Cette oeuvre de Sonia Boudeau aurait pu s’appeler Éloge de la patience, puisque l’artiste a dessiné à l’ordinateur chacune des créatures qui y sont représentées.

L’art actuel présenté dans toute sa diversité

Fichiers temporaires est une exposition qu’on pourrait comparer à un sac de bonbons mélangés. Soumises par 84 créateurs, à l’occasion du colloque Numérique 02 tenu récemment à Alma, les oeuvres accrochées au Centre Sagamie témoignent de la diversité des points de vue au sein du monde de l’art. Il y a du figuratif et de l’abstrait, du flou et de l’ultra-précis, du noir et blanc, des couleurs saturées, même un hibou, qui semble avoir consommé des produits de la SQDC.

Impossible de ne pas trouver des oeuvres qui font réfléchir, qui amusent ou caressent l’oeil lorsqu’on visite les deux salles situées au 50 rue Saint-Joseph. Et le plus beau est que leurs auteurs sont tous partis à armes égales, puisque les propositions tiennent à l’intérieur d’une feuille mesurant quatre pieds carrés. Elles ont été soumises par le truchement du Web, puis imprimées par l’équipe du Centre Sagamie, rompue à ce genre d’exercice.

Comment ne pas réfléchir à la condition humaine quand on se retrouve devant Panoptique, une oeuvre signée Simon Beaudry ?

« Aucun sujet n’avait été imposé, par contre. L’idée, c’était de montrer tout ce que peuvent accomplir les artistes, dont plusieurs ont participé au colloque. Fait à noter, toutes les créations sont à vendre et le prix ne comprend aucune commission. Chaque dollar versé par les acquéreurs va aux auteurs », précise Nicolas Pitre, directeur général et codirecteur artistique du Centre Sagamie, en compagnie d’Émilie Dufour et Mathilde Martel-Coutu.

Plus de 20 oeuvres émanent du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont la seule qui ne tienne pas sur une feuille blanche. Il s’agit d’Object Is The New Image, de l’Almatois Yanik Potvin. « Comme il est potier, Yanik a utilisé un logiciel pour produire une image représentant une poterie. Ensuite, il l’a transférée sur un support papier. Il a découpé la feuille, puis assemblé les morceaux. Il y a de l’humour dans sa démarche », constate Nicolas Pitre.

L’Almatois Yanik Potvin est le seul artiste dont l’oeuvre épouse trois dimensions. Elle prend la forme d’une poterie créée à l’aide de bouts de papier.

Tout aussi singulière, Sonia Boudreau a fait écho à sa passion pour la plongée sous-marine sur sa pièce baptisée Origine. De loin, on voit de jolies traces de couleur sur le papier blanc. Il faut se rapprocher pour saisir l’ampleur de ce projet. « Elle a dessiné de vraies bibites à l’ordinateur, celles que lui permettent de voir ses plongées », fait observer le patron du Centre Sagamie, visiblement impressionné par sa patience.

Sur un autre mur, une trame animalière est tracée par Ninon Jamet, qui a présenté une exposition solo récemment, à la galerie L’Oeuvre de l’Autre de Chicoutimi, et David Martineau-Lachance. Ils ont soumis un chien au réalisme saisissant, ainsi que le hibou mentionné plus haut, à la tête incandescente. Plus loin, Simon Beaudry adresse un clin d’oeil aux natures mortes avec sa série de crânes assimilée à un panoptique. Comme quoi on peut séduire et faire réfléchir dans un même élan.

Plusieurs oeuvres possèdent un caractère ludique, comme le hibou aux couleurs saturées conçu par David Martineau-Lachance.

« Au plan esthétique, on remarque une parenté entre certaines oeuvres. Les dessins, par exemple. Il y a tellement de contenu que Fichiers temporaires doit être considéré comme une exposition majeure », estime Nicolas Pitre, qui rappelle que l’entrée est gratuite. Pour la visiter, il suffit de se pointer au Centre Sagamie du lundi au vendredi, entre 9 h et 17 h.

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LE CENTRE SAGAMIE FAIT PEAU NEUVE

L’exposition Fichiers temporaires permet de découvrir bien plus que des oeuvres d’art. Ceux qui n’ont pas fait un détour vers le Centre Sagamie, depuis quelques années, réaliseront que les installations sises au 50 rue Saint-Joseph, à Alma, ont pris un coup de jeune. Et justement, les travaux les plus récents ont porté sur l’espace de diffusion.

C’est en août que ce chantier s’est déployé et l’un des changements les plus visibles touche le plancher. Les ouvriers ont retiré les tuiles qui le recouvraient, histoire de dégager la surface de béton. Ça donne un look épuré auquel correspond le plafond peint en blanc. La salle est plus lumineuse, d’autant que les fenêtres offrent une vue spectaculaire sur la rivière toute proche.

Une autre transformation est moins visible ces temps-ci, puisque Fichiers temporaires occupe tous les espaces disponibles. On peut cependant remarquer une division à l’intérieur de la salle d’exposition. Elle laisse voir un lieu plus petit où, dans un proche avenir, les artistes en résidences seront invités à travailler. « Ce sera leur laboratoire », annonce Nicolas Pitre, directeur général et codirecteur artistique du Centre Sagamie.

Financés par la ville d’Alma, de même que le centre d’artistes, les travaux reprendront au cours de l’hiver. Ils permettront de rafraîchir la salle où sont réalisées les gravures, les sérigraphies et les lithographies, ce qui constitue l’une des lignes de force du Centre Sagamie. L’été prochain, par ailleurs, l’attention sera tournée vers la salle des ordinateurs.