Laura Andriani

Laura Andriani et l’appel du baroque

Violoniste pendant 15 ans au sein du Quatuor Alcan, devenu Saguenay, Laura Andriani y a vécu des expériences humaines et musicales qui demeureront éternellement chères à son cœur. C’est dans ce contexte, entre autres, qu’elle a participé à l’enregistrement de tous les quatuors de Beethoven et que le 10 octobre 2013, l’interprète originaire de Turin, en Italie, est devenue une citoyenne canadienne.

« J’avais prêté serment sur les quatuors de Beethoven, a-t-elle mentionné il y a quelques jours, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Ce grand rêve de faire l’intégrale m’avait d’ailleurs incitée à demeurer ici, à un moment où j’étais tentée de retourner en Europe. C’est l’un des projets qui me font dire que j’ai été bénie des dieux parce que j’ai eu la chance de faire partie du Quatuor Alcan. »

Loin de quitter en serrant les dents, Laura Andriani retrouvera ses anciens partenaires à la faveur de trois concerts présentés cet automne. Ils vont également se revoir pendant l’hiver, cette fois dans le cadre d’une tournée canadienne coïncidant avec les 150 ans du pays. Les Saguenéens seront alors jumelés au Quatuor Lafayette.

« Nous nous aimons bien et nous avons toujours du plaisir à jouer ensemble. Ce sera donc un doux passage », anticipe la violoniste, qui a quitté le Quatuor Saguenay afin de consacrer plus de temps au répertoire baroque. Plusieurs projets l’interpellent, en effet, et il aurait été difficile de les mener à bien en vivant à cinq heures de route de Montréal.

« C’est la plaque tournante pour tout ce que je prévois faire. J’ai des activités dans cette ville, mais aussi en Ontario et en Europe », laisse entrevoir Laura Andriani qui, justement, se trouvait à Mirabel au moment de l’entrevue. Elle participait à l’enregistrement d’un disque avec l’ensemble Arion, des concertos de Vivaldi qui seront commercialisés sous l’étiquette ATMA.

« C’est bizarre parce que ma première séance avec le Quatuor Alcan avait eu lieu au même endroit, dans la même église. C’était pour l’album Les vendredis », indique la musicienne. En parallèle, elle collabore avec une autre formation baroque basée dans la Métropole, les Idées heureuses. L’une de ses sorties lui permettra de jouer sur la réplique d’un instrument fabriqué en 1462, semblable à un violon miniature.

Son agenda comprend également un concert tenu en décembre, dans le cadre du Festival Bach, ainsi que des visites à Kingston, en Ontario, pour travailler avec des collègues sous le giron de l’université Queen’s. Ajoutez une charge de cours à l’université McGill et d’autres projets qui se développent tranquillement et vous obtenez une artiste comblée.

Elle qui a fait l’apprentissage de la musique en Italie, auprès de maîtres qui chérissaient le répertoire baroque, ressentait en effet le besoin de recentrer sa carrière. Il y avait le désir d’aller plus loin dans cette direction, lequel s’est manifesté plus clairement à la suite du décès de sa mère. « J’ai alors pris le temps de nettoyer les émotions et j’ai ressenti l’appel maternel exercé par le baroque. On ne peut pas cacher sa vraie nature », confie Laura Andriani.

Arrivée au seuil de la quarantaine, elle a senti que le moment était bien choisi pour effectuer une transition. « Ma voix intérieure ne passe pas uniquement par le quatuor et comme on n’est pas immortels, on doit profiter de chaque occasion pour vivre ses rêves. Je suis venue au Saguenay parce que je voulais faire du quatuor et aujourd’hui, c’est dans la sérénité que je me tourne vers la musique ancienne », énonce la violoniste.

 Toujours fidèle à la chapelle Saint-Cyriac

La série de concerts proposée à la chapelle Saint-Cyriac, dans le secteur Lac-Kénogami, reviendra pour une neuvième saison à compter du 15 octobre. Premier à se lancer, Gaël Chabot-Leclerc s’associera à sa consœur Mélissa Dufour, elle aussi percussionniste, afin de présenter des compositions mettant le marimba en valeur.

« Une neuvième saison, ce n’est pas négligeable. On parle d’une petite institution qui apporte beaucoup de bonheur », fait valoir la directrice artistique Laura Andriani. Elle ajoute que cette première sortie, qui aura lieu à 14 h (les billets coûtent 25 $ et on réserve au numéro 418 542-0186), reflète l’une des dimensions de cette filière en offrant une tribune à deux artistes originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Ayant joué fréquemment à la chapelle, la violoniste sait à quel point ce bâtiment plus que centenaire se prête à la tenue de concerts. « C’est un lieu de grande inspiration et moi-même j’y ai vécu des moments inoubliables, comme la fois où j’ai utilisé un instrument pour la première fois, en présence de ma mère venue d’Italie. Après, j’avais enfilé mon maillot de bain pour nager jusqu’à l’autre rive. Elle m’avait rejoint là-bas », raconte la musicienne d’un ton amusé.

En dépit de ces jolis souvenirs, Laura Andriani a remis son sort entre les mains du conseil d’administration dans les derniers mois. Sa décision de déménager à Montréal aurait pu inciter l’équipe à changer de directrice artistique, même si une grande partie du travail peut être menée à distance. En fin de compte, le statu quo a prévalu, à cette nuance près que la Jonquiéroise Jessy Dubé, elle aussi violoniste, apportera également son concours.

« J’ai proposé d’ajouter Jessy. On va s’échanger des idées et elle sera mieux placée pour entretenir les liens avec la communauté. En attendant, j’ai planifié la présente saison et je songe déjà à la prochaine », révèle la Saguenéenne d’adoption, qui a été touchée d’apprendre que le conseil d’administration souhaitait retenir ses services.

« Après tout, c’est ma famille, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, et malgré mon déménagement, je demeure très attachée à cette région. J’y ai reçu beaucoup d’amour, beaucoup d’écoute, et j’espère que moi aussi, j’en ai donné », souligne Laura Andriani.