Sur cette photographie intitulée La forêt des tourments, Jean-Pierre Tremblay a imaginé un jeune Amérindien arrivé à ce stade de la vie où il faut confronter ses peurs.
Sur cette photographie intitulée La forêt des tourments, Jean-Pierre Tremblay a imaginé un jeune Amérindien arrivé à ce stade de la vie où il faut confronter ses peurs.

L’art du flou selon Jean-Pierre Tremblay

La raison du plus flou est la meilleure, se dit-on en examinant les oeuvres de Jean-Pierre Tremblay. Accrochées jusqu’au 20 janvier, sur les murs de la bibliothèque municipale de Chicoutimi, les 23 photographies formant l’exposition Mémoire affective creusent le sillon d’une démarche artistique qui se distingue par son originalité.

Après avoir exploré l’esthétique du noir et blanc et fait ressortir le charme des objets rouillés, le Saguenéen a consacré quatre ans à ce projet. On pourrait croire que la récolte est mince, eu égard au nombre de pièces qui en ont résulté, mais ce serait faire bon marché des contraintes découlant de sa démarche. Tout le monde peut produire des photos floues, mais combien méritent qu’on les observe avec attention ? Combien suscitent une réelle émotion ?

Jean-Pierre Tremblay présente une exposition ambitieuse au plan artistique, à la bibliothèque municipale de Chicoutimi. Intitulée Mémoire affective, elle amène la photographie sur le territoire de la peinture grâce à une approche originale, en même temps qu’exigeante.

« Ces images communiquent un message affectif parce que je brise les règles de la photographie. Je crée du flou, du mouvement, en changeant la mise au point et en jouant avec le zoom. De cette manière, je sature un peu les couleurs, tout en provoquant un sentiment proche du rêve, l’équivalent d’un souvenir lointain », a décrit Jean-Pierre Tremblay au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Jean-Pierre Tremblay voit une parenté entre le courant impressionniste et cette image qu’il a baptisée À l’ombre des parasols.

Perfectionniste, il lui est arrivé de patienter quatre heures afin de générer une image correspondant à ses exigences. Les heureux accidents ne sont pas si fréquents qu’il le voudrait, en effet. Plus souvent qu’autrement, un détail cloche. La vision de l’artiste n’est pas rendue comme il le faudrait, d’où la nécessité de remettre cent fois sur le métier.

Or, ce qui pourrait représenter une corvée, voire une épreuve, épouse un caractère méditatif, laisse entendre Jean-Pierre Tremblay. « Prendre des photos de cette façon me donne l’occasion d’arrêter, ce qui me permet de voir des choses auxquelles je n’ai pas l’habitude de prêter attention. Dans ce contexte, la photographie devient un outil de développement personnel », confie-t-il.

Sur La forêt des tourments, par exemple, la vue d’une silhouette solitaire, minuscule entre deux rangées d’arbres, l’a amené à tracer un lien avec un reportage où il était question des jeunes Amérindiens. Ayant appris qu’ils passent une nuit dans le bois afin de dominer leurs peurs, le photographe a imaginé que l’un d’eux était la personne immortalisée sur cette image.

Sur Lueur fugace, tous peuvent s’imaginer à la place des personnages représentés par Jean-Pierre Tremblay, ce qui constitue l’un des avantages de son approche centrée sur le flou.

D’autres oeuvres renvoient à l’histoire de la peinture, qu’il s’agisse de Lueur fugace, une scène automnale où le soleil joue avec les feuilles derrière des personnages diffus, ou de cette charmante photographie intitulée À l’ombre des parasols. « Celle-ci, je l’ai prise à la Pointe-Taillon. Il y a une ambiance intéressante, impressionniste », avance le Saguenéen.

Outre la beauté des images, il note que le flou qui enveloppe les personnages permet aux visiteurs de s’identifier à eux. Ils sont empreints de mystère, comme sur les tableaux de Jean-Paul Lemieux. « Le flou fait ressortir des sentiments inconnus. C’est de la photographie artistique qui s’adresse à l’inconscient », résume Jean-Pierre Tremblay.

Être solitaire, une image captée dans le Vieux Québec, fait partie de la nouvelle exposition du photographe Jean-Pierre Tremblay. Elle est présentée jusqu’au 20 janvier, à la bibliothèque municipale de Chicoutimi.