Vicky Côté a fait preuve de résilience en créant la pièce Haïkus de prison l’automne dernier, dans la foulée de l’incendie qui a détruit les décors et les accessoires des productions passées du Théâtre À Bout Portant.

L'année du verre à moitié plein

L’année 2017 sur la scène culturelle fait penser à l’histoire du verre à moitié plein et du verre à moitié vide. Selon le point de vue qu’on adopte, optimiste ou pessimiste, d’aucuns jugeront que le Saguenay-Lac-Saint-Jean a traversé une période faste, alors que d’autres trouveront plein de motifs d’inquiétude.

À cet égard, le dossier le plus éloquent se rapporte à la diffusion de spectacles à Chicoutimi. Certains verront un signe de santé dans l’arrivée imminente du Café Summum et du CAVÔ sur la rue Racine, puisque chacun de ces établissements privés proposera une programmation originale dans des espaces qui se veulent conviviaux. Reste à convaincre les nostalgiques de feu le Sous-Bois, qui était devenu une référence en matière de musique alternative.


Cette même musique alternative a retenu l’attention une autre fois, mais pour les bonnes raisons, grâce à un nouveau festival baptisé La Noce. Pendant une journée, sur la zone portuaire de Chicoutimi, il a réuni des milliers d’amateurs attirés par une affiche généreuse, sur laquelle figuraient les noms de Philippe Brach, Klô Pelgag, les Hôtesses d’Hilaire, Gazoline, Joël Martel et Les Goules, entre autres sommités.


En revanche, on a perçu un léger tassement de la clientèle à Tadoussac, où le Festival de la chanson a joué d’audace en se collant au congé de la Confédération. Certes, il y avait du monde au village, mais pas juste des festivaliers, ce qui a joué sur l’atmosphère. Même s’il ne faisait pas toujours chaud au début de juin, ça n’empêchait pas les salles de faire le plein de spectateurs. C’était aussi un bon moyen d’étirer la saison touristique dans une communauté qui en a bien besoin.


De leur côté, les amateurs d’opéra peuvent déplorer la fin hâtive de l’Opéra du Saguenay-Lac-Saint-Jean, une compagnie dont les ambitions se sont brisées sur le mur de la réalité économique. Trop de frais. Pas assez de spectateurs et de revenus. La recette classique. Par bonheur, les choses vont mieux, beaucoup mieux, à la Société d’art lyrique du Royaume. Carmen a cartonné l’hiver dernier et l’équipe entend proposer un Faust relevé en février.


Après le désastre, la résilience


Au théâtre, par ailleurs, l’année 2017 fut calamiteuse pour la compagnie À Bout Portant. Elle était enracinée à La Baie jusqu’au moment où ses locaux ont été dévastés par un incendie. Les accessoires et les décors des productions passées ont ainsi disparu et comme pour ajouter l’insulte à l’injure, on a appris que les anciens patrons de la Ville de Saguenay, propriétaire du bâtiment disparu, avaient détourné l’argent des assurances vers un projet relié aux croisières.


La bonne nouvelle est que Vicky Côté, la directrice artistique, a proposé une création à l’automne, Haïkus de prison. Sa résilience est impressionnante, tout comme la persistance des Têtes Heureuses, dont les longs états de service se comparent à ceux de La Rubrique. Toujours aussi mal financée, la compagnie chicoutimienne a offert un Britannicus remarquable en novembre. Souhaitons que ce classique de Racine ne constitue pas son chant du cygne.


On pourrait continuer longtemps sur le thème du yin et du yang. À l’aube de 2018, cependant, prenons quelques lignes en forme de point d’interrogation, le temps d’anticiper sur les dossiers qui retiendront l’attention dans un proche avenir. Plusieurs découlent des élections municipales à Saguenay, qui ont produit les changements que l’on sait.


Le nouveau conseil compte revoir sa politique d’aide aux organismes et inévitablement, le milieu culturel sera interpellé. Qui seront les gagnants ? Les perdants ? Il y a également Diffusion Saguenay dont les activités sont scrutées à la loupe, au moment même où la direction prépare la résurrection du Théâtre Palace Arvida. À ce stade-ci, nul ne peut dire à quoi ressemblera la fin de cette histoire. Ce qui est clair, toutefois, c’est qu’elle figurera dans le bilan de 2018.