Voici Guy Corneau tel qu'il était apparu le 26 septembre 2008, au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il venait de se frotter au cancer et sentait que la vie reprenait ses droits, tant dans son corps que dans son esprit.

L'année où il s'est frotté au cancer

«Je me voyais dans un champ de marguerites au soleil», avait confié Guy Corneau le 26 septembre 2008, à l'occasion d'une entrevue accordée au Quotidien. L'auteur originaire de Chicoutimi était de retour au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean et affichait la confiance tranquille de celui qui venait de regarder la mort dans les yeux, sans broncher, et qui avait trouvé en lui les ressources nécessaires pour lui résister.
Il affichait son énergie coutumière, de même que sa mine d'ancien jeune premier, un contraste saisissant par rapport à l'homme malade qui, 12 mois plus tôt, avait causé une vive inquiétude lors de son apparition au même salon. Cet automne-là, sa simple présence avait constitué un tour de force, puisqu'elle était survenue cinq mois après un diagnostic aux airs de sentence. Son médecin lui avait annoncé qu'il était atteint d'un lymphome.
Son décès confirmé jeudi confère une dimension nouvelle au témoignage que Guy Corneau avait livré à l'auteur de ces lignes. Au lieu de se croire perdu, en effet, il avait pris son cancer à bras-le-corps et prolongé sa vie de dix ans, le tout sur des bases conformes à ses convictions. Le psychanalyste formé à Zurich, où il avait côtoyé de proches collaborateurs de Jung, avait utilisé ses connaissances afin d'identifier la meilleure façon de dompter la bête.
«L'annonce, c'est terrible, catastrophique. On te dit que tu es en train de partir et ma réaction, au plan psychologique, fut de me demander comment j'avais prêté flanc à la maladie. Ensuite, je suis entré en psychothérapie pour faire un retour sur moi et retrouver le goût de vivre, un sentiment qui ne pouvait pas s'appuyer sur mes réalisations», avait relaté le Chicoutimien.
Jugeant qu'une réponse de nature multifactorielle s'imposait face à un mal qui, lui aussi, est multifactoriel, Guy Corneau avait mobilisé la médecine traditionnelle, la médecine des plantes et la médecine énergétique, où se côtoient yoga et massages, ainsi que les techniques de respiration. «Il y avait aussi la dimension psychologique, parce que la chose que je pouvais contrôler, c'était mon état intérieur», énonçait-il.
C'est là qu'est apparu le champ de marguerites évoqué tantôt, l'idée consistant à visualiser un état agréable, un exercice auquel s'adonnait le Chicoutimien au début de la journée, afin de la vivre dans les meilleures dispositions possible. Ainsi s'est-il placé dans un état propice à l'appréciation de joies aussi simples que l'apparition d'un rayon de soleil à l'intérieur de son salon.
«La vie revient»
Le travail d'introspection mené par Guy Corneau lui a permis de constater qu'il était entré dans une spirale infernale, du fait de ses nombreux engagements. Trop de projets. Trop de déplacements. Trop de rendez-vous. À un moment donné, le «breaker» a sauté. «C'est dangereux, la réussite. Quand je suis tombé malade, je faisais de la télévision et des conférences et en plus, j'écrivais. Il y avait une affaire de trop», a-t-il énoncé.
Élaguer l'agenda est devenu une priorité, ce qui lui a laissé le temps d'apprécier les élans d'affection générés par sa lutte contre le cancer. «J'ai passé un an dans l'amour. J'ai reçu des centaines de messages et senti que je comptais pour beaucoup de gens. Ce courant a joué un grand rôle dans mon rétablissement», a reconnu le psychanalyste.
Tout en affirmant que le grand défi consistait à ne pas s'enthousiasmer trop vite, au stade où il était rendu, Guy Corneau souhaitait écrire sur cette expérience, ce qui est devenu le best-seller Revivre!.
Preuve que son sens de l'humour n'avait pas été altéré, le titre de travail de ce livre était Le cancer n'est pas une raison pour aller mal.
Le même soir, il avait participé à une activité publique dans le cadre du Salon du livre. L'occasion était venue de remettre les pendules à l'heure devant ses pairs, de même que ses lecteurs. «Je suis très heureux d'être ici ce soir et pour ceux que ça intéresse, mon oncologue m'a donné une note de dix sur dix. Mes cheveux repoussent. La vie revient», avait annoncé Guy Corneau avec un brin de fierté dans la voix.
Déjouée, mais pas vaincue, la mort n'a eu d'autre choix que d'effectuer un pas de côté.