Tout en préparant son nouveau spectacle «On va tous mourir» en duo avec Simon Boudreault, Laurent Paquin amorce la dernière ligne droite de «Déplaire», le spectacle qui, de toute sa carrière, aura suscité «le plus de rires au pied carré».

Laurent Paquin: entre mort et déplaisir

SHERBROOKE — Mener deux spectacles de front? Pas de problème pour Laurent Paquin! Alors que l’humoriste voit tranquillement poindre la fin de la tournée de «Déplaire», son quatrième spectacle solo, il planche en ce moment, avec Simon Boudreault et le metteur en scène Serge Denoncourt, sur «On va tous mourir», une comédie à sketchs ayant pour thème la Grande Faucheuse. Si plusieurs représentations sont prévues pour le prochain Festival Juste pour rire, une tournée devrait aussi s’amorcer l’automne prochain.

«On a un booker là-dessus et on doit en être à environ une trentaine de dates», révèle l’humoriste, qui est en pleine répétition et prévoit quelques rodages en région ce printemps avant la grande première, en juillet.

«Ce spectacle-là, c’est une drôle de bibitte dans mon parcours. Ce n’est pas un nouveau duo comique. On est plus proches des Monty Python. On a à peu près 18 sketchs qui parlent tous de la mort sous un angle différent. Simon et moi faisons tous les personnages. Ça peut aussi bien être un enfant qui raconte la mort de son cochon d’Inde devant la classe que deux kamikazes imbéciles et incompétents avant leur attentat suicide.»

Pourquoi la mort? «Parce que c’est un sujet qui me préoccupe. Mais j’en parle aussi dans mon spectacle solo et je m’aperçois que ce n’est pas si tabou que ça. C’est même un numéro où j’ai parmi les plus gros rires. J’avoue que j’aime parler de sujets qui ne sont pas censés être drôles. J’ai même déjà fait un gala sur le thème de la dépression et j’avais trouvé ça plus difficile que de parler de la mort. Je devais faire rire sans me moquer des gens qui ont vécu une dépression. En ce moment, j’essaie d’écrire sur les personnes transgenres. C’est vraiment très délicat, mais ce sont de beaux défis.»

Presque 100 000 billets

Parallèlement, l’humoriste amorce la dernière ligne droite de Déplaire. «On commence à faire les dernières supplémentaires dans certaines villes. J’en aurai quand même tout au long de 2019 et même jusqu’en 2020. C’est juste que les représentations seront un peu plus espacées, ce qui me permettra de mener les deux spectacles de front.»

De cet opus 4 qui approche les 100 000 billets vendus et qui s’est retrouvé parmi les finalistes du meilleur spectacle d’humour l’an dernier aux Olivier, le Valois d’origine dira qu’il s’agit, dans sa feuille de route, de celui qui suscite «le plus de rires au pied carré».

«J’ai encore beaucoup de plaisir à le donner. Je continue d’ajouter un nouveau gag de temps à autre. J’avais abordé Déplaire en étant prêt à perdre du public, à assumer que peut-être certains spectateurs trouveraient que j’allais trop loin. Mais mon objectif, c’était de faire un spectacle authentique, où je dirais vraiment ce que je pense. Finalement, Déplaire n’a pas déplu du tout! Les gens m’ont suivi là-dedans. Peut-être que je serai capable d’aller encore plus loin au prochain spectacle, parce que je m’aperçois que les gens sont capables d’en prendre. J’ai probablement sous-estimé leur permissivité, parce que j’ai toujours été quelqu’un qui avait peur de déplaire ou de déranger.»

Sa brusque entrée sur scène avec un gag «baromètre», c’est-à-dire volontairement choquant, lui permet justement de jauger la tolérance de son auditoire. «Je m’aperçois que le public a envie d’un humour qui brasse un peu, pas juste d’un humour bonbon pour plaire à toute la famille.»

Végétalisme extrême

De toute façon, ses années d’expérience lui ont appris que, peu importe la blague, il y aura toujours une personne offusquée quelque part.

«Quand je parle des végétaliens, je fais référence à ceux qui sont freak, mais j’ai quand même reçu des plaintes. Pourtant, je le précise à un certain moment : "Là, là, je-fais-des-bla-gueeees. J’e-xa-gè-ree." J’ai quand même reçu une plainte. J’ai voulu discuter avec la personne sur l’internet, jusqu’à ce que je m’aperçoive que je perdais mon temps, que la personne ne voulait pas discuter. Un freak, par définition, ça n’a pas d’humour. Alors j’ai arrêté de gaspiller de l’énergie là-dessus.»

«En fait, les gens perdent leur humour dès que tu parles de quelque chose qui les touche. Tout le reste est drôle, sauf ça, où ils ont l’impression que tu es allé trop loin. Ma réponse, c’est : "Non, je ne suis pas allé trop loin : je suis allé quelque part où tu n’étais pas prêt que j’aille." On a tous des zones sensibles. Si quelqu’un fait une blague sur l’adoption, ça va probablement me fâcher un peu, car j’ai adopté un enfant, mais c’est à moi d’apprendre à composer avec mon émotion, non pas aux autres à s’adapter à mon émotion. C’est comme ça qu’on grandit et qu’on devient une personne plus forte.»

Laurent Paquin est en spectacle à la salle Albert-Rousseau les 12 et 13 avril et le 27 avril à Donnacona (complet).