Rémi Chassé a ressenti l’urgence de s’exprimer sur des questions liées à l’actualité, ce qui a donné une couleur très actuelle à son deuxième album, Les cris et les fleurs.

L'actualité revue et corrigée par Rémi Chassé

« Est-ce qu’on a vraiment anéanti l’espoir À force de laisser entrer tant de malades au pouvoir »

Rémi Chassé n’avait jamais épousé un ton de pamphlétaire avant la sortie de l’album Les cris et les fleurs, disponible depuis la fin de mars. Ce n’était pas le genre de la maison, dont la réputation a été bâtie à coups de riffs de guitare et de spectacles pulsés par une énergie brute maillant le punk et la pop. Le vétéran de La Voix a toutefois ressenti l’urgence de s’exprimer différemment quand l’actualité s’est emballée.

« La première chanson écrite pour l’album est Contre qui, où je fais référence au massacre du Bataclan, qui remonte à près de trois ans. Les salles de spectacles, c’est un peu mon terrain de jeux. D’une certaine façon, je me suis donc senti attaqué », a expliqué le Beauceron il y a quelques jours, à la faveur d’une visite au journal.

Un autre événement qui a érodé sa sérénité fut l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Assimilant sa victoire à un recul, l’artiste a été d’autant plus ébranlé qu’il ne l’avait pas anticipée. « Je riais de ses déclarations-chocs, de ses maladresses. Je me disais qu’il était impossible que cet homme accède au pouvoir », raconte Rémi Chassé.

Le temps aidant, il a perçu le désarroi d’une partie de la population, celle qui se sent aliénée par les politiciens conventionnels, pas écoutée, ni respectée. « En ce sens, l’élection de Trump a été encourageante pour bien du monde, mais ça n’excuse pas ses propos racistes et sexistes. Il dit des choses affreuses », estime le chanteur. 

Dans l’une de ses compositions, Le monde est à plaindre, il trace un lien avec les faiseurs d’opinions qui attisent la colère des gens, notamment à la radio. Ceux de Québec lui sont familiers, lui qui réside toujours en Beauce. Les braises sur lesquelles ils soufflent ne sont pas si différentes de celles qui embaument le « talk radio » à la sauce américaine.

Le droit de s’exprimer

Les préoccupations exprimées sur Les cris et les fleurs tranchent avec le ton introspectif qui imprégnait le premier opus de Rémi Chassé, Debout dans l’ombre. Elles pourraient lui coûter ses appuis, une possibilité que le jeune homme accueille avec un haussement d’épaules. « Même si je ne suis pas politologue, je ne vais pas m’empêcher d’écrire sur des sujets comme ceux-là. La réflexion peut aussi passer par la pop », énonce-t-il.

L’accueil réservé à l’album a toutefois dissipé les craintes d’un « backlash ». Après tout, on y trouve aussi des ballades, ainsi que des textes faisant la part belle à l’amour, la séduction, le besoin d’évasion. La notion de party est également présente, ce que l’artiste et ses trois musiciens expriment sur scène à l’occasion de la nouvelle tournée.

Après deux sorties en avril, ils se pointeront à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière le 4 mai, à l’invitation de Diffusion Saguenay. « Ça crache. J’y vais à fond la caisse », assure Rémi Chassé. La guitare électrique est plus présente que jamais, ce qui s’inscrit dans la foulée des séances d’enregistrement pilotées par Gus Van Go dans son studio de Brooklyn.

Possédant une collection de guitares à faire rêver, le producteur invitait les musiciens à utiliser tel ou tel instrument parce que c’est ce que réclamait telle ou telle chanson, une expérience dont la seule évocation illumine le visage du Beauceron. Il laisse même entendre que son guitariste Hubert Maheux planifie des acquisitions. Une affaire à suivre.