Le cabanon de la honte

OPINION / Puisque le conseil d’arrondissement de Jonquière n’a pas complété sa réflexion au sujet du parc de la Rivière-aux-Sables, j’en profite pour souligner l’aberration que constitue la Salle Nikitoutagan. Situé au coeur d’un espace vert, d’une jolie passerelle et d’un cours d’eau qui a retrouvé ses vraies couleurs après avoir été libéré des billes de bois qui le recouvraient d’une rive à l’autre, ce bâtiment a l’air d’un bouton sur le nez d’un mannequin (homme ou femme, je ne fais pas de discrimination).

L’intérieur est aussi charmant qu’une chambre d’hôpital, tandis que le revêtement extérieur pourrait constituer un hommage aux remises en tôle qui pullulent dans les fonds de cours (y compris la mienne, à cette différence que des vignes en masquent la laideur). J’y ai couvert de nombreux spectacles présentés pendant le festival Jonquière en neige et le seul avantage tient au fait que cette salle à l’acoustique improbable ne vole jamais la vedette aux artistes.

Je ne peux pas imaginer que la ville va investir des millions de dollars sur le site sans s’attaquer à cette horreur. Au pire, qu’on se contente d’améliorer l’enveloppe, ce qui pourrait passer par l’application d’un revêtement de bois. Ça aurait le mérite de promouvoir un matériau noble qui fait travailler des gens de chez nous.

Mieux encore, je crois que les élus devraient examiner des photos du lieu de diffusion qui existait avant l’apparition du cabanon surdimensionné. Il était fait en bois, justement, et abritait des gradins où 200 personnes, peut-être davantage, pouvaient assister aux spectacles tenus à la belle saison. Il y avait un toit, mais des ouvertures sur les côtés permettaient de demeurer en contact avec l’environnement immédiat, notamment la rivière.

J’y ai vu des gens comme Jim Corcoran, le groupe UZEB, Raoul Duguay, Alexandre Zelkine et Pierre Dumont, pour ne mentionner que quelques noms. C’était convivial et je n’ai aucune peine à imaginer l’usage qu’en aurait fait le Festival international des arts de la marionnette. On dira que l’hiver, ça ferait dur, une salle ouverte, mais regardez à Ottawa, pendant le Winterlude. Chaque hiver, ils sont des milliers à assister à des spectacles présentés sous un froid polaire. Si c’est bon pour les Ontariens...