Marie-Andrée Gill.

L’année littéraire: des histoires de bibliothèques et de livres

Bien que ses documents ne soient pas de nature à faire rêver un lecteur en mal d’évasion, ou d’élévation, deux décisions prises par l’administration municipale de Saguenay ont marqué la vie littéraire en 2019. Elles touchent la bibliothèque municipale de Jonquière, qui porte désormais le nom de l’écrivaine Hélène Pedneault, de même que son équivalent baieriverain, dont l’avenir se confondra avec celui de l’ancienne église Saint-Édouard.

Dans chaque cas, des citoyens ont longtemps milité en faveur de ces choix, revenant constamment à la charge en dépit des refus, parfois aussi des rebuffades, essuyés au temps du maire Jean Tremblay. Il faut saluer leur persistance et celle de certains élus, notamment de l’ancien conseiller Jonathan Tremblay en ce qui a trait à l’hommage rendu à Hélène Pedneault. Comme l’écrivait le regretté Pierre Falardeau, les boeufs sont lents, mais la terre est patiente.

Sylvain Pedneault, s’exprimant sous le regard bienveillant de sa soeur Hélène, dans la bibliothèque qui porte son nom depuis quelques mois.

La cérémonie pendant laquelle on a baptisé la bibliothèque de Jonquière fut un événement à la fois émouvant, drôle et riche de sens. C’était comme si la mémoire de l’ancien Jonquière, une ville où cohabitaient la science, la culture du savoir et l’industrie, était redevenue actuelle, concrète, pertinente, grâce aux témoignages rendus par les proches d’Hélène Pedneault, dont son frère Sylvain.

À La Baie, par ailleurs, personne ne s’ennuiera de la bâtisse de tôle où loge la bibliothèque, dégageant un charme équivalent à celui d’un cabanon. On mettra également fin au scandale que constituait l’abandon du joyau patrimonial que représente Saint-Édouard. C’est là que bat le coeur du secteur Port-Alfred et grâce à ce projet, couplé à l’aménagement du site de la Consol, il quittera enfin les soins intensifs.

Russel-Aurore Bouchard et son plus récent ouvrage, Héros de mon enfance et secrets d’histoire.

Des titres majeurs

De La Baie au Bas-Saguenay, il n’y qu’un pas, celui qu’a franchi la poétesse Marie-Andrée Gill. Elle aussi a frappé les esprits avec son dernier ouvrage, Chauffer le dehors, publié à La Peuplade. Le texte évoque une relation arrivée au couchant, ainsi que l’effet bienfaisant de la nature sur une âme grafignée. Le flot de l’écriture est si naturel qu’il suffit de lire ce texte pour entendre la voix de l’écrivaine originaire de Mashteuiatsh.

Dans un tout autre genre, Larry Tremblay a sorti un roman diablement ratoureux, Le deuxième mari. Cette histoire d’un jeune garçon obligé de marier une dame beaucoup plus âgée, dans un pays où les personnes de sexe masculin ne peuvent exercer leur libre arbitre, fait ressortir à quel point il est absurde de ne pas conférer les mêmes droits aux hommes et aux femmes. Pour l’exprimer clairement, il suffisait d’inverser les rôles.

Larry Tremblay

De son côté, l’historienne Russel-Aurore Bouchard a sorti ce qui pourrait être son dernier ouvrage, Héros de mon enfance et secrets d’histoire. Il aborde différents sujets, dont le sort réservé au quartier de la Traverse, situé à Chicoutimi-Nord et rasé lors de la construction du pont Dubuc. Un texte fort bien rédigé, avec des traces d’humour en filigrane, traite aussi de la dernière sépulture de Peter McLeod, fondateur de Chicoutimi. Le plaisir qu’il procure fait espérer que ce ne sera pas le chant du cygne de l’écrivaine.

Un autre projet s’appuyant sur l’histoire de la région a été piloté par la Ville de Saguenay, de concert avec la bibliothèque municipale d’Arvida. Il a mené à la publication d’un charmant conte signé Sophie Torris, dans lequel on retrouve des illustrations de Natalie Birecki : Rappelle-toi Arvida. En France, par ailleurs, Kevin Lambert a vu son dernier roman, Querelle de Roberval, aboutir dans la liste des candidats pour les prix Médicis et Wepler.

Sophie Torris et le conseiller municipal Carl Dufour, lors du lancement du livre Rappelle-toi Arvida.

Pour revenir à La Peuplade, elle a réussi un joli coup en publiant le premier roman de la Danoise Anne Cathrine Bomann, Agathe. Il met en scène un psy qui se prépare à prendre sa retraite lorsqu’une patiente se pointe à son cabinet. Elle le bouscule, le trouble un peu, lui qui s’est enfermé dans une routine mortifère. Fait à noter, la maison saguenéenne a acquis les droits pour le marché francophone. Pour donner une idée de la popularité de ce livre, on peut l’acheter dans 24 pays, toutes langues confondues.