarque le même phénomène quand les gens font des lectures pendant la messe. Il ne faut pas que le débit soit trop accéléré », mentionne Céline Fortin. Elle connaît si bien son instrument qu'au printemps, il lui permet d'anticiper à quel moment le lac Saint-Jean va caler.
Pendant l'hiver, en effet, il y a des notes qui collent. Il semble que le chauffage du bâtiment rende l'air trop sec pour certaines composantes, ce qui amène la musicienne à renoncer à certains effets, le temps que les choses se replacent tout naturellement. Or, c'est aux alentours des mois d'avril et mai que ça se produit. Dès qu'il fait plus chaud, elle perçoit un changement dans le comportement du Casavant.
« J'ai remarqué qu'il y avait un lien avec le moment où le lac Saint-Jean cale et, cette année encore, j'ai pu le vérifier. Lors d'une répétition, j'ai dit aux membres de notre chorale que c'était pour arriver dans près d'une semaine. Je me suis trompée d'une journée seulement », lance Céline Fortin en riant.