Mara Tremblay et Olivier Langevin, une collaboration qui fait naître le désir de repousser les limites.
Mara Tremblay et Olivier Langevin, une collaboration qui fait naître le désir de repousser les limites.

L’album de la résilience de Mara Tremblay 

Mara Tremblay filait un mauvais coton, il y a deux ans, lorsqu’elle a commencé à écrire les textes de l’album Uniquement pour toi. Trop de solitude, quand ce n’est pas désiré, finit par user l’âme. Comment préserver son équilibre mental, le combat de toute une vie, quand des nuages noirs bouchent l’horizon? Pour la chanteuse, la réponse est simple. Elle consiste à mettre des mots sur la douleur, puis à ajouter des notes et de jolies textures afin de créer un objet de beauté.

« À mes yeux, la couleur dominante de cet enregistrement est la résilience. Toute ma vie, je me suis battue pour demeurer équilibrée, pour préserver ma santé mentale et être une bonne maman. Je viens d’avoir 50 ans et ces années, je les ai gagnées. Je les ai vécues. Et là, j’ai envie d’être bien », a confié Mara Tremblay, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Disponible dès le 8 mai, Uniquement pour toi constitue un oiseau rare, en ce sens qu’on peut l’aborder avec un égal bonheur, peu importe l’angle privilégié. Les textes, par exemple, laissent filtrer l’immense affection de l’artiste pour ses deux garçons, sans nulle trace de mièvrerie. Ils balisent également sa quête personnelle, forcément sinueuse.

Ainsi en est-il de la chanson On verra demain, écrite lors d’une résidence à Nashville. Derrière le beat hypnotique, la trame électro concoctée par Olivier Langevin, son vieux complice, Mara Tremblay gratte là où ça fait mal.

« J’ai traversé une période sombre, une période où j’ai été très solitaire, et c’est correct d’écrire là-dessus. J’assume le fait que ma tête et mon coeur ne filent pas, que c’est ce que je ressens. Or, même si on vit à l’ère des médias sociaux, où il faut toujours donner l’impression qu’on est sur un high, je sais que ce genre de chanson rejoint plusieurs personnes », énonce-t-elle.

Sur la ballade qui clôt l’album, Comme un cadeau, la voici qui s’adresse à Édouard, le plus jeune de ses fils. C’est le seul titre où fleurent des accents country, ce qui se marie bien au message véhiculé : «Tu es si beau. Reste avec nous.» « Édouard a eu une enfance difficile. Il a connu la dépression, mais aujourd’hui, il est à l’aise d’en parler », fait observer sa mère.

« Continuer à vivre »

À cette part de lumière s’ajoute celle générée par les arrangements. Les gens sensibles à la musique, surtout ceux qui sont à la recherche de productions sophistiquées, du genre qui caresse l’oreille, auront besoin de plusieurs écoutes pour faire le tour d’Uniquement pour toi. Chaque pièce renferme de grands et petits trésors, en effet, sans toutefois prêter flanc à la surproduction.

Prenez Si Belle, qui existe aussi sous la forme d’un clip. Le texte a été écrit spontanément après que le fils aîné, Victor, ait renoncé à rejoindre sa mère parce que sa vie tournait carré. « C’est touchant, la façon dont c’est sorti. En studio, par ailleurs, on a tout construit à partir du beat box et des synthétiseurs », rapporte Mara Tremblay.

Il y a même un clin d’oeil aux Beatles, de jolies distorsions éveillant le souvenir du producteur George Martin. Or, ce n’est pas la seule allusion au groupe. Ses membres vivent aussi dans le refrain de Je reste ici, dans la trame foisonnante de Dessiner ton visage et, sans doute ailleurs, signe que cet enregistrement, dont la gestation s’est étalée sur un an, a été conçu dans le plaisir.

« Ce sont des références assumées par moi et par Olivier. Des fois, on a été influencés par le travail de Lennon en solo. D’autres fois, par McCartney », précise Mara Tremblay, pour qui il était naturel de sortir l’album ce printemps, pandémie ou pas. Après deux ans de travail, le moment était venu de passer à l’étape suivante, quitte à procéder plus tard à la mise en marché des copies physiques.

« Les gens ont besoin de se sentir connectés avec leur coeur et moi, j’avais hâte de partager ça. Après tout, il faut continuer à vivre, sinon c’est notre santé mentale et celle de notre coeur qui seront menacées », énonce Mara Tremblay.

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LANGEVIN, L'ÉTERNEL COMPLICE

Tous les albums de Mara Tremblay, sauf un, ont été réalisés par Olivier Langevin. Il était donc normal que le Jeannois planche sur le petit nouveau, Uniquement pour toi. Non seulement était-il aux commandes, mais on peut l’entendre à la guitare, à la basse et aux voix, ainsi qu’au synthétiseur et aux claviers.

« On se connaît depuis 24 ans et ma carrière est intimement liée à lui, fait remarquer la chanteuse. C’est grâce à Olivier que j’ai trouvé ma personnalité en solo, moi qui, précédemment, travaillais en tant que violoniste, en plus d’assumer la fonction de choriste. Il fait ressortir le meilleur de moi, l’objectif étant qu’on tripe ensemble. En plus, son regard extérieur lui permet d’identifier les chansons qui peuvent être menées jusqu’au bout et celles qu’on doit laisser de côté, parfois à mon corps défendant. »

L’un des avantages découlant de la continuité tient au désir de repousser les limites, puisqu’elles sont tellement familières. Chaque projet est abordé dans cet esprit par les deux partenaires, ce qui fut le cas une nouvelle fois sur Uniquement pour toi. « Ensemble, on se provoque, on se challenge, parce que c’est important d’être libres musicalement. Tout ce que nous désirons, à la fin, c’est d’être super fiers », décrit Mara Tremblay.

Pour retrouver cette complicité, elle a dû se montrer patiente, eu égard à l’agenda chargé du musicien. L’an passé, celui-ci donnait des spectacles avec le groupe Galaxie, en plus de participer à la tournée solo de Fred Fortin. Il planchait également sur l’album du Robervalois Gab Bouchard, ce qui explique qu’il a fallu un an pour mettre en boîte les dix compositions.

Parfois, les arrangements sont nés brique par brique, alors qu’à d’autres moments, Olivier Langevin a recouru à la formule du live en studio. C’est de cette manière qu’ont été enregistrées les pièces Je reste ici, Si belle et Comme un cadeau, de même que les deux offrandes de Stéphane Lafleur, Il me faut l’amour et Le jour va où tu le mènes.

À propos de cette collaboration, Mara Tremblay affiche une joie comparable à celle d’un gagnant à la loterie. « Je ne le connaissais pas personnellement. Nous nous sommes rencontrés lors d’une résidence tenue dans la maison de Gilles Vigneault, à Natashquan, et ç’a été magique, révèle la chanteuse. Je lui ai demandé d’écrire pour moi. Un an après, Stéphane est arrivé avec deux textes. J’ai trouvé ça l’fun de les faire parce que nous employons les mêmes mots, des mots qu’aujourd’hui, je me retiens d’utiliser. »

Stéphane Lafleur n’a pas participé aux enregistrements, toutefois. L’équipe était formée du fils de Mara Tremblay, le batteur Victor Tremblay-Desrosiers, du batteur Robbie Kuster et du claviériste François Lafontaine, qu’on entend aussi au piano. 

Olivier Langevin a écrit deux pièces avec son amie : Dessiner ton visage et Le plus beau des désastres.

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PAS DE SPECTACLES AVANT L'AUTOMNE

Privée de scène pour cause de coronavirus, Mara Tremblay voit venir les prochains mois avec une légère appréhension. Elle qui rêvait de promener l’album Uniquement pour toi sur les routes du Québec n’a d’autre choix que de ronger son frein à la maison. Il faudra attendre à l’automne avant de découvrir son nouveau spectacle.

« La scène, c’est une grande drogue pour les artistes. Cette communion avec la musique va me manquer, mais on doit y aller un jour à la fois. Même si c’est dur pour les finances, je profite de la pause en me disant que bientôt, nous pourrons tous serrer nos proches dans nos bras. Et moi, je reviendrai plus forte », promet la chanteuse.

Elle qui venait d’absorber le syndrome du nid vide, à la suite du départ de ses garçons, a amorcé la période de confinement sur les chapeaux de roues. Il fallait planifier la sortie de l’album, en effet, déterminer le contenu des communiqués avant de donner des entrevues. Pendant les deux premières semaines, ça l’a tenue occupée.

Un autre coup de chance tient au fait que le premier clip a été tourné avant que le Québec ne succombe aux joies du télétravail et des points de presse quotidiens. Faute de spectacles à se mettre sous la dent, c’est cette production ambitieuse que les fans peuvent visionner afin de découvrir l’une des nouvelles compositions, intitulée Paris.

« Le scénario montre que l’amour traverse les époques, alors que j’observe, de loin, un jeune couple dont fait partie mon fils Édouard. Quatre périodes sont évoquées par l’entremise des vêtements portés lors de ce tournage, soit les années 1920, le XIXe siècle, la mode hippie et celle associée aux raves. Ça fait réaliser à quel point la façon de s’habiller a changé pour les femmes », énonce Mara Tremblay.

Pour revenir aux spectacles, elle signale que la tradition a été respectée, en ce sens que le Côté-Cour de Jonquière fut l’un des premiers diffuseurs à se manifester. « Je devais m’y rendre à l’automne, mais ça ira à 2021 », assure la chanteuse.