Propriétaire de la boutique À moi de moi, située à Bagotville, Mélanie Morin a retrouvé le goût de se battre pour la garder en vie. Le contexte est pourtant difficile, compte tenu de l’absence des bateaux de croisière.
Propriétaire de la boutique À moi de moi, située à Bagotville, Mélanie Morin a retrouvé le goût de se battre pour la garder en vie. Le contexte est pourtant difficile, compte tenu de l’absence des bateaux de croisière.

L'artisane Mélanie Morin entend survivre à la tempête

« Ici, il vente fort et ça représente bien ce qui se passe dans mon moi intérieur », a écrit Mélanie Morin le 13 mars, sur la page Facebook de l’atelier-boutique À moi de moi.

Elle venait d’annoncer la fermeture temporaire de ce commerce situé au 975 rue Victoria, à Bagotville. La haute saison approchait, pourtant. Les premiers bateaux de croisière. Les touristes motorisés qui ne manqueraient pas de pousser sa porte avant d’assister à une représentation de La Fabuleuse histoire d’un Royaume. Ils portaient en eux la promesse de belles rencontres et d’une nouvelle progression du chiffre d’affaires.

On connaît la suite. Ce sera une année sans bateaux ni Fabuleuse. Plein de gens ont perdu leur emploi et parmi ceux qui ont les moyens de magasiner, maintenant que c’est permis, un bon nombre sont frileux parce que le virus hante toujours les esprits. N’empêche, le moral de l’artisane a pris du mieux, comparativement à la mi-mars. Un peu. Quand on prononce les mots résilience, découragement, confiance de s’en sortir, elle répond : « C’est un mélange de tout ça ».

Mélanie Morin ajoute qu’il y a une énorme différence entre aujourd’hui et le moment où elle a écrit le message reproduit au début de cet article. « Je me disais alors que j’aurais le temps de créer, mais tous ces morts, ça m’a figée. Au début de mai, par contre, lorsque la boutique a rouvert ses portes, j’étais prête à me battre. Je vais trouver une façon de m’en sortir parce que je n’ai pas le choix. C’est de mon métier qu’il s’agit », confie-t-elle.

Propriétaire de la boutique À moi de moi, située à Bagotville, Mélanie Morin a retrouvé le goût de se battre pour la garder en vie. Le contexte est pourtant difficile, compte tenu de l’absence des bateaux de croisière.

Spécialisée dans la production d’imprimés, de sérigraphies portées par une authentique vision artistique, la propriétaire d’À moi de moi sent que la clé du succès, au sein du monde post-COVID, réside dans son imagination. Elle s’exprime alors à la première personne du pluriel, consciente que d’autres artisans sont exposés à la même réalité. « Nous devrons nous montrer créatifs », résume Mélanie Morin.

Une vague d’appuis

L’un des facteurs qui nourrissent la confiance de l’artisane tient au réflexe d’achat chez nous qui s’est développé pendant les heures les plus sombres de la pandémie. C’est comme si les Québécois s’étaient souvenus que tout n’est pas fabriqué en Chine, qu’on peut manger local et trouver ici de beaux objets qu’on chérira longtemps. Entre deux marées, cette vague s’est aussi levée à La Baie.

« Je sens le désir de gens de m’appuyer, et ce, même à l’extérieur de la région. Des personnes qui sont déjà venues à la boutique utilisent ma page Facebook pour passer des commandes. Je n’ai pas un site spécialisé là-dedans, mais ça fonctionne quand même. Il y n’a pas longtemps, des clients de Montréal ont acheté des chemins de table. Là, c’est la fête des Pères qui retient l’attention. On me demande des tabliers, des coussins, des chandails », décrit Mélanie Morin.

Tout ce qui donne de l’espoir est précieux quand on sait que le chiffre d’affaires va demeurer sous le niveau de l’année précédente et que ce sera pire si, en novembre, on n’arrive pas à tenir le Salon des métiers d’art du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « C’est l’autre source de revenus importante, avec les croisières. On met de côté les sous qui aident à faire fonctionner la boutique », explique la Baieriveraine, qui la garde ouverte toute l’année, sauf en janvier.

La pause pourrait s’allonger, laisse-t-elle entendre, et ce sera l’une des rares retombées positives de la pandémie. « C’est dur pour les bras, la sérigraphie. Au lieu de travailler sept jours, il se pourrait que j’en fasse quatre, laisse entrevoir Mélanie Morin. C’est le message que la vie m’envoie. »