Larry Tremblay vient de sortir le livre L’oeil soldat, après avoir planché sur le livret de l’opéra tiré du roman L’orangeraie, dont une traduction en ukrainien sera bientôt disponible. Une nouvelle pièce, Marco bleu, lui permet de rejoindre le jeune public, tandis qu’une bande dessinée s’appuyant sur la pièce Le garçon au visage disparu est en cours d’élaboration, grâce à l’illustrateur belge Pierre Lecrenier.

Larry Tremblay, l’homme qui jongle avec les projets

« Je me sens comme un enfant. J’ai plein de projets en cours », laisse échapper Larry Tremblay, vers la fin de l’entrevue. À peine revenu d’un séjour prolongé en Europe, l’auteur originaire de Chicoutimi projette l’image d’un jongleur pour qui le bonheur serait proportionnel au nombre de boules qu’il arrive à faire tourner entre ciel et terre.

Parmi les dossiers qui sollicitent son attention, le plus intrigant est celui de l’opéra s’appuyant sur le roman L’orangeraie. Il doit être créé en octobre 2020, au Monument-National de Montréal, et c’est la compagnie Champs libres qui le porte sur ses épaules.

La mise en scène sera assurée par Pauline Vaillancourt, tandis que la musique, toujours en chantier, émanera du compositeur Zad Moultaka.

« Pauline Vaillancourt souhaitait que la musique ait une couleur orientale et que son auteur soit francophone. Puisque Zad Moultaka est originaire du Liban, on aimerait présenter l’opéra dans ce pays », fait observer Larry Tremblay. Il note que son livret constitue la deuxième oeuvre réalisée à partir du roman. Il est plus court que la pièce de théâtre, qui, elle-même, était plus courte que l’ouvrage sorti en 2013.

À Kiev en mai

Toujours à propos de L’orangeraie, le Chicoutimien participera à une séance de signature à Kiev, le mois prochain. Cette visite a pour but de souligner la sortie de la traduction ukrainienne de cette histoire mettant en vedette les jumeaux Amed et Azid, dont les grands-parents ont été tués par un obus. D’autres versions – turque, grecque et arabe – suivront dans un avenir rapproché.

« Je suis particulièrement content de voir qu’on travaille sur une traduction en arabe. Ça me rend fier, puisqu’ils sont rares, les livres occidentaux disponibles dans cette langue. Or, il y a déjà une version en hébreu », souligne Larry Tremblay.

Précisons que le texte ne mentionne pas le lieu où se déroule L’orangeraie, même si la grande majorité des lecteurs l’associent spontanément au Moyen-Orient.

Théâtre jeunesse

Pendant ce temps, une création du Théâtre Le Clou, Le garçon au visage disparu, poursuit sa carrière sur les scènes du Québec. Quatre ans après sa mise en place, ce spectacle sera présenté à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, le 10 mai.

Il s’adresse aux adolescents et aux adultes à qui on relate l’histoire d’un jeune désarçonné par l’enlèvement de son père, un travailleur humanitaire. Un beau matin, sa mère découvre qu’il n’a plus de visage.

« Il s’agit d’une production magnifique, à partir d’une réflexion sur l’identité. Et je suis content parce qu’une bande dessinée apparaîtra en 2021, éditée par La Bagnole. C’est l’illustrateur belge Pierre Lecrenier qui procède à la mise en images », indique Larry Tremblay, dont l’enthousiasme embrasse également la pièce pour enfants Marco Bleu. Inspirée par un autre de ses livres, Même pas vrai, elle s’adresse aux 5 à 12 ans.

« Le Théâtre de l’Oeil a tenu la première en février, à La Maison Théâtre de Montréal. Le personnage central est un petit garçon qui a beaucoup d’imagination. Parce qu’il se sent délaissé après la naissance de sa soeur, elle l’amène sur une planète où il y a juste des samedis et des dimanches, où c’est sa fête un jour sur deux. Il s’agit d’une réflexion sur la possibilité qu’il existe d’autres mondes », énonce le dramaturge.

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LE LIVRE QUI FILE À LA VITESSE D'UN TRAIN

L’oeil soldat est le premier ouvrage de Larry Tremblay que publie La Peuplade. La maison d’édition basée à Chicoutimi, ville natale de l’écrivain, a trouvé la bonne façon de présenter ce récit poétique s’articulant autour de deux textes intitulés Histoire de l’oeil gauche et Histoire de l’oeil droit. Elle a réalisé un travail d’édition qui amène le lecteur à épouser le rythme d’un train qui roule pas mal vite.

« Je n’étais pas pressé de publier. Il fallait trouver la forme la plus appropriée, l’idée du train. C’est pour cette raison que j’ai inséré une citation de Blaise Cendras, un extrait de Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, un livre publié au début du 20e siècle. Comme lui, j’ai essayé de produire un récit poétique en me laissant guider par le rythme du train », explique-t-il.

Alignées à droite des pages, les colonnes de mots sont si étroites que leur lecture se fait à la vitesse grand V. Même en prenant son temps, on n’a de cesse de tourner les feuilles, comme si l’esprit fiévreux du narrateur était devenu contagieux. Cet homme encore jeune réalise, à un moment donné, qu’il a perdu le contrôle de sa vie à la suite d’un pacte conclu avec le Diable.

« C’est ce dont il est question dans Histoire de l’oeil gauche, où on constate que le gars s’est fait avoir. Lui qui a acquis le pouvoir de changer de sexe et de condition en clignant des yeux reste bloqué au statut de soldat. Il s’en va tuer des gens », rapporte Larry Tremblay. Dans le second texte, en revanche, on est dans les mots de la haine. Je me sers de cette expérience afin de parler de la guerre.

Il signale que la gestation de L’oeil soldat a été longue. Il a fallu plusieurs années pour sculpter ces phrases, ce qui découle du genre littéraire abordé à la faveur de ce projet. « La poésie est le lieu où je questionne le langage. Par conséquent, ça s’est fait à petites doses, et les deux poèmes se lisent à la manière d’un récit », fait remarquer le Chicoutimien.

Il estime que le livre est sonore, conçu pour être lu à voix haute. Et Histoire de l’oeil droit a généré une autre oeuvre, une pièce de théâtre baptisée Cantate de guerre. « C’est extrêmement violent. Elle a été jouée même en Afrique. Ça montre que la poésie peut nous amener ailleurs et chez moi, il semble que tout finit par du théâtre. Même mes romans commencent par des dialogues », constate Larry Tremblay.