Le bioartiste Francois-Joseph Lapointe travaille actuellement à reproduire l’environnemen bactérien transmis aux bébés à leur naissance, avec cette installation qui sera présentée en Autriche.

L'art du vivant de François-Joseph Lapointe

Le centre Bang a profité cette semaine du passage des artistes chercheurs François Quévillon et François-Joseph Lapointe, au 86e congrès de l’ACFAS à l’UQAC, pour les recevoir en micro-résidence afin d’explorer de nouveaux partenariats. Coup d’oeil sur deux démarches qui font appel au domaine des sciences et technologies (premier de deux portraits).

Les musiciens jouent d’un instrument, les cinéastes filment des histoires et les peintres s’amusent avec les couleurs. En tant que « bioartiste », François-Joseph Lapointe crée ses œuvres à partir d’éléments biologiques, comme des chorégraphies inspirées de son ADN ou une installation reproduisant son microbiome, soit les micro-organismes qui peuplent le corps humain.

Le biologiste de formation dirige le Laboratoire d’écologie moléculaire et d’évolution à l’Université de Montréal. Deux décennies après son doctorat en biologie, il a complété en 2012 son doctorat en recherche et création en danse de l’Université du Québec à Montréal, non sans causer un certain scepticisme, tant dans la communauté artistique que scientifique.

« Après des années à publier des dizaines d’articles et à enseigner les mêmes cours, j’en étais venu à trouver mon travail redondant. Je me suis inscrit à des cours de danse contemporaine, et j’ai trouvé le processus de création vraiment inspirant. C’était presque la même chose que la recherche en sciences, quand on émet des hypothèses... Je me suis dit que si je pouvais retourner dans le temps, je serais danseur. »

François-Joseph Lapointe poursuit depuis deux carrières en parallèle. L’art et la science ont une place équilibrée dans son emploi du temps. L’interdisciplinarité à son meilleur ! « Les deux se nourrissent l’un l’autre », indique le chercheur. 

Le public en profite aussi. Les amateurs d’art se retrouvent initiés à des questions scientifiques, et les scientifiques développent leur goût pour l’art. « J’ai été invité à donner une conférence à la faculté de médecine de l’Université de Californie, car les responsables pensaient que les futurs médecins seraient meilleurs en encourageant leur sensibilité esthétique », donne en exemple le chercheur.

La démarche artistique de François-Joseph Lapointe tourne autour de l’identité, et sa transmission. Le bioartiste considère plus l’être humain comme un « homobactérien » qu’un homo sapiens. « La moitié des cellules de notre corps ne sont pas humaines », illustre-t-il.

En incluant le microbiome dans le concept d’identité, le biologiste se questionne sur sa transmission, qui a normalement lieu de la mère au bébé à l’accouchement. Mais qu’en est-il s’il a lieu par césarienne ? Le scientifique s’est interrogé, alors qu’il a pu assister à des naissances dans une maternité à Paris, et même aider les sages-femmes, durant l’année 2016-2017.

« J’ai trouvé que les césariennes sont une expérience très traumatisante, surtout quand elles ont lieu dans l’urgence », explique le père de quatre enfants. Il mentionne des études montrant que le risque de maladies auto-immunes est plus élevé chez les personnes nées par césarienne. Probablement parce que le microbiome transmis est celui de la peau, et non du vagin, deux communautés de bactéries bien différentes.

D’où l’étrange installation en cours de création par le bioartiste. Une cuve reliée par des tuyaux à une pompe, et décorée avec des lumières de Noël pour ne pas se prendre au sérieux, est conçue pour reproduire le microbiome naturel et le transmettre aux nouveau-nés. 

L’invention est loin d’être utilisée dans les hôpitaux un jour, mais l’œuvre d’art permet déjà de soulever des questions sur ce phénomène. Notamment, comment composer le microbiome de façon éthique ? Pour la future performance qui sera présentée en Autriche, une collègue de François-Joseph Lapointe donnera quelques résidus biologiques.