Le duo Fortin-Poirier, composé de Marie-Christine Poirier et d'Amélie Fortin, spécialisé dans le piano à quatre mains, vient de connaître une année faste.

L’année magique du Duo Fortin-Poirier

Un nouvel album, deux nominations aux Prix Opus et une notoriété grandissante à l’extérieur du Québec, notamment aux États-Unis. Le Duo Fortin-Poirier, formé il y a 13 ans, ne pourrait amorcer 2018 dans un contexte plus favorable. Ajoutez que ses membres, Marie-Christine Poirier et la Jeannoise Amélie Fortin, ont développé une complicité exemplaire et vous obtenez l’équivalent pianistique d’un mariage heureux.

« Nous n’avons jamais pensé que ça durerait aussi longtemps, même si nous le souhaitions. L’un des avantages du duo est que nous partageons tout, ce qui comprend la pression, de même que la gestion de nos activités. En plus, nous sommes des amies dans la vie », a souligné Amélie Fortin il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Le fait de jouer sur un même piano nécessite une entente parfaite. À force de pratiquer cet art, les interprètes ont développé quelque chose qui ressemble à un sixième sens, un mode de communication qui fait penser à celui des jumeaux. La chorégraphie des bras et des mains se fait spontanément, ce qui laisse beaucoup d’espace à l’expression artistique.

« C’est particulier de partager un même instrument », confie Amélie Fortin. Tant mieux parce que le duo a beaucoup joué dans la dernière année. Étrenné en 2016, le concert intitulé Mémoire a été présenté une cinquantaine de fois au Québec, ainsi qu’au Canada anglais et dans l’ouest des États-Unis. Il est d’ailleurs en lice dans deux catégories, concert de l’année, répertoire multiple et concert de l’année, régions, dans le cadre des Prix Opus, le pendant classique des Félix.

« Les lauréats seront connus le 4 février et c’est la première fois que nous sommes mises en nomination. Nous avons été informées avant Noël et c’est un concert donné aux îles du Bic en août, dans le cadre du Festival de musique de chambre, qui a retenu l’attention du comité de sélection », fait observer Amélie Fortin.

Un deuxième album

Mémoire a été présenté une seule fois au Saguenay-Lac-Saint-Jean, soit en mars, à la Salle Michel-Côté d’Alma. Il a aussi fait l’objet d’un enregistrement à la salle de concert du Conservatoire de musique de Montréal, ce qui a mené au lancement du deuxième album de la formation, en décembre. Ce CD reproduit fidèlement le programme concocté par les pianistes.

« Nous avons travaillé sur le disque pendant trois jours, dans une salle dont l’acoustique est remarquable, laquelle renferme un très bon Steinway. Comme pour le premier album, sorti en 2013, nous avons opté pour l’autoproduction, ce qui a entraîné des coûts et bien de l’ouvrage. Nous tenions cependant à exercer un plein contrôle sur le produit », explique Amélie Fortin.

Toutes les pièces intégrées au concert abordent le thème de la mémoire. C’est le cas de Souvenirs, opus 28, une composition de l’Américain Samuel Barber prenant la forme de six mouvements de danse évoquant sa jeunesse. On retrouve aussi un extrait des Légendes de Dvorak, ainsi qu’un titre d’Astor Piazzolla, Adios nonino, qui perpétue la mémoire de son père. Le programme est complété par une oeuvre originale de Vanessa Marcoux, Chronique d’une coupe à blanc.

« Nous avons choisi le Piazzolla parce qu’il est tellement beau, touchant, déchirant. Quant à la pièce de Barber, écrite pour quatre mains, elle est rythmée, très humoristique, et comporte une part de sensibilité », décrit la musicienne originaire de Saint-Bruno. Il faut croire que les choix opérés par le duo étaient judicieux, eu égard aux nombreux spectacles donnés en 2017.

Deux organismes différents l’ont accueilli au Canada anglais, tandis qu’au Québec, le groupe s’est « booké » lui-même. Il a également bénéficié des conseils d’une amie spécialisée dans le ragtime, Mimi Blais, pour effectuer une percée dans l’ouest des États-Unis. « On a fait des concerts dans des salles et aussi dans des résidences, une belle façon d’amener la musique chez les gens. Dans un tel contexte, on sent encore plus l’énergie du public », rapporte Amélie Fortin.

Cette incursion a été si concluante qu’une autre série de concerts en est cours d’élaboration. Les États-Unis, de même que la Colombie-Britannique, devraient accueillir le Duo Fortin-Poirier en 2019. En attendant, un nouveau programme sera lancé à l’automne, dont le thème reste à définir, tandis qu’un concert qui ne sera présenté qu’une fois, avec deux pianos, mettra en relief des compositions de Petros Shoujounian. Elles sont consacrées aux peintres du Groupe des sept.


« Nous n’avons jamais pensé que ça durerait aussi longtemps, même si nous le souhaitions. L’un des avantages du duo est que nous partageons tout, ce qui comprend la pression, de même que la gestion de nos activités. »
Amélie Fortin

Amélie Fortin: des spectacles avec La Pietà et Pierre Lapointe

La carrière solo d’Amélie Fortin se porte aussi bien que celle du Duo Fortin-Poirier. Cette année, en effet, la pianiste originaire de Saint-Bruno poursuivra son association avec La Pietà, la formation créée à l’initiative de violoniste Angèle Dubeau. Elle participera aussi à la nouvelle tournée de Pierre Lapointe, La science du coeur.

Même si Angèle Dubeau entend réduire ses activités au Québec, ce qui mettra un terme aux tournées dans les régions, sa formation ne sera pas confinée aux travaux légers. Dans un mois, par exemple, elle se produira au Mexique et en Équateur, tandis que l’Europe l’accueillera à l’automne. On parle aussi d’une incursion en Chine au cours de la même saison.

« C’est ma sixième année avec la Pietà et je me trouve chanceuse. Pendant les concerts, par exemple, je suis toujours placée au milieu de la scène, entourée par les cordes. J’aime aussi le fait que dans la vie, nous sommes toutes des amies », raconte Amélie Fortin. Bien sûr, elle réalise qu’à un moment donné, son agenda sera moins rempli. C’est pourquoi sa collaboration avec Pierre Lapointe arrive à point nommé.

« Je forme un duo avec un joueur de marimba, tandis que Pierre touche au piano sur quelques pièces seulement. Nous nous moulons aux arrangements de David-François Moreau, qui sont très beaux, et je trouve ça grisant. C’est un univers musical intéressant. On fait les pièces figurant sur le dernier disque et d’autres, plus anciennes », décrit la Jeannoise.

Elle qui évolue dans la mouvance classique, où tout est plus placé, a dû s’adapter au contexte de la musique pop, notamment aux nombreuses interactions de l’artiste avec le public. « Pierre aime jaser, mais on est capables de composer avec ça », note Amélie Fortin, qui a été embauchée parce que l’autre pianiste recruté par le chanteur ne pouvait participer à tous les spectacles.

Membre de l’équipe depuis un mois, elle aura le bonheur de se produire en France en avril, mais ratera le rendez-vous du 2 juin au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, le premier au Saguenay-Lac-Saint-Jean.