Le bandéoniste Jonathan Goldman a brillé dans la première pièce présentée vendredi soir, à l’église Notre-Dame de Laterrière. Intitulée 5 Tango Sensations, cette oeuvre d’Astor Piazzola a exploré cinq états d’esprit en distillant une forte dose de mélancolie.

Laterrière prend des airs argentins

Le Rendez-vous musical de Laterrière a pris les couleurs de l’Argentine, vendredi soir, à l’occasion de l’avant-dernier rendez-vous de l’édition 2018. Le programme intitulé Mi Buenos Aires Querido comprenait en effet cinq oeuvres fleurant bon le tango, dont trois écrites par Astor Piazzola, à qui était dédié ce concert.

Occupant la moitié des sièges du parterre à l’église Notre-Dame, le public a d’abord eu droit à un amusant échange entre le président et directeur artistique, David Ellis, et le bandonéoniste Jonathan Goldman. Celui-ci a rappelé que le tango, une musique créée par des gens venus d’Europe et d’Afrique, porte en elle une mélancolie nourrie par le mal du pays.

Il a aussi raconté qu’à la fin de sa vie, Piazzola a composé des oeuvres maillant le tango à la musique classique, une façon de concilier les deux faces de sa personnalité artistique. C’est ainsi qu’est né le titre le plus costaud défendu à Laterrière, une oeuvre pour cordes et bandonéon baptisée 5 Tango Sensations. Étalée sur 25 minutes, comprenant cinq mouvements, c’est elle qui a ouvert le concert en plaçant la barre bien haute.

Chaque mouvement correspond à un état d’esprit, en effet, et le travail conjugué de Jonathan Goldman, ainsi que de l’Ensemble à cordes du Rendez-vous musical, dirigé par Nicolas Ellis, a permis aux mélomanes de s’en imprégner. Dans le quatrième, Despertar, la musique a ainsi pris des accents de requiem. Le bandonéon a lancé l’affaire en étirant les notes, distillant une tristesse infinie que rehaussaient les cordes. Il a conclu en sonnant comme un orgue à des funérailles.

C’était d’autant plus expressif que cette pièce fut d’abord la bande sonore d’un long métrage. Les autres mouvements ont exploré des états comme le sommeil, l’amour, l’anxiété et la peur, mais ce qui est ressorti au final, c’est le contentement ressenti par les mélomanes. Un « Ah ! » collectif a salué la fin de l’interprétation, suivie par des cris et de chaleureux applaudissements. Toutes les pièces ont suscité une forte réaction, à vrai dire. Notons entre autres la performance de la soprano Élisabeth Saint-Gelais sur deux airs de Gardel, flanquée de quatre musiciens. Sa voix ample, couplée à sa personnalité engageante, ont apporté une touche de légèreté qui cadrait bien avec l’esprit des chansons Mi Buenos Aires Querido et Por una cabeza.

Il faut également souligner le travail des Saguenéens Sylvain et Sandra Murray sur un autre titre de Piazzola, Le Grand Tango pour violoncelle et piano. Là encore, on a pu découvrir un amalgame de classique et de tango, une composition dynamique, parfois même emportée. Le frère et la soeur en ont magnifié toutes les facettes, mais à travers les applaudissements, sans doute y avait-il également un coup de chapeau adressé à deux artistes d’ici qui mènent une carrière exemplaire.

On l’a mentionné plus haut, ce concert était l’avant-dernier de l’édition 2018. Il ne reste que le rendez-vous de dimanche à 16 h, évoqué ailleurs dans ce journal. La pièce maîtresse sera le Gloria de Vivaldi, comme prévu, mais on a malheureusement appris le décès de la mère de Julie Triquet, la violoniste qui devait assumer le rôle de soliste sur Les Quatre Saisons. Comme elle a dû retourner à la maison, cette oeuvre sera remplacée par des concertos de Vivaldi mettant en évidence le violon et le violoncelle.