Sara Moisan a campé une redoutable Agrippine dans Britannicus, notamment dans cette scène où elle est confrontée à Britannicus (Christian Ouellet) et Narcisse (Bruno Paradis). La dernière représentation de cette production des Têtes Heureuses a été donnée le 26 novembre, au Conservatoire de musique de Saguenay.

Le chant du cygne des Têtes Heureuses?

CHRONIQUE / Dimanche dernier, au Conservatoire de musique de Saguenay, la compagnie de théâtre les Têtes Heureuses a donné une représentation de la pièce Britannicus, de Jean Racine. Une cinquantaine de personnes étaient présentes, l’équivalent d’une salle comble, et elles ont été impressionnées par l’interprétation de ce classique, la maîtrise du texte en alexandrins par les comédiens, mais aussi le rendu des émotions ressenties par les personnages.

Rappelons que, dans cette histoire, on voit l’empereur Néron abandonner toute retenue pour éliminer son rival Britannicus, à qui la belle et noble Junie accorde ses faveurs. Même la mère du dictateur, la redoutable Agrippine, n’arrive plus à neutraliser les pulsions criminelles de son fils, engagé dans une spirale de folie et de violence dont, malheureusement, on retrouve maints exemples à notre époque.

Fier à bon droit du travail accompli par Martin Giguère, Christian Ouellet, Sara Moisan, Marilou Guay, Éric Chalifour et Bruno Paradis, le metteur en scène Rodrigue Villeneuve avait raison de souligner à quel point le propos de Racine demeure actuel. Il avait exprimé ce point de vue quelques minutes avant l’ultime représentation de Britannicus, du haut des marches donnant accès à la Salle Jacques-Clément.

Le plaisir des spectateurs, en ce bel après-midi d’automne, fut cependant tempéré par une sourde inquiétude. Lorsque Rodrigue Villeneuve a affirmé que c’était « la dernière pièce des Têtes Heureuses », voulait-il dire qu’il s’agissait de la plus récente ou du chant du cygne de la compagnie fondée il y a 35 ans, à Chicoutimi ? L’homme de théâtre a laissé planer un doute, peut-être volontairement, mais une petite feuille glissée dans le programme a fourni une partie de la réponse.

Elle a pour titre Le canari TH: une espèce menacée... et prend la forme d’une demande d’aide adressée au public. « Être nécessaires et fragiles, surtout après 35 ans, est un équilibre que les Têtes heureuses ne peuvent plus maintenir sans votre aide », a-t-on écrit, juste avant de préciser que les chèques pouvaient être acheminés au 630 rue Duberger à Chicoutimi, code postal G7H 2C4.

Faut-il rappeler que le canari en question a joué un rôle majeur dans le développement de la scène théâtrale au Saguenay, parallèlement à La Rubrique ? Il serait bête de perdre une compagnie qui, certes, fonctionne hors des cadres habituels, mais qui reste aussi pertinente que la pièce de Racine qui, peut-être, constituera son ultime chant.