Laurie Marois raconte avoir, en quelque sorte, été associée à une certaine marque de commerce à ses débuts. Sa présence sur les réseaux sociaux a amené bien des gens à « prendre ce qu’il voulait de ça ».
Laurie Marois raconte avoir, en quelque sorte, été associée à une certaine marque de commerce à ses débuts. Sa présence sur les réseaux sociaux a amené bien des gens à « prendre ce qu’il voulait de ça ».

Laurie Marois profite du confinement pour partager son art

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Confinée comme le reste du Québec, la peintre Laurie Marois a eu envie, il y a six semaines, de vivre un moment purement positif avec une partie des quelque 53 000 personnes qui la suivent sur les réseaux sociaux. L’enseignante en art de formation a offert un cours de peinture en direct via sa page Facebook. L’objectif du vidéo, visionné 67 000 fois, fut sans contredit atteint. Toutefois, l’artiste originaire de Normandin, au Lac-Saint-Jean, ne s’attendait pas à revivre des émotions qu’elle avait mises de côté depuis un moment.

« J’ai eu tellement de témoignages positifs de gens qui avaient renoué avec l’art, de gens qui traversaient la crise et qui avait vécu un beau moment. Je voulais motiver les gens à peindre. À un moment, nous étions 1600 personnes en direct. J’ai aussi eu des reproches d’avoir dévoilé mes techniques. Et il y a certaines personnes qui ont tenu pour acquis qu’elles pouvaient reproduire illégalement mes oeuvres et même les vendre », confie celle qui s’attendait à une forte réaction.

Depuis ce rendez-vous virtuel, la peintre qui réside à Saint-Denis-de-Brompton, en Estrie, a reçu plusieurs dénonciations de reproductions illégales de ses oeuvres, dont plusieurs se retrouvent en vente sur les réseaux sociaux.

« Quand il y a de l’argent en ligne de compte, il faut donner le crédit. C’est copié, il n’y a pas d’autorisation et on ne dit pas que c’est à la manière de », résume-t-elle le plus simplement possible.

L’univers de la reproduction et de l’inspiration est complexe. Comme le résume Laurie Marois, ce qui lui appartient, c’est l’oeuvre qu’elle crée et non l’ensemble des techniques qu’elle a popularisées. « Les techniques que j’utilise font que c’est ce qui me démarque. Mais ça ne m’appartient pas. Les techniques existent déjà. Je les ai simplement intégrées à mon processus évolutif », résume la Jeannoise d’origine.

Dès ses premiers coups de pinceau professionnels, Laurie Marois a été confrontée a cet irritant qui allait devenir un dur combat. « J’ai vu des reproductions et je me disais: me semble que l’artiste n’a pas le droit. Je me suis demandé ce qui pouvait être fait pour l’artiste et même pour moi. J’en ai fait des erreurs à mes débuts, mais je ne savais pas, je n’étais pas sensibilisée. Quand tu commences, tu crées selon ce qui t’inspire, selon tes repères. Tu ne penses pas en faire un métier. Et il n’y a aucune mauvaise intention », témoigne celle qui est d’avis que l’information en ce sens n’est pas facile d’accès et complexe.

Face aux nuances entourant la reproduction légale et illégale et l’inspiration, l’artiste reconnue pour ses oeuvres animalières s’est tournée vers les services d’une avocate en droits d’auteur afin d’obtenir l’information juste.

Le cours de peinture en direct de Laurie Marois est à l’origine de plusieurs versions de ce hibou. Certaines se sont mêmes retrouvées en vente sur les réseaux sociaux.

Cette démarche l’a conduite dans une spirale sans fin. Le fait d’approcher des artistes amateurs qui naviguaient dans ces zones grises et qui obtenaient même un profit de la vente d’oeuvres s’est avéré être un processus énergivore pour Laurie Marois.

« Au départ, mon intention, c’était de montrer la limite à ne pas dépasser pour respecter le travail de l’artiste. Je veux préserver mon nom et l’image qui m’est associée, mais je ne veux pas le faire à tout prix. Ce prix, c’est la santé mentale », indique-t-elle.

Les réactions sont multiples lorsqu’elle communique avec une personne reproduisant ses oeuvres. Elle remarque tout de suite lorsqu’elle a affaire à des personnes qui ne sont pas conscientes des lois. En revanche, d’autres se montrent peu collaboratives et sont peu réceptives aux propos de Laurie Marois.

La peintre, qui est reconnue pour des oeuvres aux couleurs vives, s’est rendue à l’évidence qu’elle ne pourrait éduquer tous ceux qu’elle interpellait. Elle a dû faire le choix entre la démarche de sensibiliser les personnes aux droits d’auteur ou de ne se consacrer qu’à ses pinceaux.

« Il y a deux ans, j’ai lâché prise. J’étais trop submergée et j’étais en train de me rendre malade. Tu penses que tu n’en verras jamais le bout. J’ai demandé aux gens de cesser de m’en envoyer. Je n’avais plus l’énergie de gérer cela. Je n’avais plus envie de peindre », se remémore celle qui, par le passé, a vu certaines de ses images en vente sur des sites d’envergure mondiale et plusieurs produits dérivés de ses créations.

L’oeuvre copiée n’est pas l’unique élément plagié. Ce sont des années de travail, de recherches et d’expériences qui s’y rattachent. « Ça me ramène au temps où je vivais dans mon 3 et demi à Québec. Je trouvais le temps de peindre une heure entre ma suppléance, le cheerleading et les camps de jour. Je trouvais les sous pour une toile et je mettais de l’argent de côté pour le pinceau de mes rêves. Des fois, c’était de l’argent pour manger ou pour ça. C’est d’où tout ça part. C’est plein de petites choses qui mènent à notre art », fait-elle valoir.

Enceinte de 24 semaines, Laurie Marois avoue que les dernières semaines n’ont pas été de tout repos. Même si elle s’attendait à une hausse de la circulation de toiles reliées au cours en direct, elle ne s’attendait pas à replonger dans cette « mission d’éducation » et encore moins de revivre ces émotions qui minaient sa création.

Laurie Marois a le mandat de peindre jusqu’à la fin de sa grossesse prévue, au plus tard, dans une quinzaine de semaines.

« Avec la grossesse, je vis des émotions que je ne soupçonnais pas. J’ai besoin de régler les choses. Mais ça écorche à chaque fois. L’émotion, c’est ça qui mène la créativité. Même si l’intervention est positive, ça laisse des traces pour moi ou pour l’autre. Tout est lié. Ça vient teinter la qualité de mon travail. Cette semaine, je me battais entre l’idée de faire une vidéo pour expliquer ou de peindre. Je revis ce dilemme », indique-t-elle.

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UNE HAUSSE DE LA DEMANDE EN PÉRIODE DE CRISE

Laurie Marois a investi des milliers de dollars afin de participer, en mars dernier, à un événement rêvé, le Salon international de l’art contemporain de Marseille. La Jeannoise d’origine devait notamment y faire parvenir ses oeuvres, payer le coût de son emplacement d’exposition en plus de s’y rendre.

En raison de la COVID-19, le salon, qui célébrait son 20e anniversaire d’existence, a dû fermer ses portes peu de temps après son ouverture et Laurie Marois est revenue en toute vitesse au Québec.

Celle qui a le mandat de peindre jusqu’à son accouchement anticipait les conséquences de la crise alors qu’elle était en plein milieu d’une colossale période de production.

« Je voyais les gens se battre pour du papier de toilette. Je me disais qu’ils n’achèteraient plus de toile, que c’était un luxe », affirme-elle.

C’est plutôt l’effet inverse qui s’est produit. Les gens ont plus de temps libre en période de confinement. Ils visitent les réseaux sociaux de la peintre et s’intéressent à son travail. L’artiste est d’ailleurs sollicitée comme jamais pour différents projets et plusieurs déclinaisons de son art.

« L’intensité du début revient sous toutes ses formes. C’est cyclique. Malgré tout ce qu’on vit, c’est tout de même positif », affirme celle qui préfère s’en tenir à peindre des oeuvres originales.